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Inondations à Martigues : « À notre âge, on n'a pas des années devant nous », le cri du cœur d'Yvette, relogée avec son mari après avoir tout perdu3min
Par Michel Montagne05/11/2026 à 08:05
Deux semaines après les inondations dramatiques du 20 octobre qui ont frappé Martigues et alors qu'on annonce un nouvel épisode méditerranéen, certes de moindre ampleur, nous sommes allés à la rencontre de ce couple de nonagénaires, l'un des plus représentatifs du drame intense vécu par les sinistrés.
Âgés respectivement de 93 et 95 ans, Yvette et Marc Gabin aspiraient juste à vivre un paisible quotidien de retraités au rez-de-chaussée de la maison à Carro qu'ils habitent depuis une quinzaine d'années. En quelques heures, cette vie aussi heureuse que simple a été dévastée au rythme de l'inexorable montée des eaux.
Peu de temps après leur évacuation, au même titre qu'une quinzaine d'autres familles sinistrées, ils sont relogés provisoirement dans le parc résidentiel des « Chalets de la Mer » (actuellement fermé au public et dont la direction a immédiatement accepté la mise à disposition au bénéfice des sinistrés) .
Un cadre idyllique pour y passer des vacances mais qui ne peut en rien remplacer la quiétude d'un foyer. De leur foyer.
Si le répit offert par ce logement de secours apporte un confort bienvenu, la douleur d'avoir tout perdu et l'incertitude du retour restent pesantes.
« On n'a rien pu récupérer »
Même s'ils s'efforcent de sourire, on constate par moment toute la détresse ressentie par le couple quand ils se remémorent le drame.
Le souvenir du sinistre reste particulièrement marquant pour Yvette. « Quand nous sommes levés le matin, nous avions 10 centimètres d'eau. Et puis au fur et à mesure, nous avons été envahis... Il y avait 1,50 mètre d'eau. »
Située derrière un grand bâtiment, leur maison n'était pas visible des secours au plus fort de la montée des eaux. Ce sont finalement des voisins, inquiets de ne pas les voir, qui sont venus à leur rencontre et les ont découverts.
Installés sur une haute table pour échapper aux flots en attendant les pompiers, le couple a pu être évacué. Blessée au pied par du verre brisé lors des opérations, Yvette a d'abord dû faire un passage par l'hôpital avant d'être prise en charge par sa famille puis par la municipalité.
Entre l'évacuation et le relogement, ils ont été hébergés par leur voisine du premier étage qu'ils tiennent à remercier infiniment pour son accueil inconditionnel.
Quant au bilan matériel, il est sans appel : « Nous avons tout perdu. Plus de papiers, plus rien... Tout a été trempé, on ne récupère rien. »
Un répit chaleureux mais un moral mis à rude épreuve
Depuis leur arrivée aux Chalets de la Mer, le couple salue également le soutien apporté par la mairie de Martigues et la prise en charge au quotidien. « Nous allons bien parce que nous avons eu la chance d'être relogés. On nous apporte nos repas, nous avons tout le confort. Mais moralement, nous sommes un petit peu atteints tous les deux. C'est très difficile, les journées sont très longues. »
La réalité se rappelle à eux à chaque visite sur les lieux du sinistre, situé à seulement cinq minutes de leur hébergement provisoire. « C'est très dur quand nous retournons voir notre maison... On revoit tout notre bien, toutes nos affaires... » Et là, on sent l'émotion qui affleure et les efforts que fait Yvette pour conserver un semblant de sourire car par nature ces deux très belles personnes ne sont pas du genre à s'épancher ou à se plaindre.
Une attente qui s'annonce longue
Si la visite de l'expert ce mercredi est perçue comme une « bonne reconnaissance » de la catstrophe qui les a frappés - et un premier pas espéré vers l'indemnisation - les perspectives de réintégration restent éloignées. Les prévisions évoquent au moins six mois de travaux avant de pouvoir réintégrer les lieux.
Le couple n'avait jamais connu pareille catastrophe, hormis un incendie durant l'été 2017 qui avait épargné leur maison. Aujourd'hui, face aux nouvelles menaces de pluie, Yvette se veut fataliste car de toute façon, ayant tout perdu, « il ne peut plus rien nous arriver de pire. »
Leur souhait le plus cher reste néanmoins d'une simplicité touchante : « Rentrer chez nous le plus vite possible. Et qu'on n'ait plus besoin de personne. Parce qu'à notre âge — 95 ans pour mon mari et 93 ans pour moi —, on n'a pas des années et des années devant nous. »
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