Métropole d'Aix-Marseille-Provence
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Politique
Ma métropole va craquer : les 92 élus d'Aix-Marseille prêts à divorcer3min
Par Maritima 15/10/2026 à 09:04
Trop grande, trop complexe, trop chère, la métropole d'Aix-Marseille-Provence est dans une impasse, affirment les grands élus de ce territoire qui ne voient pas d'issue à ce "mariage forcé" conclu dans la douleur il y a dix ans.
En apparence la crise semble passée. Jeudi les 92 maires de la métropole devraient s'entendre sur la façon de combler le trou budgétaire de l'année 2026, soit 53 millions d'euros, qui a valu à cette intercommunalité une rarissime mise sous tutelle de l'Etat au printemps.
Mais la solution comptable mise au point pour arriver à l'équilibre, en recourant à l'endettement, ne fait que repousser à 2027 le dilemme financier, reconnaissent les experts.
Et surtout, elle ne répond pas aux interrogations de fond sur l'avenir d'une institution que beaucoup disent condamnée dans son fonctionnement actuel.
"Cette métropole est en fin de vie", a tranché le maire (divers-gauche) de Marseille Benoît Payan dans le quotidien La Provence fin septembre. "Les mariages forcés, ça n'existe plus, on ne peut pas forcer les gens à vivre ensemble".
"Carcan"
Même constat d'échec pour la maire (UDI) d’Aix-en-Provence Sophie Joissains : "De la monstropole, nous sommes passés à la nécropole", lançait-elle récemment, se disant prête, avec d'autres communes, à la quitter si elle le pouvait.
"Ça fait dix ans que ça ne marche pas. Et ça marche de moins en moins. Qu'est-ce qu'on attend ? Que ça explose ? On est prisonnier d'un carcan", dit le maire (LR) d'Istres, Robin Prétot, interrogé par l'AFP.
Critique récurrente: la taille de cet ensemble de 92 communes, plus vaste métropole de France par sa superficie, avec des compétences trop nombreuses et trop éclatées.
"C'est assez illogique que ce soit la métropole qui vienne changer l'ampoule d'un lampadaire ou réparer un nid de poule. La métropole, sa logique c'est de gérer les grosses compétences structurelles, les transports, l'économie, l'aménagement du territoire", estime Robin Prétot.
Née le 1er janvier 2016, Aix-Marseille-Provence couvre "quasiment tout le département des Bouches-du-Rhône, alors que le Grand Lyon ou le Grand Paris, c'est plus petit", note Jérôme Dubois, professeur en aménagement et urbanisme à Aix-Marseille-Université.
C'est de plus un "territoire fractionné, avec des représentations, des modes de vie qui sont objectivement très différents entre l'Ouest industriel de l'Étang-de-Berre, le chic aixois, la vallée de l'Arc (au pied de la montagne Sainte-Victoire, ndlr) ou le centre-ville marseillais ouvert sur la mer".
"Personne n'en voulait"
Et puis il y a Marseille, cette "ville-centre qui ne joue pas son rôle" car elle est un "repoussoir pour les communes périphériques" à cause de son niveau de pauvreté et de développement économique, explique l'enseignant-chercheur.
"La métropole, ça peut marcher quand les territoires s'entendent et que la légitimité de la ville-centre est reconnue par la périphérie", comme pour la plupart des autres grandes villes françaises, analyse Jérôme Dubois.
"Mais les communes autour de Marseille se sont longtemps organisées pour justement ne pas travailler avec Marseille qui le leur rendait bien, regardant le grand large plus que la Provence". Si bien que lorsque la loi a imposé aux intercommunalités de se regrouper en métropole, ça a été ressenti comme "une atteinte à leur souveraineté", décrit-il.
"Cette métropole a été faite au forceps, personne n'en voulait, il n'y a que l'Etat qui la voulait", abonde le maire d'Istres.
Point de vue répandu chez les élus locaux : AMP a été fabriquée pour que les communes périphériques viennent "renflouer Marseille" sur le transport, les écoles, le logement, en lieu et place de la solidarité nationale.
"Sauf que l'Etat met des moyens absolument considérables sur Marseille" depuis le plan "Marseille en grand" lancé en 2021, nuance Jérôme Dubois.
"Revenir à l'échelle communale n'aurait pas beaucoup de sens pour ce territoire ou tout est imbriqué" et où la métropole a permis des avancées en matière de transports, de développement économique ou de mise en valeur des grands paysages", prévient le chercheur.
Faut-il tuer Aix-Marseille-Provence ? La réformer en profondeur ? La toiletter ? Le gouvernement vient de confier un audit à des personnalités extérieures, dont l'ancien ministre Dominique Bussereau.
Le maire de Marseille dit s'attendre à un rapport "au vitriol".
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© Agence France-Presse (par S. Makris)
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