Bouches-du-Rhône
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Économie,
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Se loger dans les Bouches-du-Rhône : quand le logement pèse lourd sur le budget5min
Par Sarah LeGuen23/09/2026 à 18:07
À Port-de-Bouc, Élodie consacre l’essentiel de ses revenus à son logement. À Martigues, Priscilla explique qu’il lui reste environ 300 euros à la fin du mois une fois toutes ses dépenses payées. Deux situations différentes, mais un même constat : dans les Bouches-du-Rhône, se loger pèse lourd dans le budget et oblige certains ménages à faire des choix.
« C'est énorme », reconnaît Élodie lorsqu'elle évoque la part de ses revenus consacrée à son logement. Cette mère de famille vit avec son fils de 15 ans dans un T2 à Port-de-Bouc. Elle paie 850 euros de loyer, charges comprises. Avec ses 1 020 euros de chômage et ses aides au logement, une fois les factures payées, il ne lui reste que quelques centaines d'euros pour vivre.
Et forcément, le budget est devenu beaucoup plus serré. « Avant, pour faire plaisir à mon fils, on se permettait une fois ou deux par mois un restaurant. Là, c'est fini. [...] Des activités que je faisais avec mon fils, ou même des sports un petit peu élevés comme le paddle qu'il aime bien, ce n'est pas possible de le réinscrire. »
Pourtant, Élodie assume ce sacrifice. Après avoir connu un logement social où sont apparues des moisissures et de l'humidité, elle préfère aujourd'hui payer davantage pour vivre dans un appartement qu'elle considère comme propre et décent. « Quand on a un enfant de 15 ans qu'on veut qui reste droit, qui vit sereinement et qui dorme sereinement et qu'on ne vit pas dans la moisissure, c'est un sacrifice, mais c'est rien comparé à la tranquillité et à la sérénité de mon fils. »
« Il me reste 300 euros à vivre par mois »
À quelques kilomètres de là, à Martigues, Priscilla connaît elle aussi un budget très contraint. Elle vit dans un T3 avec sa fille, en logement social. Son loyer s'élève à 694 euros par mois, sans APL. L'eau, l'électricité et le chauffage viennent s'ajouter à cette somme. « À la fin du mois, quand on retire les assurances, le loyer... il me reste 300 euros à vivre par mois. »
Ces 300 euros doivent ensuite couvrir les dépenses du quotidien. Et notamment les déplacements professionnels : Priscilla utilise son véhicule personnel pour travailler et doit donc absorber les dépenses de carburant. Alors, elle aussi doit faire des choix. « Les sacrifices des sorties pour les enfants ou pour soi, tout simplement, il y en a énormément. On garde le plus possible pour manger, tout simplement, et subvenir aux besoins du quotidien. »
Pour Priscilla, le problème ne se limite d'ailleurs pas au montant du loyer. Quand il faut changer de logement, les conditions imposées par les assurances peuvent rapidement devenir un obstacle. « On demande trois fois le loyer en salaire. Des fois, c'est juste impossible, surtout que les loyers augmentent. »
Elle raconte ainsi connaître des personnes qui vivent dans des logements dégradés et qui ne parviennent pas à en partir faute de revenus suffisants. « J'ai des connaissances qui sont dans des logements insalubres et qui n'arrivent pas à en sortir. Il faudrait trouver un équilibre. »
Des prix élevés et une forte tension locative
Ces témoignages illustrent une difficulté plus large dans les Bouches-du-Rhône. Selon Carole Guerinel Drago, courtier et fondatrice du Cabinet DG Conseils, le département reste particulièrement cher, aussi bien à l'achat qu'à la location.
Dans l'ancien, le prix médian se situe autour de 3 200 euros du mètre carré pour les appartements et 3 600 euros pour les maisons. Mais la différence est importante entre les communes. À Aix-en-Provence, les prix peuvent atteindre entre 5 000 et 5 500 euros du mètre carré. À Marseille, le prix médian se situe entre 3 300 et 3 600 euros, avec des écarts importants selon les arrondissements. Dans les 13e et 15e arrondissements, la courtière évoque environ 2 000 euros du mètre carré, contre jusqu'à 5 500 euros dans les 7e et 8e.
Sur le bassin martégal et autour de l'étang de Berre, les prix sont plus modérés, entre 2 500 et 3 200 euros du mètre carré.
La location reste elle aussi particulièrement tendue. Elle est particulièrement forte à Aix-en-Provence, où le loyer peut atteindre 17 à 18 euros du mètre carré. À Marseille, il se situe autour de 13 à 14 euros et entre 14 et 15,50 euros sur le bassin de l'étang de Berre.
Pour Carole Guerinel Drago, le problème est aussi celui d'un décalage : « On a une déconnexion structurelle qui est totale entre les revenus et les prix. [...] Les prix, quant à eux, n'ont pas baissé dans la même proportion que la perte de capacité d'emprunt. Et cela a maintenu un décalage important entre le prix affiché et la solvabilité réelle. »
Un décalage qui se retrouve également dans l'accès à la location : selon elle, la règle des revenus équivalents à trois fois le montant du loyer devient difficile à respecter pour de nombreux ménages.
Vers une hausse modérée des prix ?
Après une année 2024 marquée par la hausse des taux de crédit et un ralentissement des transactions, le marché a progressivement repris. Pour les prochaines années, Carole Guerinel Drago n'anticipe ni effondrement du marché ni flambée des prix, mais plutôt une évolution modérée.
Elle évoque une possible hausse de 1 à 3 % par an dans le département.
Plusieurs éléments pourraient continuer à soutenir les prix, notamment la baisse de la construction neuve, la stabilisation des taux d'intérêt et la tension persistante sur le marché locatif. À l'inverse, les contraintes bancaires, dont le plafond d'endettement fixé à 35 %, limitent la capacité des ménages à emprunter davantage.
La performance énergétique des logements joue également un rôle croissant. Les logements les mieux classés peuvent bénéficier d'une valorisation supérieure, tandis que les passoires thermiques sont davantage décotées. Les restrictions progressives concernant la mise en location des logements les plus énergivores pourraient ainsi peser sur leur valeur.
Entre propriétaires et locataires, un équilibre difficile à trouver
Pour Carole Guerinel Drago, la difficulté concerne finalement les deux côtés du marché. « Aujourd'hui, les locataires et les propriétaires subissent un désamour consommé, pour des bonnes et pour des mauvaises raisons. »
Les propriétaires craignent notamment les impayés et les dégradations, tandis que les locataires doivent faire face à des loyers élevés et à des critères de sélection parfois difficiles à remplir.
Pour la courtier, l'enjeu est donc aussi de rétablir un dialogue entre les deux parties. « C'est vraiment un monde dans lequel il faut absolument réussir à replacer l'humain au milieu en faisant en sorte que l'un et l'autre puissent se connaître, comprendre dès le départ ce qui incombe à chacun. »
À Port-de-Bouc comme à Martigues, les témoignages d'Élodie et de Priscilla montrent en tout cas que le coût du logement ne s'arrête pas au montant du loyer. Il détermine aussi ce qu'il reste pour manger, sortir, se déplacer ou faire des projets. Et lorsque les revenus ne suivent pas, trouver un logement abordable, décent et adapté à sa situation peut rapidement devenir un véritable parcours du combattant.
Lire aussi. Immobilier dans les Bouches-du-Rhône : "Un marché résilient mais en quête de confiance"
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