LogoMaritima

°C

Marseille

-

Économie

Marseille : des articles de contrefaçon issus du Marché du Soleil passés à la déchiqueteuse

5min

image

Par Rémy Reponty18/06/2026 à 19:48

Conséquence de la fermeture administrative, en février dernier, du Marché du Soleil, haut lieu illégal de la contrefaçon dans la cité phocéenne, le parquet de Marseille, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, la direction régionale des douanes de Marseille et l’Union des fabricants ont réalisé ce jeudi matin une opération de destruction d'articles contrefaisants parmi les 206 000 marchandises saisies. T-shirts, maillots de foot, chaussures de sport, sacs à main de luxe ou encore lunettes de soleil ont fini broyés dans un camion déchiqueteur.

Quatre mois après le coup de filet historique et la fermeture du Marché du Soleil en plein cœur de Marseille, les autorités ont passé à la moulinette des milliers d’articles saisis. Une opération spectaculaire et hautement symbolique menée ce jeudi matin à la caserne des douanes de la Joliette.

C'est un vrombissement lourd qui a brisé le calme de la caserne des douanes de Marseille-Joliette ce jeudi, dès 9 heures du matin. Dans la cour, un énorme camion déchiqueteur a englouti des vagues de faux t-shirts, de fausses baskets et d'accessoires de luxe au nom des plus grandes marques. Ce grand nettoyage fait directement suite à l’opération XXL menée début février 2026 au Marché du Soleil. Pour rappel, cette descente mémorable avait permis la saisie record de 206 054 marchandises contrefaisantes et entraîné la fermeture administrative totale du site pour une durée de 6 mois.

Sur place, le parquet de Marseille, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, la direction régionale des douanes et l'UNIFAB (Union des Fabricants) affichaient un front uni pour dire stop à ce fléau qui mine l'économie locale.

 

Les interviews de Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l’UNIFAB (l'Union des fabricants), de Nicolas Bessone, le procureur de la République de Marseille et de Corinne Simon, préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, dans cette vidéo.

 

(Interviews, image et montage : Rémy Reponty pour Maritima Médias.)

 

« 40 ans que ça durait » : La fin du temple de la contrefaçon

Pour Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, présent aux côtés de Michael Lachaux (directeur régional des douanes) et de Sonia Bodier (cheffe de l’unité sud-est de l’office national anti-fraude), cette destruction marque un tournant historique pour la cité phocéenne. « Ça faisait 40 ans que ce Marché du Soleil en plein centre de Marseille était devenu quasiment le centre français de la marchandise contrefaisante », a déploré le procureur Nicolas Bessone. « Ce qui m'a choqué , je donne toujours cet exemple, c'est que sur les guides touristiques vantant les mérites de la cité phocéenne, l'existence de ce marché était donnée comme un must, comme un plus quand vous veniez visiter Marseille ! Ce qui, au-delà de l'aspect contrefaisant, démontre un peu l'affaissement des pratiques dans notre ville. »

Aujourd’hui, la réponse judiciaire et administrative est incontestable. Aucune ordonnance de destruction n'a été contestée. Le procureur rappelle d'ailleurs le calendrier judiciaire : « Les personnes poursuivies seront jugées la semaine prochaine devant le tribunal correctionnel de Marseille et, comme vous le savez, ils sont à ce stade présumés innocents » .

 

Sécurité, emploi, environnement : Le coût caché des faux produits

Derrière l'apparente « bonne affaire » de la contrefaçon se cache en réalité une mécanique criminelle bien huilée. Acheter un faux logo, c'est directement alimenter les réseaux mafieux. « Derrière, il y a du blanchiment, derrière il y a du recel et derrière il y a de la criminalité », insiste Nicolas Bessone. La totalité des 206 054 marchandises contrefaisantes saisies a été estimée pour une valeur de 42 millions d'euros.

Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l’UNIFAB, a tenu à rappeler le danger bien réel de ces produits pour les consommateurs : « Acheter une contrefaçon n'est jamais une bonne affaire puisque effectivement, on finance la criminalité organisée . Ce sont des produits qui sont malheureusement complètement hors norme : inflammables, avec des teintures trop chargées en plomb, des lunettes de soleil sans aucun filtre... Le consommateur doit absolument être informé car ce sont des produits dangereux. »

Les chiffres avancés par l'UNIFAB à l'échelle nationale sont impressionnants : la contrefaçon fait perdre chaque année à la France 1 milliard d'euros de taxes et détruit plus de 38 000 emplois par an. « Fermer le Marché du Soleil, c’est protéger le consommateur, l’économie, nos emplois, mais aussi l’environnement, car les usines de contrefaçon rejettent leurs déchets en pleine nature », conclut-elle.

 

Redonner de la sérénité et une concurrence loyale au quartier

Pour la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, Corinne Simon, également sur le terrain, il était urgent de siffler la fin de la récréation pour protéger le tissu commercial marseillais et ramener l'ordre. « D'année en année, on a vu que ce marché s'était modifié pour devenir un marché à ciel ouvert de contrefaçon. Il était impératif d'y mettre un terme. C'est une concurrence déloyale par rapport aux marques, avec un impact direct sur l'activité et l'emploi local. »

La préfète a également assuré que la pression ne retomberait pas : « J'ai demandé à la fois aux douaniers et aux policiers de pouvoir continuer à faire des opérations de contrôle dans les commerces adjacents. Seul un commerce continuait à faire de la contrefaçon, ce qui veut dire que les messages sont bien passés. Ça permet de rendre une concurrence loyale entre tous les commerçants, d'apaiser et de rendre de la sérénité à ce quartier. »

 

Une seconde vie solidaire pour le matériel de fabrication

Si les vêtements et accessoires finissent en miettes, tout n'est pas perdu dans cette affaire. Dans une démarche solidaire et de réinsertion remarquable, les machines à coudre et à floquer qui avaient été saisies sur les stands du Marché du Soleil, et qui servaient à fabriquer ces faux à la chaîne, ont connu un tout autre destin ce jeudi.

Elles ont été officiellement remises à l’ATIGIP (Agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle) de l’administration pénitentiaire. Elles serviront désormais d’outils d'apprentissage et de réinsertion pour les personnes placées sous main de justice. Un juste retour des choses.

 

A lire aussi


MIR.I.A.DE : Miramas se dote d'un centre de formation IA local

Miramas

-

Économie

MIR.I.A.DE : Miramas se dote d'un centre de formation IA local

"Il n'y a rien d'indu" : Gaby Charroux fustige le "coup de rabot" du Préfet sur le budget de Martigues

Martigues

-

Économie

"Il n'y a rien d'indu" : Gaby Charroux fustige le "coup de rabot" du Préfet sur le budget de Martigues

Fibre Excellence : Matthieu Pigasse candidat à la reprise, dénouement le 6 juillet

Tarascon

-

Économie

Fibre Excellence : Matthieu Pigasse candidat à la reprise, dénouement le 6 juillet

En 2025, les Français ont encore battu un record d'achats de vêtements neufs (Refashion)

France

-

Économie

En 2025, les Français ont encore battu un record d'achats de vêtements neufs (Refashion)

93.6 & 87.9 FM

Abonnez-vous à la newsletter
pour suivre notre activité et obtenir des offres