Côte bleue
-
Environnement
Parc marin de la Côte Bleue : une opération exceptionnelle pour débarrasser les fonds marins d'un filet fantôme3min
Par Sarah LeGuen04/11/2026 à 17:31
Dans la réserve marine du Cap Couronne, au large de Martigues, un filet de près de 1 000 m² recouvrait un habitat protégé et menaçait plusieurs espèces marines. Après sa découverte en 2021, une opération exceptionnelle de retrait a été organisée en ce début novembre par l'Office français de la biodiversité, le Parc marin de la Côte Bleue et des plongeurs professionnels, avec la participation d'Andromède océanologie.
Il faut plusieurs jours d'intervention pour venir à bout de cet immense filet. Repéré en juillet 2021 par le Parc marin de la Côte Bleue, il se trouvait à environ 35 mètres de profondeur, dans la réserve marine du Cap Couronne, où la pêche est pourtant strictement interdite. Son origine exacte reste inconnue.
Avec une surface estimée à près de 1 000 m², le filet recouvrait du coralligène, un habitat marin protégé, et obstruait des cavités rocheuses utilisées notamment par les mérous bruns pour se reproduire. Une situation particulièrement préoccupante pour la biodiversité.
« Le filet s'est accroché sur la roche et donc il l'a recouverte entièrement. Quand il s'est posé, il a détruit beaucoup de choses », explique Marie Bravo-Monin, directrice du Parc marin de la Côte Bleue. Malgré le temps passé sur place et la vie qui avait commencé à coloniser le filet, les études préalables ont confirmé l'intérêt de son retrait. « On va libérer des cavités qui vont vraiment servir à tous les organismes qui ne pouvaient pas venir sur la zone avec ce filet », précise-t-elle.
Près de deux tonnes de filet à extraire
Pour mener à bien cette opération, huit plongeurs professionnels d'Andromède Océanologie et quatre plongeurs du Parc marin sont intervenus entre 30 et 40 mètres de profondeur. À bord du trimaran Victoria IV, les équipes procèdent au découpage du filet, morceau par morceau, avant de le remonter à la surface à l'aide de parachutes de levage.
« Il faut imaginer ça comme une couverture qui recouvre le coralligène. L'idée, c'est d'enlever cette couverture », décrit Florian Holon, directeur général d'Andromède Océanologie. Une fois le filet soulevé, les plongeurs peuvent le découper pour faciliter sa remontée. « On libère complètement le coralligène. Même s'il est mort, on libère des cavités, un habitat qui va pouvoir être recolonisé par la suite. »
Au total, le filet représente près de deux tonnes de matériel. Lors de la première journée d'intervention, environ 400 kg avaient déjà été remontés, soit un cinquième de sa surface totale. La deuxième journée a permis d'en extraire une quantité équivalente, portant ainsi à près de 800 kg le poids du filet récupéré. Agathe Blandin, chargée d'études et plongeuse scientifique chez Andromède Océanologie, raconte : « C'est un énorme filet. On ne pouvait pas tout ramener en une seule fois. » Et les premiers signes sont encourageants. « On venait à peine de libérer ce coralligène et il y avait déjà des poissons qui venaient se mettre dans les infractuosités et qui essayaient de retrouver leur habitat », observe Florian Holon. Deux mérous, notamment, ont été aperçus dans les cavités libérées.
Une restauration qui prendra plusieurs décennies
Si le retrait du filet constitue une première étape essentielle, la restauration complète des fonds marins prendra du temps. Certaines espèces pourront recoloniser rapidement les lieux, mais le coralligène a besoin de plusieurs décennies pour retrouver sa maturité.
« Dans les deux premières années, il y aura les premières colonisations de larves. À cinq ou dix ans, on aura les premières rosaces de dix centimètres. Il faudra peut-être attendre vingt à cinquante ans pour retrouver un coralligène tel qu'il existait avant d'être recouvert par le filet », estime Florian Holon.
Cette opération s'inscrit dans la troisième campagne RECUPMED, pilotée par l'Office français de la biodiversité (OFB) jusqu'en 2030. Cofinancé par l'Union européenne et le ministère de la Transition écologique, le programme prévoit au minimum 100 opérations de retrait et l'extraction de 15 tonnes de déchets sur les côtes méditerranéennes françaises.
« On va sur des sites qui ont été impactés par ces filets perdus pour faire de la restauration passive. On enlève la pression engendrée par les filets pour améliorer les conditions du milieu et laisser la nature reprendre ses droits », explique Christophe Blazy, coordinateur du projet Life Espèces marines mobiles et de la campagne RECUPMED 3 à l'OFB.
Un travail de prévention avec les pêcheurs
Les pêcheurs professionnels sont également associés à cette démarche. Au-delà de la protection de la biodiversité, le retrait des engins perdus permet aussi de limiter les risques d'accrochage et de perte de matériel pour ceux qui travaillent en mer.
Car malheureusement, les filets fantômes restent un phénomène récurrent en Méditerranée. Pour limiter leur présence, le Parc marin travaille en étroite collaboration avec les professionnels de la pêche. L'objectif est de les sensibiliser et de les encourager à signaler rapidement lorsqu'un de leurs filets s'accroche ou se perd en mer. Ces signalements permettent aux équipes d'intervenir au plus vite pour récupérer le matériel, avant qu'il ne continue à piéger la faune marine ou à dégrader les fonds sous-marins.
Une mobilisation collective qui contribue à préserver la biodiversité, mais aussi les ressources marines dont dépend directement l'activité des pêcheurs.
Photos sous-marines : Andromède Océanologie
A lire aussi
Martigues
-
Environnement
À Saint-Pierre-les-Martigues, l'aventure humaine et agroécologique d’Aïoli Caganis
Saint-Chamas
-
Environnement
Inondations à Saint-Chamas : l'association « Me & Colibri » lance une grande collecte solidaire pour les sinistrés
Les Pennes-Mirabeau
-
Environnement
Les Pennes-Mirabeau : une battue aux sangliers prévue dans le secteur des Vanades ce samedi
Métropole d'Aix-Marseille-Provence
-
Environnement
L'état de catastrophe naturelle reconnu après les inondations dans les Bouches-du-Rhône (la liste des communes)

