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Amine Kessaci : « Le narcotrafic a volé une des compétences de la République : celle de faire rêver »

3min

Par Maritima 31/05/2026 à 13:00

Invité de l'émission "Rue de la République" (Maritima / La Marseillaise), Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic et adjoint au maire de Marseille, détaille ses ambitions pour la jeunesse et le logement social. Désormais président de Marseille Habitat, il livre un plaidoyer sans concession pour une justice plus forte et un accompagnement social renforcé dans les quartiers populaires.

À seulement 22 ans, le parcours d’Amine Kessaci est déjà marqué par l’engagement et le drame. Après avoir perdu deux frères dans des narco homicides, le fondateur de l’association Conscience a fait son entrée dans l’exécutif municipal de Benoît Payan. Au micro de Didier Gesualdi et Léo Purguette, il explique ce choix : « Cette entrée en politique marque la volonté du maire de donner une place importante à la lutte contre le narcotrafic et à la jeunesse. C’est la concrétisation de plusieurs années de militantisme. »

 

Narcotrafic : « On a voulu regarder ailleurs »

Interrogé sur l’explosion de la violence à Marseille, Amine Kessaci dénonce un aveuglement collectif. « On a toujours observé ce qui se passait en Italie ou au Mexique. Pendant qu’on regardait ailleurs, le monstre était en train de grossir chez nous », déplore-t-il.

Pour l’élu, la réponse ne peut être uniquement répressive, même s'il se dit favorable à des mesures de haute sécurité pour les têtes de réseaux : « Les narcotrafiquants ne fuient plus la loi, ils tentent de la détourner et de la contourner. On a besoin de moyens considérables pour la justice. » Il n'hésite pas non plus à pointer du doigt les erreurs passées : « Ceux qui attaquent la gauche sur la sécurité sont les amis de Nicolas Sarkozy, celui qui a détruit la police de proximité. Il a dit qu'il sortirait le Kärcher, mais il a enlevé le tuyau d'arrosage aux policiers. »

 

Marseille Habitat : 22 millions d'euros pour la rénovation

Fraîchement élu à la tête de Marseille Habitat, Amine Kessaci hérite d'un parc social fragile, dont 80 % se situe en centre-ville. Sa priorité ? La sécurité et la dignité.
« Cette année, nous engageons une recapitalisation de 22 millions d’euros. Cet argent est déjà fléché vers les immeubles qui nécessitent des réhabilitations rapides. Nous avons près de 80 logements en attente de travaux urgents, dont 40 en arrêté de péril », détaille-t-il.

L'objectif de l'élu est aussi de doubler la cadence de construction, passant de 50 à 100 nouveaux logements sociaux par an, tout en instaurant des procédures plus strictes : « Avant 2020, c’était "chacun fait ce qu’il veut", les caléols s’arrangeaient à l’amiable. Nous instaurons des règles et de la transparence. »

 

Reloger les familles de victimes : un impératif moral

Fort de son expérience associative, Amine Kessaci souhaite porter à Marseille Habitat une initiative inédite : un comité inter-bailleurs pour le relogement des familles de victimes. « À chaque fois qu'une mère perdra un enfant, nous serons en capacité de proposer un relogement immédiat pour sortir ces familles menacées des réseaux. »

Sur la question des expulsions de familles de trafiquants, prônée par la Préfecture, l’étudiant en droit est catégorique : « La sanction collective n'existe pas dans ce pays. On ne punit pas des gens pour les agissements de leurs proches. Expulser une maman sans dette locative ou des petits frères qui vont à l'école parce qu'un membre de la fratrie a fait une bêtise, ce n'est pas possible. Marseille Habitat ne coopérera pas là-dessus. »

 

Redonner le droit de rêver

En fin d'entretien, l'adjoint à la jeunesse a tenu à adresser un message d'espoir à ceux qui se sentent délaissés : « Les narcotrafiquants nous ont volé nos vies, mais ils ont surtout volé le pouvoir de l'école de la République : celui de faire rêver. Ma mission, c'est de redonner envie à la jeunesse marseillaise de se projeter, de s'amuser, de faire la fête. »

Pour Amine Kessaci, la politique reste le seul levier pour changer le quotidien : « C’est elle qui décide de la forme de nos fenêtres, de la couleur de nos poignées et de l’avenir de nos cités. La politique, c'est l'action de nos vies. »

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