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Culture
Tié du Sud : l'incroyable enquête d'un préfet révèle des traditions de Noël provençales oubliées4min
Par Pascale Furioli24/12/2025 à 11:14
Comment les Provençaux célébraient-ils Noël il y a 200 ans ? Grâce à la curiosité d'un préfet statisticien du début du XIXe siècle, nous avons des réponses précises et parfois étonnantes. Dans la rubrique "Tié du Sud" sur Maritima, l'historien Michel Méténier a dépoussiéré les archives pour nous raconter le "Cacho-Fio", les repas "maigres" mais copieux et les cadeaux insolites de l'époque.
L'enquête ethnographique du préfet Villeneuve-Bargemon
Tout commence en 1815 avec l'arrivée de Christophe de Villeneuve-Bargemon, préfet des Bouches-du-Rhône. Ce royaliste visionnaire, à qui l'on doit l'arc de triomphe de la Porte d'Aix, lance une vaste enquête auprès des maires du département. De 1821 à 1829, il compile des milliers de données dans sa "Statistique du département des Bouches-du-Rhône", offrant un témoignage unique sur la vie quotidienne de l'époque.
À Martigues : la bûche sacrée et... les anguilles en cadeau !
Les réponses des maires sont une mine d'or. À Martigues, le maire Roustand décrit la tradition du Cacho-Fio : une bûche de chêne ou d'olivier, séchée pendant des mois, est mise au feu le 24 décembre par l'aïeul et le plus jeune de la famille.
Plus surprenant, le maire raconte que le 25 décembre, les Martégaux s'offrent des anguilles ! Ces poissons, engraissés spécialement dans des parcs de l'étang de Berre, étaient le cadeau de choix pour la famille et les amis.
À Aix et Vitrolles : jeûne, cloches et "lampe magique"
À Aix-en-Provence, le maire de l'époque souligne le paradoxe du "gros souper". Si l'Église prescrit le jeûne, la collation est en réalité "assez abondante".
À Vitrolles, les cloches sonnent à la volée dès midi le 24 décembre pour annoncer la fête. Michel Méténier révèle aussi une croyance touchante : ce soir-là, on n'utilisait pas de lampes à huile ordinaires mais des chandelles. Le bout de chandelle restant était conservé précieusement toute l'année, comme un talisman contre la maladie.
La place des animaux
Enfin, l'historien rappelle l'importance du monde rural. Le maire de Martigues notait que les bêtes de labour participaient à la fête : on leur distribuait du pain et des gâteaux bénis avant le repas des hommes. Une belle façon de rappeler que la vie en Provence était indissociable de la nature et des animaux.
Pour aller plus loin :
Ces récits sont compilés dans l'ouvrage "Récits de fêtes en Provence au XIXe siècle", publié par les Archives départementales en 2010.
Retrouvez "Tié du Sud" avec Michel Méténier chaque mercredi après-midi dans l'émission "La Famille Maritima".
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