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Mobilisation lycéenne à Martigues : « On veut juste étudier dans des conditions normales »3min
Par Jean-Michel Darras01/10/2026 à 09:00
Nouvelle journée de contestation devant le lycée Langevin à Martigues. Face au manque de moyens, à la surcharge des classes et à des emplois du temps jugés « insupportables », les élèves réclament des réponses concrètes. Témoignages.
La colère ne retombe pas chez les lycéens martégaux. Ce matin encore, le rassemblement devant les grilles du lycée Langevin à Martigues témoigne d'un malaise profond. Alors que le mouvement national de contestation initié mardi se poursuit dans plusieurs établissements des Bouches-du-Rhône (Istres, Marseille, Marignane, Vitrolles...), les élèves de Langevin dénoncent eux aussides conditions d'étude dégradées, le manque de professeurs et des journées à rallonge.
Sur le terrain, la détermination reste intacte, portée par des témoignages sans filtre recueillis par notre reporter Rémy Reponty.
« On ne va pas se laisser faire » : un sentiment d'abandon face à l'État
Pour ce lycéen présent devant l'établissement martégal, le constat est sans appel : le dialogue semble rompu avec les autorités. « Pour l'instant aujourd'hui, c'est assez calme. Après, on verra ce que ça donne. Malheureusement, l'État ne nous écoute toujours pas, donc on va quand même continuer. »
Questionné sur les tensions et les dégradations observées, le lycéen tient à faire la distinction entre la colère des élèves et la violence : « En soi, on est juste violents avec des poubelles. Juste on brûle des choses, c'est tout. Par contre, la violence policière, ça c'était pas très bien (...). Nous, on fait juste ça pour qu'on se montre et pour dire la vérité. Maintenant, si l'État ne veut pas nous écouter, c'est leur souci, mais nous on ne va pas se laisser faire. »
L'exaspération vise directement l'organisation générale de la scolarité et la gestion ministérielle : « On est un peu plus récalcitrants, mais on est toujours autant énervés parce que l'État ne nous écoute pas et ils ne font aucun changement. Ils veulent juste qu'on retourne en classe, mais rien pour changer en fait, c'est ça le problème. Ce qui me dérange le plus, ce sont les heures pour manger et les heures de trou, c'est vraiment insupportable. » « Des fois on a des cours, et d'un coup on peut avoir deux heures de trou, on peut faire du 8h-18h et ça c'est pas normal, ils pourraient mieux organiser les emplois du temps. C'est pour ça qu'on fait des blocages, pour qu'on ait plus de moyens, plus de profs. »
Face à l'absence de dialogue direct avec la direction de l'établissement, l'élève exprime une frustration vive : « Ils ne veulent pas parler parce que pour eux, on est juste des ados de merde qui seulement devaient aller au lycée (...). Et du coup, comme on est des élèves, on n'a pas le droit de dire notre mot. Nous, on veut juste avoir la demande d'un lycéen normal, mais malheureusement ils ne nous écoutent pas. On va encore faire blocus tant qu'ils ne nous répondent pas. On est jeunes, on est capables ! »
« Désolé pour le dérangement » : Malack pointe l'épuisement quotidien
Scolarisée en classe de Première, Malack a accroché un message sur la grille du lycée : « Désolé pour le dérangement ». Une attention adressée à la communauté scolaire et aux riverains, alors qu'elle-même a connu un autre établissement l'an dernier à Aix-en-Provence. « J'ai deux visions différentes du lycée et je trouve que dans les deux, il y a beaucoup de mauvais points à dire. Désolé pour le dérangement, c'est pour les professeurs, le personnel, les proviseurs des fois qui sont avec nous et qui veulent participer mais ne peuvent pas à cause de leurs fonctions (...), et aussi pour les personnes aux alentours. Mais des fois c'est nécessaire. On est vraiment désolés, mais il fallait en arriver à un point où on devait faire ça. »
Pour Malack, la forme de la contestation découle directement de l'inaction politique : « Ça fait depuis quelques années déjà qu'on se plaint et qu'on ne nous écoute pas. À un moment, si on doit en venir à la force, ce n'est pas de notre faute, c'est parce que l'État n'a pas voulu nous écouter, les députés n'ont pas voulu prendre des mesures. C'est la conséquence de leurs actes, pas des nôtres. Ce n'est pas un lycée qui va changer quelque chose, mais c'est en manifestant dans toute la France qu'il pourra vraiment y avoir des actes. »
La lycéenne met en avant la fatigue physique et mentale accumulée au quotidien par les élèves : « On fait 8h-18h tous les jours. La plupart des gens rentrent à 19h à cause des bus mal organisés. Il y a des gens qui se lèvent à 6h, prennent le bus, arrivent à 8h au lycée, finissent à 18h et rentrent à 19h. De là, on doit manger, se doucher et faire tous les devoirs. Au final, on se retrouve à minuit à devoir décider : 'Est-ce que je fais le DM de maths ou est-ce que je dors pour me réveiller encore à 6h ?' Quand on arrive en cours, on est fatigués, on n'arrive plus à travailler. Ça perd tout son sens. »
Contrairement aux idées reçues sur les grèves lycéennes, Malack insiste sur le fond de leur démarche : « Moi je manifeste pacifiquement, je mets des pancartes pour rappeler nos droits et les choses qu'on veut défendre. J'espère qu'on ira jusqu'à un point où ça pourra vraiment changer quelque chose. »
« Plus d'heures de trou que de sommeil » : Kenza réclame un réaménagement
Également en Première au lycée Langevin, Kenza détaille aussi les difficultés logistiques qui empoisonnent le quotidien des lycéens, à commencer par l'accès à la cantine. « On ne prend pas assez au sérieux nos demandes. Par exemple par rapport à la cantine, comparé à d'autres lycées qui ont 1h30, nous on a 50 minutes. On a juste le temps de faire la queue à la cantine, on n'a pas assez de temps pour manger. La boulangerie à côté coûte trop cher pour certains élèves, donc certains ne mangent pas ou ne se concentrent pas en cours. »
Autre point critique : la taille des classes et la surcharge de travail. « On est beaucoup trop en classe. On est 35, dans la trentaine. Il y a très peu de chances où on soit en dessous de la trentaine. » « Ce qu'on espère de la direction, c'est qu'ils puissent changer quelque chose, parce que ça devient insupportable. 8h-18h avec beaucoup de trous, alors qu'ils pourraient très bien terminer plus tôt. Ou soit ils ne dorment pas assez avec beaucoup de charge de travail. »
Kenza pointe du doigt l'incompréhension de certains enseignants face à cette fatigue généralisée : « Les profs sont étonnés qu'on n'arrive pas à beaucoup travailler ou qu'on ne soit pas assez concentrés en cours, ils demandent beaucoup de travail alors qu'on n'a pas que eux en cours. La surcharge de travail, c'est beaucoup trop pour nous, en plus du manque de sommeil. C'est beaucoup trop alors qu'on a plus d'heures de trou que de sommeil. »
Une mobilisation appelée à durer ?
Entre désarroi face aux emplois du temps et volonté de se faire entendre par le ministère de l'Éducation nationale, les lycéens ne compte pas relâcher la pression tant que des engagements clairs ne seront pas pris. Les élèves ont notamment reçu le soutien de la CGt Educ'Action 13 qui dénonce ce matin la repression du gouvernement.
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