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Bouc-Bel-Air

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Culture

Bouc-Bel-Air : un nouveau mosasaure de 84 millions d'années identifié et révélé au public

5min

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Par Rémy Reponty05/10/2026 à 07:37

C'est une découverte au retentissement mondial dans le domaine de la paléontologie ! Une nouvelle espèce de mosasaure a été identifiée à Bouc-Bel-Air. Les fans des films Jurassic World se souviendront d'un gigantesque reptile marin préhistorique mi-crocodile et mi-requin. Mais si ce fossile trouvé dans le pays d'Aix lui ressemble un peu, il est beaucoup plus petit : 3 mètres de long quand même et présente des caractéristiques morphologiques à la fois terrestres et aquatiques. Il répond au doux nom de Garamaudo, un nom inspiré de la légende de la Garamaude, créature serpentiforme du folklore provençal.

C'est un retentissement mondial pour la paléontologie et une immense fierté pour notre territoire. Les scientifiques viennent d'officialiser la découverte d'une nouvelle espèce de mosasaure d'eau douce ayant vécu il y a environ 84 à 85 millions d'années dans le pays d'Aix. Son nom ? Garamaudo bauciensis, un clin d'œil vibrant à la mythologie provençale et à la commune de Bouc-Bel-Air. Immersion au cœur d'une aventure scientifique hors du commun.

Loin de l'image des géants des mers carnivores d'une quinzaine de mètres immortalisés par le cinéma dans Jurassic World, le petit dernier identifié dans les Bouches-du-Rhône bouscule toutes nos certitudes sur le Crétacé supérieur. Mis au jour à la fin des années 90 lors d'un chantier sur la RD8 au lieu-dit Sousquières, à Bouc-Bel-Air, les restes fossilisés de ce reptile ont été scrupuleusement analysés par des chercheuses du CNRS (Nathalie Bardet et Alexandra Houssaye) en collaboration avec le Muséum d'Histoire Naturelle d'Aix-en-Provence, le Muséum du Var et la Réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire.

C'est ce vendredi 2 octobre 2026, à l'Hôtel de Ville de Bouc-Bel-Air, que le maire Mathieu Piétri et Jean-Marc Perrin, conseiller départemental délégué à la paléontologie, ont officiellement présenté cette pépite au grand public, quelques jours après la publication scientifique parue le 28 septembre dans PCI Paleontology (Peer Community Journal).



Les interviews de Thierry Tortosa, conservateur de la Réserve naturelle de Sainte-Victoire, et de François-Louis Pelissier, paléontologue spécialiste des mosasaures, dans cette vidéo.

 

(Interviews, images et montage : Rémy Reponty pour Maritima Médias.)

 

Ni nageoires, ni pleine mer : un prédateur taillé pour les marécages provençaux

Contrairement aux idées reçues qui associaient jusqu'alors les mosasaures exclusivement aux immenses océans préhistoriques, Garamaudo bauciensis était un véritable habitant des lacs et des cours d'eau. Mesurant entre 2,5 et 3 mètres de long, l'animal possédait des pattes munies de doigts plutôt que de puissantes palettes natatoires.

Son mode de vie aquatique est pourtant indiscutable : l'analyse microscopique de ses côtes et de ses vertèbres a révélé une densité osseuse exceptionnelle (ostéosclérose). Cette densité agissait comme un véritable lest naturel pour lutter contre la poussée d'Archimède et lui permettre de stagner sous l'eau à faible profondeur sans effort.

Thierry Tortosa, le conservateur de la Réserve naturelle de Sainte-Victoire, nous dresse le portrait saisissant de ce reptile : « Il faut imaginer un varan, comme un dragon de Komodo, qui vivrait le plus clair de son temps dans un marécage. Donc, un animal pas forcément adapté pour la terre ferme, ni pour les eaux marines comme on voit le vrai Mosasaurus dans Jurassic World. Là, on est sur un animal qui pataugeait dans des marécages et qui chassait certainement en ambuscade. Il y a environ 84 millions d'années, nous sommes sur les premiers terrains continentaux terrestres de Provence. Ce qui est intéressant avec ce site, c'est qu'on est sur le plus ancien répertorié aujourd'hui en Provence. »

« Gare au maudit ! » : une empreinte culturelle et une première nationale

Cette découverte constitue seulement la deuxième preuve mondiale de l'existence de mosasaures adaptés aux écosystèmes d'eau douce continentaux, après celle du Pannoniasaurus en Hongrie en 2012. Mais sur le plan national, la portée est historique.

François-Louis Pelissier, paléontologue spécialiste des mosasaures, ne cache pas son enthousiasme au micro de Maritima : « Ce qui fait que c'est unique, c'est que c'est pour la première fois qu'on a une description et une espèce qui est nommée pour un mosasaure d'eau douce en France ! Il y avait déjà eu un précédent, mais les restes n'avaient pas permis de nommer une espèce, alors que nous, c'est le cas. On a enfin la première espèce de mosasaure d'eau douce française ! »

Le nom scientifique attribué au spécimen est un savant mélange de rigueur paléontologique et d'amour du patrimoine local : Garamaudo, directement inspiré de la légende provençale de la Garamaude, créature aquatique serpentiforme issue de l'expression populaire « Gara au maudo ! » (« Gare au maudit ! »), traditionnellement récitée pour dissuader les enfants de s'approcher des puits et des cours d'eau dangereux. Et bauciensis : suffixe latin signifiant « de Bouc-Bel-Air », immortalisant la commune bucco-rhodanienne sur la carte scientifique internationale.

 

Garamaudo présente des caractéristiques morphologiques à la fois terrestres et aquatiques.

 

4 individus fossilisés, un bassin d'Aix-en-Provence au passé foisonnant

Les ossements retrouvés à Sousquières, aujourd'hui précieusement conservés par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône à Marseille, appartiennent à au moins quatre individus distincts. L'holotype, l'individu le plus complet récolté en 1997, comprend notamment la partie arrière d'une mandibule, six côtes, un bassin et sept vertèbres.

Il y a 85 millions d'années, la région aixoise offrait un paysage de lac eutrophe, sujet à de fréquentes crues. Garamaudo bauciensis y cohabitait avec une faune riche : de petits crocodiles, des tortues (Polysternon), ainsi que des poissons anciens comme le cœlacanthe Axelrodichthys megadromos et le lépisosté Atractosteus africanus.

La science et la pop culture au service des jeunes générations

Pour l'équipe scientifique, l'officialisation de Garamaudo bauciensis n'est que le début d'une nouvelle histoire : celle du partage avec le public et les jeunes générations.

François-Louis Pelissier souligne ainsi l'importance de faire vivre ce patrimoine fossile à l'ère numérique : « Maintenant qu'on a publié, des artistes vont pouvoir s'emparer des découvertes pour faire tout un tas de reconstitutions. C'est une autre manière pour que l'animal puisse vivre. Et sur Internet, on a tout un tas de jeunes vulgarisateurs et vulgarisatrices scientifiques qui adorent parler des découvertes. C'est une manière pour nos travaux de recherche de vivre dans ce monde très numérique, que les jeunes générations des réseaux sociaux s'en emparent avec leurs propres mots. Garamaudo, avec sa portée internationale, est un peu le fer de lance pour changer la donne. »

 

Réaliser une figurine de ce mosasaure la plus plausible tient à la fois de la science et de l'art.

 

Une exposition de ces trésors de la paléontologie devrait bientôt être proposée au grand public par la Ville de Bouc-Bel-Air.

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