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EXCLUSIF. Entretien avec Corinne Diacre : “Être à l’OM c’est une énorme fierté”

6min

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Par Joey Temple10/01/2026 à 12:00

De retour après la trève hivernale, Corinne Diacre, entraineure des Marseillaises, a accordé un entretien exclusif à Maritima dans les bureaux de l'OM Campus. Trois mois après avoir pris la tête de l'équipe féminine de l'Olympique de Marseille, l'ancienne sélectionneuse de l'équipe de France est revenue sur le début de son aventure à Marseille.

Maritima : Cela fait aujourd'hui trois mois que vous avez signé avec les Marseillaises. Est-ce que c'était le bon projet pour être épanouie ?

Corinne Diacre : C'est vrai que ça fait trois mois, je n'y avais pas pensé. Tout va bien. Maintenant, je serai ravie quand l'objectif sera atteint, en tout cas complètement ravie. Aujourd'hui, tout se passe bien, on travaille très bien.  On attend quand même quelques renforts d'ici fin janvier, mais notre directeur technique Antoine Ferreira travaille sur plusieurs dossiers. Il faut être un peu patient parce que le mercato hivernal n'est pas forcément le plus facile, et puis il y a pas mal de tractations bien évidemment. Mais on espère se renforcer malgré tout au mois de janvier pour pouvoir bien finir cette saison.

 

Le président Pablo Longoria a dit qu'il était satisfait de votre travail malgré des résultats encore mitigés. C'est important de sentir que vous avez sa confiance ainsi que celle du reste de la direction de l'OM ?

Oui, complètement. Les mots du président Longoria sont évidemment très importants pour moi et pour l'équipe, tout comme le sont les mots de Stefano Petruzzo, notre directeur général. Maintenant, charge à nous de bien continuer à travailler.

Effectivement, les résultats, contre nos concurrents directs, sont intéressants. Maintenant, il faut qu'on continue à travailler pour essayer de performer davantage contre les équipes qui sont en haut du classement.

Tout projet de construction demande du temps, de la patience, beaucoup de travail. On est exactement dans ça. Je sais que ça demande du temps, je sais que certaines choses vont passer par certaines étapes, il faut qu'on en valide certaines avant de pouvoir voir un tout petit peu plus loin.

Mais là où je suis vraiment contente, c'est que le groupe répond à ces demandes, en tout cas à mes demandes. J'espère tout simplement que tout le travail qu'elles peuvent faire à l'entraînement et toutes les réflexions qu'on peut leur demander, ça va se traduire en match parce qu'il n'y a que le résultat qu'on voit.

 

Vous êtes encore engagées sur trois tableaux : le championnat, la Coupe LFFP et la Coupe de France. Où est-ce que vous mettez vraiment le focus ?

La priorité, c'est le maintien en championnat. Ça c'est une évidence. On peut faire un très bon parcours en Coupe LFFP ou en Coupe de France, si on n'a pas le maintien en première division, je ne vais pas dire que ça ne sert à rien, mais voilà...

Le projet est bâti sur la première division. Il faut absolument qu'on obtienne ce maintien. Le plus rapidement possible sera le mieux, mais en même temps il n'y a pas le feu au lac, si je peux me permettre l'expression. On a 11 points à l'issue des matchs allers, on est pas mal. On a fait une bonne fin de 2025, notamment avec ces trois points contre Montpellier, ça a été très important.

Ce premier quart de finale en Coupe de la Ligue est important. Première année de compétition pour cette Coupe de la Ligue, les Marseillaises figurent dans les huit dernières équipes, c'est hyper important.

La Coupe de France démarre là ce week-end, c'est important aussi, c'est un premier match pour relancer un petit peu les machines également. On va jouer face à une deuxième division, il va être important pour nous de remporter ce match. Là, il n'y a pas de calcul à faire.

 

Le maintien est vraiment quelque chose d'accessible au vu du groupe que maintenant vous commencez à très, très bien connaître ?

Heureusement ! Et je suis venue parce que le maintien était accessible, sinon je ne serais pas venue. Mais en même temps, on sait qu'on ne nous donnera rien, on sait que le maintien il faudra qu'on aille le chercher. Donc on travaille pour ça. Après, comme je vous l'ai dit, on travaille bien à l'entraînement mais il faut que ce soit valorisé par des points, par des résultats. 

