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Justice
"Il allait finir par la tuer": un homme devant les assises à Digne pour actes de torture et viols sur sa compagne3min
Par Maritima 19/05/2026 à 07:47
Accusé d'avoir infligé des viols accompagnés d'actes de torture pendant sept ans à son ex-compagne, Guillaume B. s'est défendu au premier jour de son procès lundi d'être un "monstre", devant la cour d'assises de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), plaidant des "jeux sexuels consentis".
Ex-directeur d'agence bancaire à Manosque, l'accusé de 51 ans encourt la réclusion criminelle à perpétuité. En jean et pull gris, il s'est présenté dans le box des accusés l'air grave.
Il est accusé par son ex-compagne, Laëtitia R., 42 ans et mère de quatre enfants, de lui avoir fait subir des actes de torture ou de barbarie, notamment lors de viols à répétition entre 2015 et 2022, et de l'avoir contrainte à se prostituer.
L'énumération des faits par la présidente de la cour, lundi, après le refus du huis clos demandé par la défense, a suscité des murmures indignés dans le public.
Selon l'accusation, des pratiques de zoophilie, des entailles au cutter et des relations sexuelles imposées avec des inconnus auraient profondément marqué physiquement et psychologiquement la plaignante, préparatrice en pharmacie de formation aujourd'hui reconnue comme "handicapée entre 50% et 80%".
A la lecture des charges, le quinquagénaire n'a cessé de secouer la tête, indiquant qu'on le faisait passer "pour un monstre qu'[il] n'est pas".
"Nous avions une relation sadomasochiste consentie avec laquelle nous avons pris du plaisir et nous avons pratiqué des jeux de prostitution", a-t-il argué devant la cour, faisant éclater en sanglots la plaignante vêtue d'un blazer gris.
Laëtitia R. a "la volonté, alors qu'on a essayé de la réduire au silence pendant tant d'années, de ne pas rester silencieuse", a déclaré à l'AFP son avocat Me Philippe-Henry Honegger.
"Chantage à la rupture"
La relation du couple, née sur une application de rencontre en 2015, a rapidement évolué en relation d'emprise psychologique et de contrôle total du mis en cause sur sa compagne, selon l'accusation, qui décrit sept ans de calvaire.
En juin 2022, Laëtitia R. raconte un étranglement nocturne à une amie qui alerte les forces de l'ordre, entraînant l'interpellation de son compagnon.
"Je me suis dit qu'il allait finir par la tuer alors je suis allée voir la police", se remémore lundi, en pleurs, la jeune femme trentenaire venue témoigner. "Laëtitia était complètement sous l'emprise de Guillaume B."
Autre témoin appelé à la barre, une voisine du couple, Aurélie. Elle raconte avoir entendu à plusieurs reprises chez ses voisins des "hurlements de douleurs" ressemblant à "de la torture".
Pendant l'enquête, Guillaume B. a nié les faits reprochés et assuré que Laëtitia "aime être humiliée". Il explique éprouver du plaisir à voir sa compagne avoir des relations avec d'autres hommes.
Pour le parquet, "l'intensité et la répétition des violences décrites, mises en relation notamment avec les conclusions de l'expertise médicale et l'exploitation d'enregistrements sonores et vidéos" ont conduit au renvoi du mis en cause devant les assises.
Lors de l'enquête, la plaignante a témoigné avoir été victime de coups de planche à découper, d'entailles ou de brûlures.
L'accusation dénonce aussi "un chantage à la rupture." Laëtitia "a indiqué qu'il lui avait ordonné d'avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes, pendant lesquelles il écoutait via son téléphone portable", décidant "des pratiques et des tarifs et récupérant la moitié puis la totalité des gains", d'après la même source.
L'ex-épouse de Guillaume B., entendue dans l'enquête, a indiqué qu'il avait perdu la garde de leurs deux enfants en 2018 et a décrit des comportements violents, notamment lorsqu'elle était enceinte. Elle raconte avoir mis fin à leur relation après qu'il lui eut demandé de se prostituer.
"Vision de l'enfer"
Dans ce dossier figurent "des centaines de messages", des échanges téléphoniques, des constatations médicales venant corroborer la parole de Laëtitia, assure Me Honegger, dénonçant un quotidien ressemblant "à la pire vision de l'enfer."
"Il n'y avait rien d'imposé, c'était leur intimité, un choix de vie et un choix de pratiques qui étaient les leurs", martèle toutefois l'avocat du mis en cause, Me Arnaud Lucien, saluant le déroulé du procès: "on est écoutés, les jurés sont très attentifs."
Le verdict est attendu vendredi.
Plus tôt lundi devant le tribunal, une quinzaine de femmes du collectif "8 mars toute l'année" s'étaient rassemblées en soutien à la plaignante avec des pancartes "la honte doit changer de camp" -- formule rendue célèbre par Gisèle Pélicot, victime des viols de Mazan.
© Agence France-Presse (par J. Mansour)
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