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Martigues : Ernest Pignon-Ernest a carte blanche au musée Ziem

4min

Par Maritima 21/05/2026 à 19:02

Le musée Ziem accueille Ernest Pignon-Ernest, artiste emblématique de l’art contemporain qui présente 200 oeuvres. En avant-première il nous a fait visiter cette exposition remplie de photos poignantes et de souvenirs de création.

 

L'image comme perturbateur du réel

Ernest Pignon-Ernest a d’abord souhaité rappeler aux nombreux journalistes présents pour cette avant-première les contours de sa démarche. Pour lui, le dessin n'est pas un simple embellissement, mais un catalyseur: « C’est ce qu’il provoque dans la rue. C’est une espèce de conjonction entre la réalité et la résonance de l’image, c’est ce que cet élément de fiction que je viens coller dans le réel va provoquer. »

L'artiste s'arrête devant une photographie de son collage dans le métro parisien en 1971, un bon exemple pour illustrer son propos: « Là, vous voyez, c’est une photo du métro Charonne. Le lieu est chargé de cette mémoire terrible, du drame qui s’est passé là, de tous ces gens qui ont été tués, qui manifestaient contre la guerre coloniale. Et les gens qui passent tous les jours dans ce lieu, ont oublié ce drame. La présence de mon image vient chercher la mémoire enfouie. »

 

 

Loin de se revendiquer de la vague actuelle du street art, il refuse qu'on l'associe à l'idée d'une galerie à ciel ouvert : « Ce sont les lieux mêmes qui deviennent les œuvres parce que je viens les densifier en glissant des images qui vont travailler le lieu à la fois du point de vue plastique et puis du point de vue sémantique »

 

Le processus plutôt que l'objet

Pour Ernest Pignon-Ernest, une exposition en musée ne peut pas simplement être une vitrine d'objets figés, puisque par essence, son travail est indissociable du moment et de l'endroit où il prend vie. Dans cette exposition au musée Ziem on retrouve essentiellement des photos de  ses collages à un endroit et à un moment précis. L’artiste expose également des croquis et schémas qui illustrent le travail préparatoire de ses dessins.

On peut alors se questionner sur l’utilité d’une exposition si ces oeuvres sont éphémères et n’ont qu’un sens dans le lieu où elles sont collées : « Il faut appréhender les expositions comme l’explication d'une démarche, comme si j'exposais le processus », répond l’artiste.

 

La bénédiction de Francis Bacon et le prisonnier de Naples

Au fil de la visite, l'artiste partage des souvenirs marquants liés à ses oeuvres. Les anecdotes s’enchaînent. Par exemple, son dessin “Maladies insidieuses du travail” a fait réagir un grand peintre du XXe siècle : Francis Bacon. 

« Il m'a écrit plusieurs fois, j'ai plusieurs courriers de lui. Il s'était intéressé beaucoup à cette image. J'ai une lettre où il dit "Depuis votre collage de 76, je suis votre travail". Pour moi, après Picasso, c'est le plus grand, je suis très fier d'avoir cette bénédiction de Francis Bacon. »

Le parcours nous emmène en Italie, dans la banlieue napolitaine. L'artiste s'est immergé dans le fief de la Camorra, un quartier dangereux qu’il a réussi à investir à l’aide d'un guide local au profil hors du commun : « Le type qui colle avec moi a 11 frères et sœurs en prison. Et son père et sa mère. Ils y sont tous passés ! Et lui il est sorti de prison (...) Je vais chez lui, il a toute l'œuvre de Christian Bobin. Je lui dis "Mais comment tu connais Bobin ?" ». Bouleversé par cette rencontre improbable entre la poésie française et la dureté des prisons italiennes, Ernest Pignon-Ernest contacte Bobin : « Presque il pleurait. Je lui ai dit "Écoute, le type il sort de prison, il a toutes tes œuvres !" ».

 

Ernest Pignon-Ernest et Martigues, une histoire qui dure 

L'exposition met également en lumière des projets singuliers où l'art rencontre la science et la nature. L'artiste se remémore ses expérimentations végétales, des œuvres éphémères et vivantes qui ont été créées à Martigues, connue sous le nom d’Abrorigènes. Une salle du musée est d’ailleurs consacrée à une démarche documentaire et participative puisqu’elle expose des images inédites des étapes de création des Arbrorigènes dans les centres sociaux de la ville. « Mes sculptures, c’était un composé de polymère et de cellules végétales vivantes », se remémore l’artiste. « Quand je travaille dans des lieux, j'essaie de trouver la dynamique poétique la plus forte. (...) J'avais fait ce constat que j'avais toujours travaillé sur l'homme, enfin l'homme et la femme et ce qui nous entoure, et jamais sur la nature. Donc j'ai j'ai essayé de faire un travail sur la nature ».

 

 

L’histoire de l’artiste avec la Venise Provençale ne s’arrête pas là puisque depuis  1982 le musée abrite un dessin de l’artiste réalisé sur un des murs. Une oeuvre parfaitement conservée, une rare empreinte pérenne de l’artiste. En face, un écran diffuse des images d’archives de l’artiste entrain de réaliser l’oeuvre: « Je ne me souviens même pas avoir été filmé » s’amuse Ernest Pignon-Ernest face à l’écran. Il a également collé plusieurs dessins dans la ville cette même année comme La Martégale. Cette rétrospective met en lumière des documents inédits sur ces actions.

Exposition gratuite au Musée Ziem de Martigues du 23 mai au 15 novembre 2026.

 

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