On a un adversaire différent chaque week-end, à nous de nous adapter, à nous de grandir. On a un petit peu changé notre façon de travailler justement parce que je connais un petit peu mieux le groupe aujourd'hui, et puis parce que pour moi qui peut le plus peut le moins, donc il faut toujours en demander un peu plus pour avoir un résultat minimal.

En tout cas, on travaille bien, le groupe vraiment est top. Ça faisait un petit moment que je n'avais pas eu des groupes comme ça.

 

C'est quoi aujourd'hui votre relation avec le staff qui était installé avant votre arrivée, notamment avec Dalin Anrifani votre adjoint qui avait pris l'intérim avant que vous soyez là ?

Avec Dalin, si je peux me permettre, on ne fait qu'un. On a les mêmes idées, on a les mêmes objectifs, on a les mêmes envies de travail, on est complètement alignées. Et ça, franchement, depuis le premier coup de fil en fait, ça a matché direct. Donc là-dessus, franchement, tout va bien.

Moi je suis venue avec une analyste vidéo qui s'est très bien intégrée dans le staff des analystes vidéo déjà en place. J'ai envie de dire que même avec le staff, avec les prépas athlétiques, avec l'entraîneur des gardiens de but, c'est fluide. Donc on travaille très bien, on est sur la même longueur d'onde. Quand on n'est pas d'accord, on échange, on est énormément dans les échanges, dans la communication. On ne perd pas de temps, on va à l'essentiel et très sincèrement, c'est aussi pour ça je pense que les filles répondent aussi bien sur le terrain parce que tout est pensé en amont, tout est organisé.

 

Autour de l'équipe première, il y a tout une ambition de centre de formation qui est en train de se monter. En quoi il vous tient vraiment à cœur ce projet ?

On sait très bien que la vitrine d'un club c'est son équipe première, mais à un moment donné si on ne travaille pas sur la formation, l'équipe première ne pourra pas exister aussi longtemps que ce que l'on voudrait. Et pour moi, ce double projet équipe pro et formation avec à la tête Jérôme Dauba, c'est un projet essentiel.

On ne pourra pas recruter en permanence parce que soit les finances seront limitées, soit on aura d'autres difficultés. Donc ce qu'on ne pourra pas aller acheter, il va falloir qu'on le forme. Et ça, c'est important. Et puis en même temps, si on veut garder une identité marseillaise, on ne peut pas faire non plus que du recrutement à l'extérieur. 

Ce projet est d'autant plus important qu'aujourd'hui mon effectif est un peu juste et que deux fois par semaine je demande la sollicitation de joueuses du U19, et en plus cette semaine je vais avoir deux joueuses de la réserve qui sont complètement amateures. On va leur donner la possibilité de se montrer avec le groupe pro. Charge à moi aussi après de faire évoluer aussi ces jeunes quand elles viennent avec nous et puis de continuer à performer avec cette équipe professionnelle.

 

Qu'est-ce qu'elle se dirait la jeune joueuse de Soyaux à l'époque, en voyant aujourd'hui les conditions dans lesquelles évoluent une footballeuse de haut niveau, une footballeuse professionnelle ?

C'est compliqué parce que moi, sans l'être, j'étais déjà pro. J'ai arrêté ma carrière de joueuse en 2005 et j'étais amateure. Tout le monde me dit "mais toi dans ta carrière pro...", non, moi j'ai toujours été amateure. Mais j'avais un comportement de professionnelle.

Je ne gagnais pas d'argent, mais mon objectif c'était de performer avec mon club, c'était d'être titulaire tous les week-ends parce que mon objectif c'était d'aller avec le maillot bleu en équipe nationale. On ne pouvait pas se permettre certaines choses qu'une adolescente ou qu'une jeune femme peut faire quand on a une vie "normale".

Donc aujourd'hui, par rapport à la carrière que j'ai faite, le seul regret que je pourrais avoir, c'est de ne pas avoir gagné un tout petit peu d'argent pour me permettre de mieux récupérer et peut-être pour me permettre de mieux performer puisque soit j'étais étudiante, soit je travaillais.

Et nous on s'entraînait entre 19h et 22h le soir. Le seul truc que je pourrais envier aux joueuses aujourd'hui, c'est de s'entraîner à 10h le matin ou à 15h, et pas à 19h le soir, surtout avec des conditions météo comme on peut avoir en ce moment. Mais très sincèrement, je les envie et en même temps pas toujours, parce que parfois les journées peuvent être longues. J'espère simplement qu'elles pensent à leur reconversion aujourd'hui, qu'elles font autre chose.

