Marseille
-
Éducation,
Société
Mobilisation étudiante à Marseille : entre soutien au mouvement lycéen et désir de dialogue3min
Par Michel Montagne07/10/2026 à 17:18
Devant la faculté de droit et de sciences politiques de la Canebière, préventivement fermée en raison de menaces de blocage, les étudiants de première année expriment leurs revendications. S'ils soutiennent fermement les lycéens, ils privilégient l'échange constructif et s'interrogent sur les moyens d'action.
À Marseille, la faculté de droit et de sciences politiques située sur la Canebière a gardé portes closes ce matin. Face aux risques de blocage, la direction de l'établissement a préféré anticiper et suspendre l'accès aux cours jusqu'en début de semaine prochaine.
Devant les grilles fermées, une trentaine d'étudiants s'est rassemblée. Parmi eux, Leia et Tristan, tous deux âgés de 17 ans et élèves en première année de licence (L1), nous ont exprimé leur points de vue.
Un soutien massif aux lycéens, mais des interrogations sur le blocage
Pour les deux étudiants, la solidarité avec le mouvement lycéen est une évidence. Tristan souligne la convergence des luttes et la volonté de faire entendre un ras-le-bol plus général : « On a vu que les lycéens commençaient à se soulever et à bloquer leurs lycées, et que leurs revendications, leur voix pouvaient porter. On s'est dit qu'on allait aussi leur apporter notre soutien parce qu'on a eu beaucoup de violences sur les premiers jours de manifestation sur les lycéens (...) Ce mouvement, au final, il devient général, tout le monde a embrayé dessus parce que c'est important de faire porter nos voix et nos revendications. »
Cependant, le mode opératoire du blocage divise au sein de la communauté étudiante. Si la légitimité des revendications fait consensus, la méthode suscite des réserves concernant principalementy les blocages d'établissements.
Leia rappelle ainsi le climat d'incertitude entourant ces décisions : « Hier, il y a eu l'AG d'un rassemblement d'étudiants, ils ont décidé que l'université allait être bloquée. Bon, ça n'a pas été unanime, il y a eu beaucoup de divisions au sein des étudiants : est-ce que 'oui ou. non, il fallait bloquer ? »
Tristan traduit le clivage qui divise les étudiants autour de cette situation paradoxale : le principal moyen de pression pour faire plier le gouvernement, c'est d'empêcher l'accès aux établissements grâce aux blocages alors que, par ailleurs, l'une des principales revendications est... de faciliter l'accès pour tous à l'enseignement. « Si on bloque, on n'a pas cours et ce serait un vrai blocage (...) On sacrifie quand même dans ce mouvement nos cours pour avoir nos revendications qui portent. »
Précarité et égalité : des revendications étudiantes bien spécifiques
Au-delà des slogans partagés avec les lycéens, les étudiants portés par la mobilisation entendent mettre en avant leurs propres urgences quotidiennes. Tristan pointe du doigt la détérioration des conditions matérielles d'apprentissage : « Le point commun, c'est les locaux souvent. On n'a pas forcément les locaux les plus adaptés à la vie et aux études, mais on a aussi des manques de profs des fois qui peuvent se remarquer (...) nos conditions de vie étudiante peuvent être plus compliquées actuellement dans une France où tout est plus cher. »
De son côté, Leia insiste sur l'accès équitable à l'enseignement supérieur et sur la lutte contre la précarité alimentaire et les inégalités de transport : « Je dirais déjà l'égalité de l'éducation pour tous. Il faut que tout le monde ait un accès équitable à une éducation, parce que c'est littéralement un droit et ça ne devrait pas être discutable. »
Elle détaille le quotidien difficile de nombre de ses camarades : « Je pense à des améliorations des conditions étudiantes, parce qu'on sait qu'il y en a qui ne mangent pas à leur faim, qui font des trajets très longs pour venir à la fac — moi je connais des personnes qui font 4 heures de train par jour... Quand on parle par exemple du Crous, les étudiants ont besoin de dispositifs pour avoir des conditions propices à leur éducation. »
Face-à-face apaisé avec la police : le choix du dialogue
Alors qu'un dispositif policier d'une douzaine d'agents avait été déployé sur la Canebière aux abords de la faculté de droit et sciences-politiques pour sécuriser le site, le face-à-face a pris une tournure inattendue et particulièrement constructive. Loin des heurts redoutés, étudiants et forces de l'ordre ont engagé le dialogue.
Leia revient sur cet échange apaisé : « Comme il n'y a eu absolument aucune violence et rien qui n'ait nécessité une intervention policière, ils sont juste restés là et on a fini par discuter pendant quelques heures sur différents sujets, sur les blocages, etc., tout ça dans la bonne entente. »
Cette interaction directe a permis d'apaiser les tensions et de briser les préjugés réciproques : « Je pense que ça ouvre le dialogue, ça permet de se rassembler, de se rendre compte qu'on n'est pas si différents que ça... Je pense que pour eux aussi c'est bénéfique, parce qu'ils se rendent compte qu'on n'est pas violents, on est juste là parce qu'on a des revendications. Avec lesquelles, au passage, ils sont souvent d'accord. »
Les portes de la faculté de la Canebière qui devaient rouvrir aujourd'hui à 13 h resteront finalement closes jusqu’à lundi et ce, sans cours de substitution par visioconférence comme initialement prévu en cas de fermeture de l’établissement.. Quant à la fac Saint-Charles, elle fait l’objet d’un blocage toute cette journée.
A lire aussi
France
-
Éducation
Les représentants lycéens et étudiants demandent à être reçus par Lecornu, faute de "mesure concrète" à ce stade
Marseille
-
Éducation
Tensions au lycée Marie Curie à Marseille : un lycéen blessé, quatre CRS touchés
France
-
Éducation
Des syndicats d'enseignants appellent à soutenir les lycéens jeudi par une grève
Aix-en-Provence
-
Éducation
Aix-en-Provence : appel à candidatures pour rejoindre Aix Conseil Étudiants (A.C.E.)

