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Marseille : "Le Grand Bain" ou comment briser les murs invisibles entre les enfants de la ville

3min

Par Maritima 01/07/2026 à 18:20

Ce matin, notre "Fil rouge" nous a plongés dans une initiative exemplaire au cœur de Marseille. Loin de la canicule, c'est un "Grand bain" social que propose l'association CitizenCorps. Le concept ? Jumeler des classes de quartiers favorisés d'un côté et prioritaires de l'autre pour réapprendre aux petits Marseillais à vivre ensemble. Entre parties de ping-pong et découvertes insolites, récit d’une année qui change les regards.

« C'est un grand bain rafraîchissant, mais sur le plan social », lance d'emblée Michel Montagne au micro de Maritima. Rue de la République, notre reporter est allé à la rencontre de celles qui font battre le cœur du projet "Le Grand Bain". L’objectif est simple mais ambitieux : faire se rencontrer des enfants de Marseille qui, sans ce cadre, ne se croiseraient probablement jamais.

 

Sortir de l’entre-soi : l'urgence de la mixité

Pour Sophie Monnier, chargée des opérations au sein de CitizenCorps, le constat est sans appel : la mixité naturelle à l'école s'est raréfiée. « On crée des jumelages de classes élémentaires sur toute une année scolaire. On fait coopérer des enfants de quartiers prioritaires avec des enfants de milieux plus favorisés ou d'écoles privées », explique-t-elle.

L'enjeu dépasse la simple sortie scolaire. Marion Chapulut, directrice et fondatrice de l'association, s'appuie sur des bases sociologiques fortes : « Il y a dix ans, une étude montrait que les jeunes étaient désormais plus proches des valeurs des personnes âgées de leur propre milieu social que des jeunes issus d'autres classes socio-économiques. L'idée de sortir de sa bulle s'est perdue. »

 

À 7 ans, tout se joue

Pourquoi cibler l'école primaire ? « On s'est rendu compte qu'à 15-16 ans, ce qui est ancré est très difficile à changer », poursuit Marion. « Le sentiment de classe se fabrique entre 7 et 10 ans. C'est là qu'on peut encore déconstruire les préjugés et les malentendus. »

L'association travaille d'ailleurs avec un anthropologue, Simone Spera, pour analyser ces mécanismes. Une anecdote marquante illustre ce fossé culturel : 
« Des enfants de milieux favorisés ne prenaient pas au sérieux le courrier de leurs correspondants parce qu'il y avait des fautes d'orthographe. Pour eux, le soin de l'orthographe est une marque de respect, ils n'imaginaient pas que l'autre pouvait avoir un réel retard scolaire. » Et donc interprétaient ces erreurs comme de la désinvolture de la part de leurs auteurs

 

 

"Ils ont une table de ping-pong !"

Le projet emmène les enfants sur un terrain neutre, en mairie de secteur ou directement dans le quartier de "l'autre". Et les chocs culturels sont parfois surprenants.

  • Côté favorisé : des élèves du sud de Marseille ont été émerveillés de découvrir une école située juste à côté des rails. « Ils étaient fascinés par le train qui passait », s'amuse l'équipe alors que la cour de l'établissement était par ailleurs de taille plutôt modeste.

  • Côté prioritaire : à l'inverse, certains enfants n'en revenaient pas : « C’est vrai ? Ils ont des tables de ping-pong dans leur cour ? ». Pour les uns, ce qui semble être un détail ou une évidence devenait aux yeux des autres un luxe impensable.

 

Une chute massive du stress chez les élèves

Au-delà de l'anecdote, l'impact est mesuré scientifiquement. Lucie, stagiaire très active sur la mesure d'impact, note des résultats impressionnants : « On observe une grosse baisse du stress entre la première rencontre, les "Olympiades", et le dernier atelier. Les enfants sont plus à l'aise, les barrières tombent. Un enfant m'a dit : les activités m'ont aidé à connaître mon binôme. »

Les enseignants, eux aussi, y trouvent leur compte. En travaillant avec des collègues de quartiers opposés, ils enrichissent leurs pratiques pédagogiques et se sentent valorisés. « Certains sont surpris de voir l'un de leurs élèves, d'habitude difficile, devenir curieux et ouvert au contact des autres », souligne l'association.

 

Appel aux écoles pour la rentrée 2026

Alors que l'année s'achève, CitizenCorps prépare déjà la suite. « On crée plein de nouveaux jumelages pour l’année prochaine », annonce Sophie Monnier. L’association lance un appel aux enseignants et aux directeurs d'écoles élémentaires de Marseille : si vous voulez rejoindre l’aventure du "Grand bain" à la rentrée 2026, n’hésitez pas à les contacter via leur site internet (ici)

« On ne sauvera pas le monde, mais on offre une compréhension de chaque côté », conclut Michel Montagne. Un petit pas pour l’école, un grand pas pour la citoyenneté marseillaise.

 

crédit photo DR

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