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"C'est devenu la jungle !" : le coup de gueule des habitants de l'Estaque contre la saleté.3min
Par Maritima 16/07/2026 à 07:01
Ce matin, le « Fil Rouge » de Maritima Radio s’est posé à l’Estaque pour l’opération « Tous Responsables : l'été passe, les déchets restent ». Notre reporter Michel Montagne a pris le pouls d'un quartier à l'identité farouche, où la fierté de vivre dans ce « petit village d'irréductibles » se mêle à une exaspération grandissante face à l'insalubrité et au manque de moyens.
« Je traverse de long en large, mais je ne trouve pas le stand d'information ! », lance Michel Montagne en ouvrant son direct. En fait de stand, il découvrira plus tard qu'il s'agissait de de deux jeunes femmes en chasuble orange munies d'un questionnaire pour recueillir la parole des habitants. Bon courage à elles car à l’Estaque, quand on prend la parole, on ne fait pas de « chichis » dans la formulation, surtout quand il s'agit de la propreté de son quartier.
« C'est devenu la jungle » : l'exaspération des anciens
Pour les « vrais » Estaquéens, comme Paulo et André, les deux frangins de 80 et 76 ans qui portent beau, on se souvient d'une époque révolue : « On a connu l'Estaque très propre, il y avait de l'eau qui coulait de partout avec nos deux cantonniers. Maintenant, regardez, c'est dégueulasse. Des m... de chiens, des papiers de partout... il y a même des figuiers qui poussent sur les trottoirs ! Ça nous donne envie de partir de l'Estaque, tellement c'est pourri. »
Même colère chez Jackie, la copine , excédée par l’absence d’entretien : « Je suis dégoûtée. Ma rue est pourrie, ça fait 15 jours que le cantonnier n'est pas passé ! Les plaques d'égouts sont cassées, on va se massacrer. On est dans la m... à cause des "crasseux" et de la Métropole qui ne fait rien ! ».
Le Chichi de chez Magali : l’institution qui résiste
Mais l’âme de l’Estaque survit grâce à ses gourmandisesl égendaires.
Jeannot, 87 ans, installé ici depuis l'âge de 16, nous emmène Chez Magali, pour lui « le meilleur chichi de l'Estaque, fait à l'ancienne avec la fleur d'oranger ».
Pierre, le jeune gérant depuis deux ans de l’établissement, explique le secret de cette institution : « Le chichi, on le fait en spirale. Ça donne quatre morceaux, et on n’oublie jamais le "bada", ce petit bout de pâte en plus qu'on offre en le glissant dans le sac. C'est une institution ici ! ». Bien que venant du 10e arrondissement, Pierre a été adopté par le village : « L'Estaque, c'est pas Marseille, c'est un village. Quand vous venez ici, vous êtes tranquilles. »
Et, entre locaux, les touristes et ceux qui viennent "de Marseille", sa collègue Angélique n'est pas de trop pour le seconder.
« La mer n’est pas une poubelle »
Au restaurant La Rade, autre pilier du quartier avec son siècle d'existence, Alain, 76 ans, observe les changements du haut de ses 36 ans de maison. Entre la crise économique et la canicule qui modifie les menus (« les gens mangent plus de salades et de poissons grillés »), il s'inquiète de la ressource marine.
« Il y a eu trop de surpêche. Des pêcheurs italiens avec des filets de 25 km ont tout rasé dans la rade de Marseille. Les anchois et les sardines ont pratiquement disparu », regrette-t-il. Un constat qui fait écho aux incivilités quotidiennes sur les quais : « On en voit certains qui achètent des chichis, des panisses, les mangent et jettent tout par terre. » Et de désigner des poubelles pourtant toutes proches, preuve que les efforts sont l'affaire de tous et d'abord, de chacun d'entre nous.
Un message... sans ambages
L'identité estaquéenne reste le rempart ultime contre la dégradation. « Quand les gens de l'extérieur nous disent "tu es de Marseille", on répond : "Non, je suis de l'Estaque !" », martèle Alain. Mais cette identité a besoin de soutien. Les habitants réclament des agents de nettoyage plus présents et une véritable prise en compte de leurs spécificités.
« Il faut qu’ils se bougent le c... à la Métropole ! », conclut une voix dans la foule. Dont acte, le message est passé, l’été lui aussi passera, les touristes partiront, mais les habitants, eux, comptent bien garder leur village propre et debout.
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