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"J’ai pleuré en entendant l’eau couler" : à Marseille, l’hôpital de la Conception brise le mur du silence4min
Par Maritima 12/03/2026 à 18:25
À l’occasion de la Journée nationale de l’audition, l’hôpital de la Conception organisait ce matin un dépistage des troubles de ce sens précieux qu'est l'ouïe. Entre conseils de prévention et témoignages bouleversants, notre reporter Michel Montagne a suivi ce "Fil Rouge" dédié à nos oreilles. Reportage au cœur d'un handicap trop souvent ignoré, voire moqué.
"L’audition, c’est le parent pauvre de la prévention."
Le constat de Michel Montagne au micro de Maritima Radio est sans appel. Ce matin, dans les couloirs de l'hôpital de la Conception, l'heure est au dépistage.
Si la perte d'audition est invisible et souvent indolore, elle touche pourtant 10 % de la population française, soit 6,7 millions de personnes. Plus inquiétant encore : près de la moitié des Français n'ont jamais effectué de test, cette déficience étant considérée - à tort - comme négligeable par rapport à des handicaps par exemple moteur ou visuel.
De plus, si l'on peut constater soi-même la dégradation de sa vision - on a des difficultés à lire un texte - il est plus difficile de discerner des baisses d'audition. Comme l'illustre sur place l'un des malentendants, désormais appareillé : « Vous ne réalisez pas par exemple que vous n'entendez plus le chant des oiseaux, vous croyez simplement qu'il n'y a pas d'oiseaux. Ce sont vos proches qui vont sonner l'alarme : "tu as besoin de monter autant le son de la radio ? T'es sourd ou quoi ?" »
Un handicap invisible aux conséquences lourdes
Le Docteur Lætitia Ros, praticienne hospitalière en ORL, rappelle que la dégradation est souvent très progressive. "Généralement, cela apparaît vers 65 ans avec la presbyacousie, mais les premiers signes sont la perte de compréhension dans le bruit : au restaurant ou en famille", explique-t-elle. Chez les enfants, un retard de langage peut être l'alerte principale, interprété à tort comme une déficience intellectuelle
Au-delà de la gêne, c'est la santé mentale qui est en jeu. Le docteur Stéphane Gargula, otologiste, avertit : "Une surdité mal prise en charge est le premier facteur de risque d'évolution vers des troubles cognitifs de type Alzheimer. Les patients s'isolent, évitent les lieux bruyants comme les théâtres ou les restaurants, et finissent par se renfermer sur eux-mêmes."
Le conseil choc : "Jetez vos cotons-tiges !"
Si vous pensiez bien faire en nettoyant vos oreilles chaque matin, vous faites fausse route. Le docteur Ros est catégorique : "L'oreille a une fonction d'auto-nettoyage. Le coton-tige pousse le cérumen au fond et crée des bouchons. L'eau tiède de la douche et le shampoing suffisent amplement pour l'entrée du conduit. Laissez vos oreilles tranquilles, elles vous le rendront bien !"
Des larmes de joie grâce à la technologie
Le moment le plus fort de cette matinée reste le témoignage de Richard, membre de l'association Surdi 13. Artisan passionné, il a perdu l'audition brutalement il y a dix ans. "Je me suis retrouvé derrière un écran (à devoir lire ce qu'il ne pouvait plus entendre NDLR), je ne comprenais plus rien. La radio, qui était ma compagne toute la journée dans l'atelier, m'était devenue interdite", confie-t-il avec émotion.
Après sept ans d'attente pour des raisons neurologiques, Richard a bénéficié d'un implant cochléaire, une technologie de pointe dont la Conception est le centre régional de référence.
Une technologie dont a bénéficié Aurélie.
Après avoir vécu des problèmes de perception relativement supportables durant près d'une dizaine d'années, la jeune femme va connaître une perte subite de 80% d'audition. Le médecin spécialiste lui annonce le 30 décembre 2024 que cette situation est irréversible. Sous le choc, âgée à l'époque de 39 ans, Aurélie est incapable de fêter le Nouvel An et se terre chez elle en compagnie de son mari, c'est déjà un premier retrait du "monde normal" qui va en annoncer d'autres.
Du jour au lendemain, la jeune femme se retrouve dans un brouillard acoustique et fournit des efforts quotidiens pour identifier des sons et, surtout, pour dissimuler son handicap de peur d'être déclassée au travail où elle exerce dans un open space d'une quarantaine de personnes.
Efforts qui l'épuisent nerveusement, la rende irritable et la coupe peu à peu d'une grande partie de sa vie sociale. Après avoir perdu son emploi en novembre 2024 en raison de ces problèmes relationnels occasionnés par la surdité, elle finit par accepter la pose d'un implant le 15 décembre dernier
"L'implant a été activé le 15 janvier dernier. En rentrant chez moi, j'ai ouvert le robinet. C'est le premier son que j'ai entendu parfaitement : l'eau qui coule. À ce moment-là, je me suis mis à pleurer de joie."
Pour François Paire, président de l'association Surdi 13, qui a vu quant à lui son audition s'étioler sur trente ans, le message est clair : "Il vaut mieux être celui qui n'entend pas que celui qui ne comprend pas. Il ne faut pas jouer la politique de l'autruche, il faut s'appareiller le plus vite possible pour préserver son cerveau."
Pour cette raison, si vous êtes sujet à des troubles d'audition et que ça entraîne un repli sur soi, un sentiment de honte, un isolement social, des épisodes de dépression, voire chez certaines personnes des ennuis suicidaires, n'hésitez pas une seconde : contactez l'association Surdi 13 composée pour l'essentiel de personnes sourdes ou malentendantes ainsi que leurs proches, elles vous guideront vers un retour progressif à une vie normale et surtout, vous serez entendu.e
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