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« Il faut arrêter avec les fantasmes » : Emmaüs brise les clichés sur l’Allocation de Rentrée Scolaire3min
Par Maritima 22/08/2026 à 14:24
Alors que 94 000 familles des Bouches-du-Rhône viennent de percevoir l’Allocation de Rentrée Scolaire (ARS), les idées reçues sur son utilisation persistent. Invité sur Maritima Radio, Bruno Morel, président d’Emmaüs France, dévoile les résultats d’une enquête inédite. Entre gestion au centime près et lutte contre le harcèlement scolaire, il dénonce des « fake news » qui stigmatisent les plus pauvres.
« Il faut arrêter avec les fantasmes. » Au micro de Cassandre Amouroux, Bruno Morel ne mâche pas ses mots. Pour le président d’Emmaüs France, le constat est sans appel : l’argent de la rentrée ne finit pas dans l'achat de matériel multimédia ou au comptoir des bars, contrairement à une "légende urbaine" tenace. « On a lancé cet observatoire pour répondre à pas mal de fake news que l’on entend sur le dévoiement de cette allocation. Notre étude atteste tout le contraire : l’ARS est utilisée très majoritairement pour les fournitures, les vêtements, l’assurance scolaire, la cantine et les transports. »
Le "neuf" comme rempart contre le harcèlement
L'enquête révèle une dimension psychologique cruciale : le besoin pour l'enfant de ne pas paraître "différent" dès le premier jour de classe. Si les familles suivies par Emmaüs utilisent la seconde main (Vinted, ressourceries, boutiques Emmaüs) toute l'année, l'ARS est le seul moment où elles s'autorisent du neuf. « Pouvoir acheter un nouveau cartable ou un vêtement neuf est fondamental. Les statistiques sur le harcèlement scolaire montrent que 11 % des enfants sont harcelés pour des questions d’apparence. Cette allocation est un levier pour lutter contre la stigmatisation et apporter un petit bol d’oxygène. »
Bruno Morel décrit une forme d'« amour objectivé » : des parents qui se privent de tout, parfois même de nourriture, pour que leurs enfants abordent la rentrée « comme les autres ».
Des enfants qui "intériorisent la galère"
L'un des points les plus marquants de l'enquête concerne la maturité précoce des enfants face aux difficultés financières. Loin d'être insouciants, les jeunes issus de milieux précaires déploient, comme leurs parents, des « trésors d'ingénierie » pour ne pas peser sur le budget familial. « Les enfants apprennent très tôt à se restreindre. Ils ont une conscience aiguë des limites financières. On voit de plus en plus de parents qui se privent pour satisfaire les besoins de leurs enfants, et des enfants qui renoncent d'eux-mêmes à certains besoins. »
Deux propositions pour faire évoluer l'aide
Face à une pauvreté qui « n'a jamais été aussi forte » — avec 14 millions de Français sous le seuil de pauvreté — Emmaüs France porte deux revendications majeures auprès du gouvernement :
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Revoir le calendrier : « Nous proposons de verser l'allocation fin juillet pour permettre aux familles de profiter des soldes et d'augmenter ainsi leur pouvoir d'achat. »
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Majorat pour les familles monoparentales : « Le montant devrait être augmenté pour les familles monoparentales, qui sont extrêmement en difficulté. »
Pour Bruno Morel, il est temps que la lutte contre la précarité devienne une « grande cause nationale ». En attendant, l'ARS reste, pour des millions de foyers, le seul moyen de maintenir un équilibre budgétaire déjà fragile.
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