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"Save my Shoes" : re-trouver chaussures à ses pieds

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Par Michel Montagne16/03/2024 à 09:48

On peut être à côté de ses pompes tout en ayant les pieds sur terre, c'est le cas de Glen Lenga. Entrepreneur responsable, ils ressuscite vos vieilles baskets retardant ainsi, à sa mesure, la fin du monde tout en améliorant vos fins de mois.

Nous l'avions croisé la première fois au salon des jeunes de Martigues où son stand avait attiré notre attention et surtout celle de beaucoup de visiteurs. Glen Lenga y dévoilait l'art de ressusciter des baskets a priori défraîchies, usagées voire abîmées. Une activité moins accessoire qu'il n'y paraît. 

 



Baskets versus Planète
Chaque année en France, c'est 415 millions de paires de chaussures qui sont vendues, soit 243 000 tonnes à recycler un jour ou l'autre.
Il faut savoir qu'une grande partie des vêtements dont on se débarrasse dans les conteneurs de récupération sont expédiés en Afrique. Les meilleures qualités de tissus sont réexploitées, les moins bonnes (pour ne pas dire les pires, ceux issus de la "fast fashion" tant décriée ces derniers temps) viennent s'amonceler dans des pays comme le Ghana où ils causent des dégâts majeurs sur l'environnement. C'est l'équivalent de cinq bus de la RTM chargés de vêtements qui arrivent chaque jour à Accra, la capitale.
C'est ainsi que, faute de filières de recyclage adaptées, se sont créées au fil du temps des collines de tissus.
Après le 7e continent né de l'accumulation de plastique dans nos océans, on pourrait annoncer la sinistre naissance d'un 8e continent généré par nos anciens vêtements devenus déchets polluants.
 Mais revenons à nos chaussures.

Brève histoire de la basket
Il y a longtemps, très longtemps, la basket était réservée à l'exercice du sport et son coût restait abordable. A partir des années 80, pratique et confortable, elle devient une incontournable chaussure de rue et l'emblème du sportwear (même si elle pouvait vous valoir un refus d'accès dans les boîtes de nuit pour défaut de tenue correcte ) avant, peu à peu, de se transformer en accessoire de mode. Désormais, les grandes marques créent leurs propres sneakers à des tarifs défiant le plus souvent... toute raison.
C'est ainsi que certaines baskets deviennent aussi coûteuses que des souliers en cuir sortis de l'atelier d'un bottier de luxe milanais.

Sneakers, une carte d'identité
Les sneakers sont donc devenues des marqueurs d'identité, elles vont définir votre style, vos goûts, votre pouvoir d'achat et refléter ainsi en filigrane votre situation sociale. Un peu à l'image de ces messieurs qui, afin d'afficher - mais sans l'exhiber - une forme de réussite, se contentaient de porter une paire de Richelieu, de Berluti ou de Weston (et équivalent chez les femmes, probablement Louboutin ou Marant, mais bon, c'est un terrain où, par ignorance, votre serviteur ne s'aventurera pas, même en pataugas).
Conséquence, miroir ou révélateur de leur standing, il n'est plus rare que beaucoup de jeunes se sacrifient pour s'offrir la paire rêvée. Avec un gros souci quand le porte-monnaie ne parvient pas à suivre les désirs.

Un projet qui remonte à loin
Conscient de ce gâchis de matière et d'argent, Glen Lenga apporte sa petite basket à l'édifice.
Et ça marche, ça court même : depuis peu le jeune entrepreneur a ouvert une boutique, quartier de Jonquières, dans le centre-ville de Martigues, « Save my shoes » où nous sommes allés traîner nos savates et où on le retrouve en effet à côté – au beau milieu même - de ses sneakers.
Originaire du Congo, c'est-à-dire la patrie de la fringue, la terre sacrée des sapeurs (mais non, pas les pompiers, les experts de la fringue, les virtuoses de la sape, ces exhibitionnistes de l'élégance haute en couleur), le petit Glen est conscient très tôt du sacrifice financier qu'implique l'achat de vêtements et donc de la nécessité de prendre soin de ses affaires et de faire preuve d'imagination pour conserver du style et de l'allure sans trop débourser.
C'est ainsi qu'il apprend en autodidacte les techniques de nettoyage et restauration de chaussures afin, comme il le dit lui-même « d'un déchet, le faire redevenir un trésor »

