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Justice
Justice morte à Aix-en-Provence : "On banalise l’exceptionnel", les avocats vent debout contre le projet de loi SURE4min
Par Norhène Ouerfelli13/04/2026 à 17:04
Ce lundi 13 avril, le parvis du palais de justice d’Aix-en-Provence s’est teinté de noir. Plus de 200 avocats venus de tout le Sud-Est ont répondu à l’appel d’une journée "justice morte". En ligne de mire : le projet de loi SURE et son extension du "plaider-coupable" aux crimes, jugée inadmissible par la profession.
Sous la pluie aixoise, les robes noires venues d'Aix-en-Provence, Toulon, Avignon, Tarascon, du Pays d'Arles, des Alpes de Hautes-Provence, des Hautes-Alpes ou encore Nice ont formé un bloc compact pour dire non au projet de loi SURE (Sanction Utile, Rapide et Effective). Pour ces professionnels du droit, la volonté du garde des Sceaux d’accélérer les procédures criminelles se fait au détriment des victimes et des principes fondamentaux de la défense.
"Nous devons respecter la parole des victimes"
Pour Xavier Pietra, Bâtonnier d'Aix-en-Provence, la présence de nombreux barreaux du Sud-Est témoigne d'une urgence. "Nous nous sommes rassemblés aujourd'hui pour venir quereller et demander tout simplement au garde des Sceaux qu'il retire ce projet de loi", affirme-t-il avec fermeté.
Le point de friction majeur reste l'introduction du plaider-coupable pour les crimes. "Par cette loi, vous banalisez tout simplement l'exceptionnel. L'exceptionnel, c'est quoi ? C'est le crime. Vous vous rendez compte, des gens sont violés, des gens sont décédés... ces gens-là doivent entendre le mis en cause. Il faut qu'il y ait une écoute". Et face à ce qu'il qualifie de passage en force, le Bâtonnier a annoncé des mesures radicales. "En ma qualité de Bâtonnier, je ne désignerai plus, dans les cas d'urgence, les avocats et ça jusqu'à nouvel ordre".
Un manque de moyens criant face aux standards européens
Au-delà de la procédure, c'est la paupérisation de la justice française qui alimente la grogne. Nicolas Wierzbinski, Bâtonnier des Hautes-Alpes, dénonce une tentative de masquer le manque de budget par des raccourcis procéduraux. "Brader la justice, ce n'est pas la solution pour qu'elle aille plus vite. Quand on voit combien on est classé au niveau européen... je crois qu'on est 37ème ou 38ème. On est en queue de peloton pour le pays des Droits de l'Homme, c'est extrêmement lamentable".
Selon les chiffres avancés par ces avocats, la France compte seulement 11,3 juges pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 22. "Un fossé jugé inadmissible pour la deuxième économie d'Europe et la septième du monde", pour Xavier Pietra.
L'audience, une étape indispensable à la reconstruction
Pour Jean-Charles Goldstein, avocat au barreau des Hautes-Alpes, l'enjeu dépasse la simple technique juridique, il est humain. Il alerte sur l'impact psychologique de la suppression des audiences publiques pour les victimes. "Le procès pénal est extrêmement important dans la reconstruction [des victimes]. On parle de justice réparatrice, reconstructrice. Si les victimes ne font pas les audiences, elles auront beaucoup plus de difficultés ensuite à se reconstruire".
La détermination des avocats reste entière. Alors que des rassemblements similaires se tenaient simultanément devant le Sénat à Paris, les représentants du Sud-Est préviennent : ils n'accepteront pas de tour de table après coup sur une loi qu'ils jugent déjà inadmissible.
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