 

Vous pensez que c'est vraiment important pour les joueuses, et même pour les jeunes qui arrivent dans ce monde pro, de déjà penser à la suite ?

Il faut un double projet. Nous, c'est ce qu'on demande aux jeunes de l'académie, c'est important de réussir dans le système scolaire. Mais pour les joueuses qui sont pro aujourd'hui, quand vous voyez la moyenne d'âge entre 20 et 23 ans pour la plupart, si elles ne pensent pas aujourd'hui à leur reconversion, à ce qu'elles pourront faire en fin de carrière... 

Parce que le problème aujourd'hui, ou la chance si on est très optimistes, c'est que ce qu'elles gagnent comme argent aujourd'hui ça ne leur permettra pas d'aller à la retraite aisément. Donc c'est peut-être une chance justement de continuer à avoir du lien social à l'extérieur de cette vie de footballeuse pro qu'elles ont aujourd'hui.

 

Aujourd'hui, qu'est ce qu'on peut faire pour faire progresser la visibilité du sport féminin, pour la professionnalisation ?

Beaucoup de choses, mais comme toute construction ça prend du temps, il faut aussi être patient. Aujourd'hui, le foot féminin a, si je ne me trompe pas, 55 ans d'existence donc la discipline est jeune. Il faut être patient même si effectivement il y a eu une énorme évolution avec cette création de la Ligue Pro. 

Il faut donner le temps au temps justement de faire évoluer ces choses-là. À ceux qui voudraient que le football féminin soit aussi attractif et attrayant que le football masculin, j'ai envie de leur dire : je ne pense pas que ce soit une bonne chose et en plus, si on doit y arriver, ça va nous demander du temps parce qu'on n'a pas le même âge que le foot masculin. Donc je pense que le maître mot c'est patience et puis surtout voilà, continuer à travailler et continuer à faire évoluer cette discipline.

 

J'ai demandé à une des grandes supportrices des Marseillaises de vous poser une question. Bonjour Corinne, je suis Aurélie, une des fondatrices du groupe Les Phocéennes 2025. On l'a créé pour que l'équipe se sente vraiment soutenue à Turcan et à l'avenir à l'extérieur. À la mi-saison, comment vous et les joueuses percevez notre présence ? Est-ce que notre soutien vous aide à construire quelque chose de solide pour la suite de la saison ?" Qu'est-ce que vous lui répondez à Aurélie ?

Déjà merci à Aurélie et puis à son groupe de supporters parce que vraiment, ça a mis un petit peu de temps pour déposer les statuts et pour que l'association soit créée bien évidemment. Mais comme tout, il faut du temps, il faut de la patience. Le cœur qu'elle met dans cette association pour faire vivre cette douzième femme, si je peux l'appeler comme ça, c'est hyper important pour nous.

On sait aussi que ça va demander du temps à Aurélie et à ses collaborateurs et collaboratrices d'augmenter ce nombre de supporters, de ne pas juste venir nous supporter à Turcan mais aussi de venir nous supporter à l'extérieur... En tout cas pour nous c'est essentiel. Je sais que les aider ce serait de gagner un maximum de matchs. Nous on est avec eux, ils sont avec nous. Leur présence pour nous est hyper importante

 

Est-ce qu'il y a un "contexte Marseille" quand on est entraineur de foot à l'OM ?

Complètement. Je vais vous raconter une petite histoire. Je suis rentrée chez moi pour les vacances de Noël. Des supporters marseillais il y en a partout et j'en ai vu chez moi. Un supporters marseillais côté masculin m'a dit : "je vais maintenant supporter l'OM côté féminin". Donc j'espère que ça va en appeler d'autres.

 

Est-ce qu'il y a quand même une sorte de pression aussi d'être entraîneure de Marseille, d'être à l'institution OM ?

Aucune pression, par contre une énorme fierté. Je disais à ma famille que je crois avoir plus de reconnaissance en étant entraîneure de la D1 féminine de l'OM que je pouvais en avoir en Ligue 2 à Clermont. 

Alors ce n'est pas péjoratif pour Clermont, parce que ça a été une étape hyper importante dans ma vie et je remercie encore Claude Michy de m'avoir fait venir. Mais malgré tout, d'être à l'OM, qu'on soit chez les garçons ou chez les filles,on est juste à l'OM. Donc je n'ai pas de pression, j'ai juste une énorme fierté et par contre une grande reconnaissance mais aussi du travail à faire, mais sans aucune pression.

