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Miramas / Saint-Chamas : arbre d'Hiroshima, cigognes et vestiges industriels... On a exploré les secrets du Parc de la Poudrerie

3min

Par Maritima 02/06/2026 à 06:20

Dans le cadre de l’opération Indus’3Days, notre reporter Michel Montagne s’est glissé dans les pas de Patrick Marchadier, médiateur culturel, pour une déambulation fascinante au Parc de la Poudrerie Royale. Entre Saint-Chamas et Miramas, ce site de 118 hectares, autrefois dédié à la mort, est devenu un sanctuaire pour la vie sauvage. Immersion au cœur de l'histoire et de la nature.

Il souffle un petit vent frais ce matin sur les sentiers ombragés du parc. Un cadre idyllique qui ferait presque oublier que pendant trois siècles, ce lieu était l'un des plus stratégiques — et dangereux — de la région. "C'est une ancienne poudrerie qui a fonctionné pendant 300 ans", explique d'emblée notre guide, Patrick Marchadier"Je suis là pour plonger les visiteurs dans l'histoire dingue de ce lieu, de sa création sous Louis XIV jusqu'à sa désaffectation, quand la nature a choisi d'en redevenir la maîtresse."

 

250 bâtiments effacés par la loi et la nature

Se promener dans la Poudrerie, c'est marcher sur les traces de l'industrie militaire. On y fabriquait de la poudre à canon, à fusil, puis des explosifs de 1690 à 1974. "À l'époque, il y avait 25 moulins à poudre ici", précise Patrick. Aujourd'hui, il n'en reste que trois, magnifiquement restaurés.

La rareté des vestiges n'est pas un hasard : "La loi exige de rendre les terrains comme ils étaient à l'origine après la fermeture d'un site militaire. 250 bâtiments ont donc été détruits. Mais la Poudrerie est le plus bel exemple de ce retour à la nature qui est plus forte que tout", souligne le médiateur. Un seul survivant de pierre datant de 1840, l'ancien séchoir à poudre, bâtiment sensible, attend encore un mécène pour sa réhabilitation, un projet freiné par la crise sanitaire.

 

Le drame de 1936 : une explosion entendue à 50 km

L'histoire du parc est aussi marquée par le sang et les larmes. Le 16 novembre 1936 après-midi, une explosion terrifiante ravage le site. "Elle a été entendue jusqu'à 50 kilomètres à la ronde et a causé le décès de 53 personnes, dont le directeur", raconte Patrick Marchadier avec émotion.

Chaque année, une commémoration poignante a lieu le 16 novembre. Pour le 90e anniversaire en 2026, le petit-fils du directeur de l'époque viendra lire le discours que son grand-père avait prononcé lors de l'enterrement des victimes. Un camion de pompiers des années 50, celui-là même qui était intervenu sur le lieu du sinistre, devrait même être présenté pour l'occasion.

 

 

Des "travailleurs forcés" venus d'Indochine

Autre pan méconnu de l'histoire locale : la présence de 1 000 travailleurs indochinois durant la Seconde Guerre mondiale. "On les appelait les 'requis de force'", explique le guide. "L'État français, ayant besoin de main-d'œuvre alors que les hommes étaient à la guerre, est allé puiser dans les colonies. Ils étaient logés dans un camp militaire tout proche et travaillaient quotidiennement dans les fumées toxiques et le danger permanent de l'usine."

 

Ginko biloba, l'arbre qui a survécu à l'apocalypse nucléaire

Si l'histoire humaine est dense, la botanique du parc est tout aussi exceptionnelle. Le directeur de l'époque, féru de plantes, a fait venir des espèces du monde entier.
On y admire notamment un ginkgo biloba, surnommé "l'arbre immortel". "C'est le seul spécimen mâle du parc. Il a une faculté de résistance inouïe : c'est la seule plante qui est repartie de ses racines après le bombardement d'Hiroshima", s'émerveille Patrick.
Lui faisant face
, un séquoia de 35 mètres — "un bébé", s'amuse le guide puisque certains specimen peuvent dépasser les cent mètres.
UN peu plus loin, on découvre côtoie des c
ycyprès chauves de Louisiane dont les racines, les pneumatophores, sortent de terre comme de "petits soldats" pour respirer. Les amateurs de préhistoire noteront la présence de la prêle, une herbe n'ayant connu aucune mutation depuis des millions d'années et qui a donc assuré la subsistance des dinosaures végétariens.

 

Le paradis des cigognes et des tortues "Trump"

Le parc est devenu un havre pour la faune. L'été, on y croise une cinquantaine de cigognes réparties dans une vingtaine de nids. "Le mâle arrive souvent en premier, vers Noël ou janvier, pour préparer le nid et s'occuper des cigogneaux. C'est un vrai travail de couple", décrit Patrick. Ces échassiers décollent généralement vers le 15 juillet pour leur migration et ce sont les enfants qui précèdent leurs parents pour ces longs voyages.

Mais l'équilibre est fragile. Le parc doit par exemple gérer des espèces invasives comme la tortue de Floride. "On les trouvait en animalerie il y a 30 ans, les gens les achetaient petites et les jetaient quand elles devenaient trop grosses. En liberté, elles deviennent nuisibles pour l'espèce locale, la cistude." Mais au lieu de les supprimer, comme la législation l'y autorise, l'équipe du parc a préféré les parquer dans un enclos avec bassin pour les tenir à l'écart du reste de la faune autochtone. 


 

Infos pratiques : Comment visiter ?

  • Événement : les visites Indus’3Days continuent. Prochaine visite ce jeudi.

  • Réservation : inscriptions obligatoires sur le site de l’Office de Tourisme de Gardanne ou sur indus3days.fr.

  • Accès : le parc est situé entre Saint-Chamas et Miramas. Prévoir de bonnes chaussures de marche et de l'eau pour explorer les sentiers.


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