"Ce procès pour moi il ne signifie pas la vengeance, il signifie la justice", confie à l'AFP Amine Kessaci. Le jeune adjoint au maire de Marseille sera entendu comme partie civile dans ce procès qui "réveille des souvenirs et rouvre des blessures."
Et notamment celle de l'assassinat, en novembre 2025, d'un autre de ses frères, son cadet Mehdi, totalement étranger lui au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans sous les balles d'un commando à moto en plein centre de Marseille avait provoqué une onde de choc nationale.
Les audiences devant la cour d'assises se dérouleront sur trois semaines, avec un important dispositif sécuritaire en raison du profil des cinq accusés, dont deux figures de la grande criminalité marseillaise.
Les faits se sont déroulés en 2020, en pleine guerre de territoires de la drogue à Marseille. Bien avant l'émergence de la DZ Mafia, qui allait imposer dans le sang son contrôle hégémonique sur le trafic.
Le 29 décembre, un véhicule est retrouvé incendié dans un tunnel d'autoroute. Dans le coffre et sur le siège passager, deux corps calcinés, chacun une balle dans la tête: Réda Khaldi et Brahim Chabane.
Quelques jours plus tard, le 6 janvier, un autre véhicule incendié est retrouvé. Dans le coffre, un troisième corps, calciné et démembré, celui de Nassim Loubani.
"Seuil de violence"
L'enquête révélera que les trois victimes, impliquées dans le trafic, connaissaient leurs assassins et s'étaient rendues à un guet-apens à Châteauneuf-les-Martigues, près de Marseille.
Tué à 22 ans, Brahim avait survécu la même année à deux tentatives d'assassinat.
Parmi les cinq accusés figurent Karim Harrat, qui aurait cherché à imposer sa suprématie sur le narcobanditisme marseillais, et Amine Oualane, devenu par la suite un des chefs présumés de la DZ Mafia.
Tous deux nient toute implication.
"On n'a qu'une seule volonté, voir la peine et la douleur des victimes apaisées, ne serait-ce qu'en ayant des réponses sur les circonstances" du drame, explique à l'AFP Soraya Slimani, une des avocates de la famille Kessaci.
"Les parties civiles sont très en attente de ces réponses, mais aussi d'une sanction", souligne-t-elle. "Avec cette affaire, je pense qu'on a dépassé le seuil de cette violence qui était particulièrement connue des uns et des autres."
Karim Harrat, surnommé "Rant", diminutif de Rantanplan, est accusé d'avoir été, depuis Dubaï, le commanditaire et le financier de l'opération.
Sur fond de luttes intestines, il aurait voulu éliminer les trois victimes qui perturbaient ses réseaux, selon l'enquête.
Amine Oualane, dit "Mamine", est accusé d'avoir été le relai principal sur le terrain et un des tueurs. Il était en cavale depuis plusieurs mois, après s'être échappé lors d'une permission.
Les deux hommes sont mis en cause dans plusieurs affaires d'assassinat ou tentatives d'assassinat, organisées pour certaines depuis la prison.
"Face à tous"
Le procès se tiendra devant une cour d'assises composée uniquement de magistrats professionnels, en raison notamment des risques de pression sur des jurés.
Karim Harrat, extradé du Maroc vers la France en 2023, a déjà été condamné à dix ans de prison en janvier comme "donneur d'ordres principal" d'un réseau de stupéfiants.
En mars, il retrouvait Amine Oualane sur le banc des accusés pour un procès mouvementé à Aix-en-Provence, portant sur un double assassinat commis en 2019.
Accusé d'en avoir été le commanditaire, M. Harrat avait été condamné à 25 ans de réclusion. M. Oualane avait lui été acquitté.
Selon une source proche du dossier, "Mamine" est aussi une piste dans l'assassinat de Mehdi Kessaci.
Amine Kessaci, lui, vit sous haute protection policière depuis plus d'un an.
"Le dispositif n'a pas changé (...) ça me laisse croire que le niveau de menaces n'est pas encore tombé", dit-il à l'AFP.
Avec le procès des assassins présumés de Brahim, "je serai face à tous les accusés" se prépare-t-il. "Je serai debout et je les regarderai tous droit dans les yeux."
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