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"On est séquestré par le réseau" : un procès à Aix symbole des violences dans la drogue à Marseille

2min

Par Maritima 06/02/2026 à 11:22

"On est séquestré par le réseau, svp appelle la police": six jeunes hommes sont jugés depuis jeudi à Aix-en-Provence pour la séquestration en 2022 de deux fugueurs de 16 ans venus proposer leurs services aux narcotrafiquants de Marseille.

Âgés de 18 à 21 ans au moment des faits, ils comparaissent devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône spécialement composée de cinq magistrats.

Les deux victimes ne sont elles ni présentes, ni représentées par un avocat. Elles pourraient cependant être entendues la semaine prochaine en visioconférence, l'une d’elles depuis une prison de l’ouest de la France où elle purge une condamnation pour violences conjugales.

Les deux garçons avaient échappé à leurs geôliers, dans la nuit du 24 au 25 janvier 2022, en se jetant du deuxième étage d'une tour de Frais-Vallon, une cité du nord de Marseille, l'un d'eux se fracturant la jambe. Ils avaient été pris en charge par les marins-pompiers.

Leur récit glaçant fait aux policiers et au juge d'instruction illustre l'exploitation criminelle de mineurs par les réseaux de stupéfiants, traités parfois, selon les autorités judiciaires, comme des "esclaves modernes". Au parquet de Marseille, ces jeunes sont désormais considérés comme victimes de traite d'êtres humains. Pourtant, très rares sont ceux qui osent en parler et dénoncer.

Quatre jours plus tôt, les deux mineurs s'étaient présentés dans cette cité du 13e arrondissement pour "jobber" dans la drogue, avec une rémunération de 100 euros de 10H00 à minuit et avec la promesse d'un hébergement dans "un hôtel avec jacuzzi". Mais dès le lendemain, au motif d’un "trou de 500 euros" dans la comptabilité, ils sont contraints de "travailler" gratuitement et frappés avec une barre de fer.

"On pissait le sang". Dans une cave, ils doivent danser nu, filmés par les téléphones et, selon un renseignement anonyme, pratiquer des fellations l'un à l'autre.

 

Une "meute"

 

Confrontés à une dizaine de garçons, décrits comme une "meute", l'une des victimes a difficilement reconnu un viol à l'aide d'un "bout de bois" alors que deux geôliers le maintenaient. Dans l'obscurité, il est arrosé de soda que ses agresseurs présentent comme de l'essence.

Redoutant d'être tués, les deux victimes rédigent alors des appels au secours remis aux clients sur le point de deal: "Bonjour, on est séquestré par le réseau. SVP, appelle la police. Il nous oblige à vendre gratuitement et on nous tabasse avec des barres. SVP on a besoin d’aide (on a 15 ans)".

Ces bouteilles jetées à la mer sont restées sans effet, tout comme les portes auxquelles les otages avaient toqué ne s'étaient pas ouvertes.

"Innocent" ont répliqué jeudi cinq des six accusés à la lecture des crimes et délits pour lesquels ils comparaissent. Les faits de viol sont reprochés à quatre d'entre eux. L'un a créé la surprise en se déclarant coupable de la séquestration des deux victimes, des violences commises sur eux durant plusieurs jours ainsi que de l'incitation de mineurs au trafic de stupéfiants mais a persisté à contester le viol.

Tout au long de l'instruction, tous avaient nié être "Souris", "le barbu" et autres surnoms entendus par les victimes. L'un d'eux avait expliqué à une psychologue que les victimes avaient dénoncé des innocents par peur de donner l'identité des "vrais coupables".

Avant de couper tout contact avec la justice, le mineur assurant avoir été violé avait identifié formellement les accusés attribuant à chacun, les violences sexuelles, les coups de couteau et les menaces notamment d’être exécutés. "Il doit confondre, on est 50.000 dans le quartier", avait estimé un accusé.

La cour a débuté jeudi l'examen de la personnalité des six jeunes accusés parmi lesquels les deux fils d'une figure importante du narcobanditisme abattue en mars 2019, sous leurs yeux, quelques mois après avoir été libérée après 16 ans de prison.

"C’est pas humain, ce que j’ai vu. Depuis ce jour-là, je suis mort intérieurement", a dit l'un des deux frères, expliquant que la mort du père avait signé son basculement dans la délinquance alors qu'il s'était engagé dans les chasseurs alpins.

Le procès doit durer jusqu'au 13 février.

 

© Agence France-Presse (par L. Leroux)

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