Ça reste du football, même si on doit performer tous les week-ends. En tout cas je sais que je mets du cœur à l'ouvrage, je travaille. Après malheureusement on travaille et on n'est pas récompensé, mais comme je le dis à mes joueuses, à un moment donné tout travail va être récompensé.

 

Est-ce que vous avez rencontré Roberto De Zerbi ?

On s'est salués furtivement parce qu'on n'avait pas beaucoup de temps ni lui ni moi, mais on s'est salués au repas de Noël du président au mois de décembre dernier. L'accueil a été très chaleureux, mais malheureusement faute de temps on n'a pas pu converser davantage. Mais en tout cas voilà, cette première approche a été importante et puis voilà, quand nos emplois du temps nous le permettront, je sais que l'échange aura lieu de toute façon.

 

Comment c'est de vivre à Marseille ?

Alors je ne suis pas beaucoup sortie parce que quand je reste là, j'essaie d'optimiser mon temps et de travailler. Mais en tout cas dès que je suis reconnue, l'accueil est vraiment très chaleureux, très sympathique. Mais je ne suis pas surprise en même temps. On m'avait dit beaucoup de choses négatives sur les gens ici à Marseille, et en fait c'est tout l'inverse.

Donc j'ai juste envie de dire aux gens qui sont un peu détracteurs : "venez vous rendre compte par vous-mêmes qu'en fait les gens sont très chaleureux, à l'image du climat".

Aujourd'hui très sincèrement l'accueil est bienveillant, chaleureux. Charge à moi maintenant de faire en sorte que ça continue en obtenant des résultats avec mon groupe.

 

Vous êtes en contrat jusqu'à la fin de saison actuelle. Est-ce que vous avez déjà eu des discussions pour prolonger ce contrat-là ?

Non, pour le moment pas de discussion, mais en même temps il n'y a pas besoin d'en avoir puisque l'objectif n'est pas rempli. Donc on verra quand les choses se feront.

Très sincèrement aujourd'hui moi je suis focalisée sur mon groupe, sur le travail avec mon staff, sur l'obtention de points le plus rapidement possible pour déjà se mettre à l'abri et avoir ce maintien qui nous est cher aujourd'hui.

Et puis dans un deuxième temps pour permettre au club de prendre des décisions, bonnes je l'espère, mauvaises on verra, c'est le temps qui nous le dira. C'est aussi pour ça que le maintien le plus rapidement possible nous permettra de faire évoluer le projet le plus rapidement possible aussi. Si on a le maintien au mois d'avril, c'est pas la même chose que si on l'obtient en février. Deux mois dans une saison ça peut-être important.

 

Face aux ogres de ce championnat, les grosses équipes parisiennes, lyonnaise, on sent quand même qu'il y a encore un gap. C'est quelque chose qui est difficile à accepter ou c'est juste le chemin logique ?

Pour le moment on n'a pas les moyens, il ne faut pas oublier d'où on vient. Alors avoir de l'ambition, honnêtement il en faut, c'est un moteur, c'est ce qui nous permet d'avancer, c'est ce qui nous permet de se fixer des objectifs et de les atteindre. Maintenant, le projet des Marseillaises est jeune, l'équipe était en deuxième division l'année dernière, on vient juste de monter en première. Chaque chose en son temps.

Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Même si je sais qu'on peut être un peu pressé, il nous faut des résultats immédiats, mais attention, vigilance. Des fois à vouloir aller trop vite, on peut se brûler les ailes. Donc charge à moi aussi, et ça c'est mon travail, de rester mesurée, de rester calme dans certaines situations, mais d'atteindre les objectifs que l'on m'a fixés.

 

Qu'est-ce qu'on peut souhaiter à Corinne Diacre en tant qu'entraîneure de l'Olympique de Marseille pour la nouvelle année, en dehors du maintien ?

Une demi-finale de Coupe de la Ligue. La Coupe de France c'est encore un peu tôt parce qu'on va juste démarrer ce dimacnhe 11 janvier.

Et aujourd'hui on est 8e au classement. Si je devais voir le verre à moitié plein, j'aurais envie de dire qu'on finisse 6e ou 7e du classement. Voilà, ce serait un objectif je pense atteignable si le maintien est obtenu rapidement.

Parce que malheureusement on est quand même tributaires de cet objectif en premier. Mais en même temps, si on ne finit que 10e, je prends quand même.

 

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