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Martigues : "l'hôpital des bois" de l’anse des Laurons au secours d’une épave de 600 ans6min
Par Maritima 30/03/2026 à 18:01
À quelques mètres seulement du bord, par deux mètres de fond, l’anse des Laurons à Martigues recèle un trésor de l’histoire maritime. Depuis plusieurs jours, archéologues professionnels comme étudiants s’activent autour d’une embarcation de pêche vieille de cinq à six siècles. Notre reporter Michel Montagne a plongé dans les coulisses de ce chantier hors norme, entre "capsule temporelle" et techniques de pointe.
L’ambiance est studieuse ce matin au bord de l'eau. Si Michel Montagne reste au sec, quelques femmes et hommes enfilent les combinaisons de plongée. Nous sommes à l'anse des Laurons à Martigues, le théâtre d'un chantier archéologique sous-marin exceptionnel. Ici, pas de galion chargé d'or, mais une modeste embarcation de pêche ou de servitude datant de la fin du Moyen Âge ou du début de l'époque moderne ( sur la foi du carbone 14, elle aurait été fabriquée entre 1450 et 1630).
"Ce n’est pas un galion, mais elle est précieuse"
Pour Eric Rieth, directeur de recherches émérite au CNRS et coresponsable du chantier, l'intérêt de cette fouille n'est pas dans le prestige du navire, mais dans sa représentativité. "Ce n'est pas un vaisseau de l'époque de Louis XIV, mais une embarcation de 12 mètres de long sur 4 mètres de large. Elle est très révélatrice des activités maritimes et de la culture littorale de la région martégale", explique-t-il au micro de Maritima.
Cette épave, bien que située à une très faible profondeur, est dans un état de conservation remarquable. Selon les experts, elle a été recouverte très rapidement par le sable après son naufrage, créant ainsi une véritable "capsule temporelle".
L'hôpital des bois : une course contre la montre
La particularité de ce chantier réside dans la fragilité des matériaux. Une fois dégagé du sédiment, le bois millénaire risque de se dégrader instantanément au contact de l'air et du soleil. C'est ici qu'entre en scène Alba Ferreira, dendro-archéologue (spécialiste du bois) auprès de Ipso Facto, une coopérative scientifique spécialisée en archéologie
Elle gère ce qu'elle appelle un "hôpital des bois" : "Dès que l'on casse cette capsule de sédiments, la dégradation commence. Il faut sortir les bois délicatement avec des supports, les étiqueter, et surtout les maintenir humides en permanence". Sur le bord, les morceaux de bois sont enveloppés dans du film plastique alimentaire et des serpillières détrempées pour éviter le dessèchement. L'analyse révèle déjà des essences locales : chêne vert, pin d'Alep et pin pignon.
Un "chantier-école" unique pour les futurs archéologues
Au-delà de la recherche scientifique, l'opération est un terrain d'apprentissage privilégié. Margaux Fasquelle, étudiante en master d'archéologie à Aix-Marseille Université, fait partie des huit étudiants (français et étrangers) mobilisés. "C'est un chantier-école idéal. La faible profondeur permet de communiquer facilement avec les encadrants et d'apprendre les gestes précis de l'archéologie sous-marine", confie-t-elle.
Les plongeurs utilisent des aspirateurs à sédiments pour dégager la structure. Marine Sadania, archéologue responsable pour le DRASSM (département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), souligne l'émotion de la découverte : "On cherche des traces de vie humaine. L'an dernier, nous avons trouvé un maillet de très grande dimension - un maillet 'façon Thor' (l'un des super-héros des Avengers de Marvel dont c'est l'arme fétiche NDLR) qui servait probablement à battre des pieux pour des infrastructures de pêche, comme les bourdigues".
Portes ouvertes le 1er avril
Le mystère de cette embarcation et de sa présence dans l'anse reste entier : servait-elle à installer les pieux de pêche ? Venait-elle de Martigues ou de plus loin ? Les archéologues n'ont pas encore dit leur dernier mot.
Pour ceux qui souhaitent découvrir l'hôpital de ces "grands malades" que sont ces pièces de bois multiséculaires ainsi que le travail des chercheurs, le chantier est ouvert au public ce mercredi 1er avril. L'occasion de voir de près ces morceaux d'histoire avant qu'ils ne soient réimmergés pour leur conservation finale.
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