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Fos-sur-Mer : « Moi, je n’y croyais pas trop », la réaction cash du maire Philippe Maurizot après l’abandon du projet Carbon

3min

Par Maritima 19/05/2026 à 18:10

Quelques heures après l'annonce officielle de l'arrêt du projet de giga-usine de panneaux solaires Carbon à Fos-sur-Mer, le maire de la commune, Philippe Maurizot, a réagi au micro de Maritima. Entre réalisme industriel et scepticisme de longue date, l'élu refuse de céder au catastrophisme et pointe les faiblesses d'un défi qu'il jugeait presque "utopique" face au géant chinois.

Le séisme provoqué par le retrait de Carbon ce mardi 19 mai 2026 laisse un goût amer sur le bassin de l'Étang de Berre. Pourtant, pour Philippe Maurizot, invité ce midi sur Maritima Radio, la surprise n'est pas totale. L'édile fosséen confie avoir toujours entretenu des doutes sur la viabilité d'un tel projet.

 

« Une sacrée montagne à gravir » face à la Chine

Pour le maire de Fos, vouloir bousculer l'hégémonie chinoise sur le marché du photovoltaïque relevait du tour de force. « C’est un projet qui, dès le début, m’a laissé dubitatif. On ambitionnait de concurrencer la Chine dans un domaine industriel qu’elle domine depuis plus d’une décennie. Les Chinois détiennent 85 % du marché mondial et possèdent les 10 premiers fournisseurs de panneaux », rappelle Philippe Maurizot.

L'élu souligne également le fossé des investissements : quand l'Europe tente de rattraper son retard, la Chine a injecté plus de 50 milliards de dollars dans le secteur depuis 2011, soit dix fois plus que le Vieux Continent.

 

1,5 milliard d'euros : « Le prix d'un sous-marin nucléaire »

Au-delà de la géopolitique, c'est l'ampleur financière du dossier qui interpellait le maire. « Pour fixer les idées, 1,5 milliard d’euros, c’est le prix d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins neuf », image-t-il pour illustrer la complexité de réunir de tels fonds sans garanties de marché.

Interrogé sur la perte des 3 000 emplois annoncés, Philippe Maurizot reste fidèle à son pragmatisme : « Sur le papier, on peut toujours aligner les milliers d’emplois, mais tant que les projets ne sont pas sortis de terre, cela reste du théorique. On a trop souvent fait miroiter des chiffres avant d'avoir tué l'ours. »

 

Les leçons du passé : le précédent « Quechen»

Ancien conseiller régional en charge de l'industrie, le maire de Fos rappelle avoir vu passer de nombreux dossiers ambitieux restés sans suite, citant notamment le projet Quechen (usine de silice) qui devait s'implanter sur la zone portuaire avant de s'évaporer malgré les signatures officielles.

Il pointe également des freins techniques persistants sur la zone du Tubé : « Carbon, c'était un site Seveso seuil haut. Il y avait des problématiques de routes d'évacuation en cas de danger industriel qui ne sont toujours pas résolues à ce jour. »

 

« Je suis pour le concret, pas pour l'utopie »

S’il salue le risque pris par les porteurs de projet lyonnais, Philippe Maurizot préfère aujourd'hui se concentrer sur la consolidation des usines existantes et sur une industrie "plus vertueuse" plutôt que sur des annonces XXL.

« Vous ne me verrez jamais crier victoire avant d'être sûr de couper le ruban tricolore et de faire rentrer les employés. Je suis pour le concret, pas pour l’utopie », conclut-il au micro de Maritima.

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