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Aix-en-Provence

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Justice

A Aix, un procès hyper-sécurisé qui relance le débat sur la justice criminelle

3min

Par Maritima 18/10/2026 à 07:00

Hélicoptère, blindés, snipers, unité d'élite jusque dans le box des accusés: le centre ville d'Aix-en-Provence sera sous cloche à partir de lundi et pendant trois semaines pour juger un triple assassinat dont les victimes ont été retrouvées démembrées et carbonisées.

Les principaux accusés, détenus dans des prisons de haute sécurité, sont présumés à la tête du groupe criminel DZ Mafia. Ce procès, baptisé "sangs mêlés" par les enquêteurs, relance le débat sur la justice criminelle.

 

Délocaliser les cours d'assises ?

 

En mars, le premier procès de chefs présumés de la DZ Mafia s'était tenu avec un dispositif de sécurité comparable. Habitants, commerçants et forces de sécurité intérieure avaient dû composer avec ces contraintes.

"Ces procès n'ont plus rien d'exceptionnel, puisqu'ils se répètent", constate le procureur général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence, Franck Rastoul. Il plaide pour la création "dans les meilleurs délais d'une salle d'audience dans un lieu hors du centre-ville d'Aix, éloigné des commerces" pour la sécurité du public et "simplifier le trajet des escortes".

 

"Révolution copernicienne"

 

Avec huit tribunaux, le ressort de la cour d'appel d'Aix croule sous les dossiers criminels : 583 "en stock". Face à cette "embolie", M. Rastoul "appelle à une révolution copernicienne de la justice criminelle".

"Des moyens supplémentaires ne peuvent résoudre seuls le problème de fond. Il faut aussi revoir nos organisations et notre code de procédure dans le respect des droits de la défense, non pas pour avoir des circuits expéditifs mais simplifiés".

Il pointe notamment "les demandes de mise en liberté +mitraillettes+ faites sans qu'il y ait le moindre élément nouveau". La chambre de l'instruction traitant les dossiers de criminalité organisée de Marseille et ses environs "consacre 80% de son activité aux contentieux de la détention provisoire. Il ne lui reste plus que 20% pour traiter le fond. Ce n'est plus possible", déplore le magistrat.

 

Robes noires en colère

 

"La défense ne se taira pas" : plus de 1.200 pénalistes avaient signé cette tribune après la demande du procureur général d’Aix d'une enquête déontologique visant quatre avocats, pour des incidents d'audience lors du premier procès de dirigeants présumés de la DZ Mafia.

A Aix, "la défense est devenue très difficile" assure Me Hugues Vigier, avocat de nombreux narcorafiquants. "Les peines sont plus lourdes qu'ailleurs pour des faits de même nature", dit-il, dénonçant une quête d'"exemplarité".

 

Barons

 

Dans le box des accusé, deux barons présumés de la drogue de Marseille, jugés pour des faits antérieurs à la création de la désormais fameuse DZ Mafia.

Karim Harrat, 38 ans, surnommé le "Rant", diminutif de Rantanplan, selon les enquêtes judiciaires , est présenté comme une figure du narcobanditisme lié à la DZ. Le Marseillais de 38 ans est soupçonné d'avoir piloté depuis l'étranger, notamment à Dubaï, un vaste réseaux de trafic de stupéfiants dans la cité phocéenne.

Extradé du Maroc vers la France en février 2023, il était recherché dans plusieurs dossiers d'assassinats.

En janvier 2026, il a été condamné à 10 ans de prison pour son rôle dans un trafic international de cannabis et de cocaïne, puis en mars à 25 ans prison pour avoir commandité un double assassinat en 2019.

Silhouette svelte, légèrement dégarni, il se présente comme un "voleur de cartes bleues" ou un "auto-entrepreneur" aux Émirats arabes unis.

Amine Oualane, 32 ans, dit "Mamine", est incarcéré depuis ses 18 ans et soupçonné d'être un des piliers de la DZ. "Quatorze ans en prison, c'est extrêmement dur. Il a un mal-être forcément", confie son avocate, Me Inès Medioune.

Au cours du procès de mars pour double assassinat, où il a été acquitté, l'enquête de personnalité avait révélé une enfance marquée par la maltraitance, l'enfermement et le manque de nourriture. Déscolarisé vers 15 ans, il avait basculé dans la délinquance, mû par "une attirance pour l’argent rapide".

Les deux sont accusés d'avoir été respectivement le commanditaire et l'exécutant du triple assassinat. Parmi les victimes figure le frère aîné d'Amine Kessaci, militant engagé contre le narcotrafic.

Selon une source proche du dossier, "Mamine" est aussi une piste dans le meurtre de Mehdi Kessaci, frère cadet d'Amine, totalement étranger au trafic. Tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille fin 2025, sa mort avait provoqué une onde de choc.

 

© Agence France-Presse

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