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Marseille

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Justice

Ligne à très haute tension (THT) Beaucaire-Fos : une médiation entre RTE et les agriculteurs

5min

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Par Rémy Reponty21/09/2026 à 18:30

Assignés par RTE, sept agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Gard étaient devant le Tribunal administratif de Marseille ce lundi 21 septembre. Le gestionnaire du réseau public de transport d'électricité haute tension demande d'enjoindre sous astreinte ces agriculteurs pour laisser les agents de RTE pénétrer sur leurs parcelles et réaliser les études d'implantation d'une nouvelle ligne Très haute tension. Mais les agriculteurs dénoncent un harcèlement quotidien de la part de RTE et demandent que leurs activités soient respectées. Au terme de l'audience le juge des référés a enjoint les deux parties à collaborer à une médiation afin d'essayer de trouver une entente.

C’est une première étape cruciale et un signal fort adressé dans le dossier brûlant de la ligne à très haute tension entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Réunis ce lundi 21 septembre au Tribunal administratif de Marseille, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) et sept agriculteurs gardois et provençaux ont accepté de s'engager dans une procédure de médiation. Retour sur une audience sous tension au cours de laquelle le juge des référés a remis en cause l'urgence invoquée par l'opérateur.

Le bras de fer judiciaire et territorial qui oppose les exploitants agricoles de la région au géant de l'électricité RTE vient de prendre un virage inattendu. Alors que la tension ne cesse de monter sur le terrain en Camargue, en Crau et en Terre d'Argence, le Tribunal administratif de Marseille examinait ce lundi 21 septembre la demande en référé déposée par RTE. L'opérateur public réclamait le libre accès sous astreinte financière aux parcelles de sept agriculteurs opposés aux relevés écologiques préalables. Mais contre toute attente, le juge des référés a proposé une médiation de trois mois, instillant un doute certain sur la caractérisation de l’urgence plaidée par le réseau de transport électrique.

 

Le reportage au Tribunal administratif de Marseille, ce lundi, dans cette vidéo.


(Interviews, images et montage : Rémy Reponty pour Maritima Médias.)

 

Un coup d’arrêt à la procédure d’urgence de RTE

L'opérateur public avait saisi le juge administratif en référé-liberté pour contraindre sept propriétaires terriens à laisser pénétrer ses experts et techniciens sur leurs parcelles. Pour faire plier la résistance paysanne, RTE demandait d'ordonner l'accès aux terres sous une astreinte de 500 euros par jour et de prononcer une interdiction d'approche à moins de 100 mètres des agents ou prestataires mandatés, dénonçant des « intimidations ».

Une méthode perçue par les exploitants comme une tentative d'instrumentalisation de la justice administrative et une menace disproportionnée visant à étouffer le mouvement d'opposition. Lors des débats, le juge a clairement laissé entendre qu'il n'était pas convaincu par le caractère d'urgence de la requête de RTE, condition sine qua non en référé, ce qui laissait présager un rejet purement et simplement de la demande du gestionnaire.

C'est dans ce contexte que le magistrat a formulé sa proposition de médiation. Après une brève concertation, les agriculteurs ont donné leur accord. Côté RTE, si l'avocat s'y est d'abord opposé en invoquant le calendrier serré fixé par l'État pour la décarbonation du golfe de Fos, il s'est finalement déclaré « pas opposé » au processus. « C'est une première défaite de RTE. Avec cette médiation, c'est un dialogue qui se noue », s'est réjouit Maître Louis Cofflard, l'avocat défenseur des sept agriculteurs à la sortie de la salle d'audience.

De son côté, la direction de RTE prend acte de la décision et assure qu'elle va entrer dans le processus tout en veillant à respecter les échéances globales du chantier. Le juge a rappelé de son côté que cette médiation, menée par un autre magistrat, durerait environ trois mois et n'avait « pas pour but de faire perdre du temps ».

 

Le tracé de la colère : 180 pylônes géants à travers la Camargue et la Crau

Sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas contre ce grand projet d'aménagement. Le dossier présenté par RTE prévoit la création d'un axe électrique à double circuit de 400 000 volts pour relier le poste de Jonquières (Gard) à celui de Feuillane à Fos-sur-Mer. L'objectif affiché par le gouvernement est d'acheminer une capacité de transport de 4,4 GW afin d'alimenter les futurs projets industriels et la décarbonation du pôle Fos-Berre.

Mais le tracé retenu, qualifié par l'opérateur de « fuseau de moindre impact », suscite une levée de boucliers massive. Le projet prévoit l'implantation de 180 pylônes d'une hauteur impressionnante de 60 à 90 mètres sur un parcours de 65 kilomètres. Un alignement de métal estimé à 300 millions d'euros qui doit traverser de part en part des joyaux environnementaux et agricoles exceptionnels. D'abord, 90 % des 180 pylônes doivent être directement implantés sur des terres agricoles. Ensuite, le tracé traverse 4 zones Natura 2000 (Camargue, Rhône aval, Trois Marais et Crau) ainsi que la réserve de biosphère du Vaccarès et le Parc Naturel Régional de Camargue. Enfin, il s'attaque au cœur des filières AOP et IGP locales : le riz de Camargue, le foin de Crau AOP, le vin des Costières de Nîmes et des Bouches-du-Rhône, le maraîchage, l'huile d'olive de la Vallée des Baux et les élevages de taureaux AOP, de chevaux Camargue et de moutons Mérinos.

 

La fronde de tout un territoire face à l’urgence industrielle

Pour les producteurs locaux, le projet représente une menace directe sur leur outil de travail : fragmentation irrémédiable des parcelles, chantiers de fondations lourds, servitudes de passage permanentes et risques sanitaires et environnementaux irréversibles sur la biodiversité et le paysage.

Samedi dernier encore, plus de 2 500 personnes, associant citoyens, agriculteurs et élus de toutes sensibilités politiques, s'étaient rassemblées à Arles pour crier leur refus de cette ligne aérienne et exiger des alternatives enfouies ou maritimes. Alors que RTE a déposé début avril sa demande de Déclaration d'Utilité Publique (DUP), les opposants redoutent l'ouverture imminente de l'enquête publique par le préfet.

Cette trêve judiciaire de trois mois offerte par la médiation apporte un répit précieux aux agriculteurs engagés dans le fer de lance de la contestation. Elle contraint RTE à s'asseoir à la table des négociations sous l'égide d'un juge médiateur, alors même que la pression populaire et institutionnelle n'a jamais été aussi forte dans le delta du Rhône.

Un médiateur va être nommé très prochainement.

 

(Avec AFP.)

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