"Sauvez mes pompes !"
Car, outre l'aspect financier, il y a un réel attachement à ses baskets et, quand elles ne sont vraiment plus présentables, certains ressentent un petit coup de blues à l'idée de ne plus pouvoir les porter, et pire même, de ne plus pouvoir les retrouver quand le modèle n'est plus en vente.
Ce n'est pas pour rien qu'on désigne une personne épanouie comme quelqu'un qui est « bien dans ses baskets »
C'est donc le cœur serré mais plein d'espoir qu'on se rend chez le "docteur Lenga" pour faire soigner ses sneakers, un peu comme on se rend chez le véto pour qu'il guérisse Kiki, le vieux caniche de la famille : sales, tâchées de peinture, les semelles décollées, jusqu'alors, votre paire de sneakers préférée qui avait coûté si cher finissait à la poubelle et participait ainsi... au gaspillage international et... à la pollution mondiale. Ces vieilles baskets, eh bien Glen Lenga leur donne un gros coup de pompe pour les faire repartir d'un bon pied.
Un bon filon donc que Glen a choisi d'exploiter mais sans abuser de ces âmes en peine, avec un tarif unique et écoresponsable en accord avec sa démarche à la fois sociale et environnementale : 30 euros pour un nettoyage intérieur-extérieur et la remise en état générale de la paire.

Adoubé par le milieu de l'entreprise
S'il a pu s'installer en plein centre-ville, c'est que son projet a séduit nombre de partenaires.
Il a ainsi remporté en 2022 le challenge Mikado, organisé par le pôle entrepreneurial de Martigues ainsi qu'un autre premier prix aux Trophées du créateur d'entreprise de Châteauneuf la même année tout en bénéficiant d'une aide de l'Adie, association pour le droit à l'initiative économique.
Sans oublier celle qui fut la première à croire en son projet, Sabine Meneut, créatrice de Glokis, une petite entreprise de Port-de-Bouc qui récupère les filets de pêche usagés pour en faire des ailerons de planches de surf ou des montures de lunettes et qui l'a hébergé dans son propre local professionnel durant une année, le temps pour lui d'affiner et concrétiser sa vision.

Customisation
Mais Glen ne se contente pas de restaurer vos vieilles baskets pour leur redonner du lustre : à l'inverse des cas précités, il y a aussi des modèles qui ont fait leur temps ; qui, tombés en désuétude, n'éveillent plus notre envie : pas de problème, avec ses peintures acryliques spécial tissus, Glen se mue en chirurgien esthétique et peut aussi les customiser selon vos envies et votre imagination : vos vieilles sneakers blanches ou noires vont se transformer à coups de motifs brésiliens, ou de l'univers spiderman, etc... Et même afficher le logo de la ville de Martigues

Surcyclage
Et quand la pompe est vraiment à plat, hors d'état de séduire, il reste l'upcycling (ou surcyclage) qui consiste, à partir d'un produit d'origine, à le transformer en un autre objet. C'est ainsi qu'à partir d'une vieille sneaker, Glen a extrait de quoi fabriquer un porte-cartes forcément unique au monde.

Et pourquoi pas sacs et vestes ?
Mais le boulimique de la récupération/restauration/transformation en garde encore sous la semelle et ne compte pas s'en tenir aux chaussures, il espère ainsi pouvoir développer son concept afin de l'appliquer aux sacs (« Save my Bags ») et aux vestes (« Save my Jackets »)

Le grand secret
Et, mais c'est encore confidentiel, Glen Lenga a en tête un énorme projet, toujours à base de récupération de chaussures et textiles, auquel il souhaite associer Martigues et les environs. 

 

 

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