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Marseille : Alain Boggero, l'artiste qui peint l’âme du peuple sur du carton3min
Par Maritima 04/03/2026 à 18:26
De la poussière des cales aux pigments de l'expressionnisme, Alain Boggero n'a jamais lâché "ses gars". Ancien travailleur des chantiers navals de La Seyne-sur-Mer dont il est originaire, cet artiste de 75 ans, marseillais depuis un quart de siècle, consacre sa vie à peindre la classe ouvrière, ses souffrances et sa dignité. Notre reporter Michel Montagne l'a rencontré dans son atelier. Portrait d'un homme qui peint pour ne pas qu'on oublie.
Il a le verbe haut et le regard perçant de ceux qui ont vu le fer se tordre sous la chaleur. Alain Boggero est ce que l’on appelle un "personnage". Mais derrière la tchatche de cet ancien militant CGT se cache une œuvre colossale : 18 000 pièces réalisées en 41 ans de peinture. Sa particularité ? Il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main : cartons ramassés dans la rue, tickets de métro, pages de magazines de luxe...
"Le premier jour de mon licenciement, j'ai pris les pinceaux"
Pour Alain, la peinture n'est pas, comme il le pensait à l'origine, un luxe de "petit-bourgeois", c'est une nécessité vitale née d'un traumatisme social. Ouvrier aux chantiers navals de La Seyne-sur-Mer de 1971 jusqu'à son licenciement en 1985, prélable à la fermeture du site peu de temps après, il a transformé sa colère en art le jour où il a perdu son emploi.
"J'avais besoin de peindre pour parler de mes gars," confie-t-il au micro de Maritima. "Quand on est de la classe ouvrière, on n'essaie pas de rêver. Mais moi, je voulais garder vivace l'âme de ces gens que j'ai côtoyés, ceux qui ont souffert dans leur chair."
Une œuvre brute sur support de fortune
Si Alain peint sur du carton, ce n'est pas par "effet de style", mais par pragmatisme. "Je n'avais pas les moyens de me payer des toiles, tout simplement. Il fallait que je peigne, alors je ramassais ce qu'il y avait dans la rue."
Ses influences ? Les expressionnistes allemands comme Max Beckmann ou Otto Dix. On retrouve dans ses portraits cette même force brute, ces visages marqués par le labeur et la sueur. "L'usine, ça détruit l'homme, pas plus," lâche-t-il avec la franchise de celui qui a vu des camarades mourir au travail. Pourtant, ses tableaux ne sont pas "plombants". Ils vibrent de couleurs, d'humanité et d'une forme de noblesse retrouvée.
Entre précarité et combat pour la mémoire
Aujourd'hui installé à Marseille, rue Saint-Pierre à deux pas du quartier de La Plaine, Alain Boggero vit dans une situation précaire. "Si je veux manger, il faut que je vende," dit-il sans détour, préférant parler de "collaboration financière" plutôt que de commerce, une forme de soutien échangé contre de l'art..
Son grand regret ? Le manque de reconnaissance des institutions pour cette mémoire ouvrière qu'il porte à bout de pinceau. "J'ai fait des démarches pour exposer mes 18 000 pièces, mais ça a été un négatif total. Tant pis, je continuerai jusqu'à la mort."
Malgré la fatigue et les "75 piges", l'artiste continue de hanter les ateliers, comme celui du jeune artiste-graveur Vincent Tavernier, rue des Trois-Rois, touché par l'œuvre de celui qui, en douze ans, est devenu son ami et qui lui a fait découvrir cet univers du prolétariat qu'il connaissait peu .
Car pour Alain, tant qu'il y aura des maçons, des plombiers ou des électriciens, le monde ouvrier existera. Et mérite d'être peint.
Si vous souhaitez découvrir les œuvres d'Alain Boggero, c'est au 94 rue Saint-Pierre (il faut contacter préalablement le 07 83 06 69 62)
(Alain aime à rappeler qu'avant d'être oublié, il a été le sujet de nombreux reportages dans les médias locaux ainsi que dans le quotidien national Libération et même... dans le journal de Claire Chazal ! Il a surtout exposé dans de nombreuses galeries.)
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