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Environnement
Marseille : les arbres de la discorde entre la municipalité et les riverains au parc de Bonnveine5min
Par Rémy Reponty19/08/2026 à 08:48
L'abattage d'une trentaine d'arbres de grande taille par la municipalité ce lundi dans le parc de Bonneveine suscite tensions, colère et incompréhension de la part des riverains. La ville dit justifier cette action pour garantir la sécurité des personnes après que d'autres arbres sont déjà tombés mais le collectif de riverains Les Amoureux du Parc de Bonneveine prétend de son côté qu'il n'était pas nécessaire d'effectuer un abattage aussi massif.
À Marseille, au parc central de Bonneveine (8ᵉ arrondissement), les tronçonneuses sont entrées en action ce lundi 17 août pour abattre 37 arbres matures, principalement des pins d'Alep. Si la Ville invoque une mesure d'urgence obligatoire pour la sécurité des usagers, le collectif citoyen Comm’un Possible et les riverains dénoncent des erreurs de chantier majeures et un manque de transparence.
Les interviews d'Alain Senentz, représentant du collectif de riverains Les Amoureux du parc de Bonneveine, et de Perrine Prigent, adjointe au maire de Marseille, déléguée aux Espaces verts, dans cette vidéo.
(Interviews, images et montage : Rémy Reponty pour Maritima Médias.)
Des tronçonneuses au milieu de l'été : la colère des habitants et des collectifs
L'émotion et l'incompréhension règnent dans le 8ᵉ arrondissement de Marseille. Ce lundi, l'abattage de 37 arbres matures a débuté au parc central de Bonneveine. Annoncée par la municipalité le vendredi 14 août, soit un week-end seulement avant le coup d'envoi des travaux, la décision a pris de cours de nombreux usagers du quartier en plein cœur de la période estivale.
Sur place, la consternation est palpable chez les habitants. Martine, riveraine du parc de Bonneveine, ne cache pas son désarroi face à la disparition de ces îlots de fraîcheur : « C'est un crève-cœur. Ces pins d'Alep faisaient l'identité du parc et nous apportaient de l'ombre en plein été. On nous met devant le fait accompli au mois d'août, c'est incompréhensible. »
De son côté, la coalition associative et citoyenne Comm’un Possible pointe du doigt la gestion du calendrier par la municipalité : « C'est un calendrier politique qui n'était pas celui des arbres. Les rapports d'expertise étaient connus depuis des mois par la Ville, mais l'annonce est faite un vendredi de mi-août pour un abattage dès le lundi. »
Sécurité et météo : l'explication et la feuille de route de la Ville de Marseille
Face à la gronde, la Ville de Marseille soutient que cette opération relevait d'un impératif absolu de sécurité publique dans un parc non clos très fréquenté par les familles.
L'alerte remonte à février dernier, lorsqu'un arbre est tombé naturellement à la suite d'épisodes venteux. La municipalité avait alors procédé à l'abattage d'urgence de cinq autres sujets en lisière. Pour évaluer précisément la situation, la Ville a mandaté l'Office national des forêts (ONF). Les expertises ont révélé une fragilité structurelle importante et un mauvais enracinement d'origine, conduisant l'ONF à préconiser le retrait de 37 arbres présentant un niveau de risque élevé de chute.
L'urgence environnementale et climatique a également pesé dans la décision : les fortes chaleurs accentuent le stress hydrique des végétaux, tandis que les épisodes méditerranéens de la fin août, accompagnés de précipitations intenses, augmentent considérablement les risques de déracinement.
Par ailleurs, la Ville souligne avoir pris en compte les enjeux de biodiversité en concertation avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Deux passages de prospection fin mai ont permis d'identifier deux groupes d'espèces nicheuses. Les équipes ont attendu scrupuleusement la fin de la période de nidification (fixée du 1ᵉʳ mars au 31 juillet dans les Bouches-du-Rhône) avant d'engager l'intervention le 17 août.
Erreurs de chantier et décaissements : ce que révèlent les expertises
Les origines de cette fragilisation suscitent une vive controverse. Le collectif Comm’un Possible affirme s'être procuré les deux rapports de la filiale ONF Végétis (datés de novembre 2025 et mars 2026). Selon ces documents, l'état physiologique des arbres était jugé « satisfaisant » sur la quasi-totalité des fiches.
Le facteur d'aggravation majeur identifié par l'expert n'est autre que les « travaux d'enlèvement de revêtement de sol » menés lors du chantier en septembre 2025.
Toujours d'après le collectif, alors que le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) initial de la Ville interdisait tout décaissement de plus de 10 cm à moins de 1,50 m des arbres (sachant que 85 à 90 % des racines nourricières se trouvent dans les 30 premiers centimètres du sol), des décaissements de près de 50 cm (pavés et chape béton) ont été réalisés au pied même des sujets. Soit cinq fois la profondeur maximale autorisée. Ces altérations brutalement causées au système racinaire ont irréversiblement compromis la tenue de pins déjà fragilisés par leur plantation initiale en 1975. Même hors du périmètre direct, six autres arbres ont subi des dégâts, dont un micocoulier condamné pour coupes racinaires et cinq autres placés sous surveillance jusqu'en 2028.
Le projet de la Ville de Marseille
La Ville de Marseille rappelle que le projet de transformation permettra de doubler à terme le nombre d'arbres du parc. Les 210 nouveaux arbres tiges comprendront des essences diversifiées et adaptées au changement climatique (Copalme d’Orient, Charme houblon, Margousier, Chêne soyeux d’Amérique, Chicot du Canada, Érable de Montpellier, Savonnier), plantées avec des techniques favorisant un enracinement profond pour offrir aux Marseillais un parc plus résilient et sécurisé.
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