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Santé
Crack à Marseille: un été de tous les dangers3min
Par Maritima 18/07/2026 à 07:09
Deux ans après l'abandon d'un projet de Halte soins addictions (HSA) à Marseille, les appels se multiplient en ce début d'été caniculaire pour sortir de la rue des consommateurs de crack de plus en plus nombreux en centre-ville, avec des riverains "à bout"
Déjà "exponentielle et particulièrement visible depuis deux ans", "la consommation dans l'espace public connait une accélération marquée sur les six derniers mois", selon un récent diagnostic établi dans le cadre du dispositif Tempo, lancé par Médecins du Monde avec des associations de réduction des risques et des structures médico-sociales disposant d'équipes de rue.
"La situation empire de semaine en semaine", témoigne auprès de l'AFP Marianne Poisson, coordinatrice du dispositif. Difficiles à estimer précisément, ils sont plusieurs centaines, selon elle, cumulant "grande précarité, absence d'hébergement, ruptures de droits et troubles psychiques".
Majoritairement consommateurs de crack, fabriqué à partir de cocaïne vendue à bas prix sur les nombreux points de deal du centre-ville, ils sont de plus de plus jeunes, avec de plus en plus de femmes, parfois adolescentes, particulièrement exposées aux risques de violences.
"C'est extrêmement compliqué, il y a des personnes qui voudraient être mises à l'abri, être hébergées, mais aujourd'hui, on n'a rien à leur proposer", déplore Marianne Poisson.
Lieu d'accueil de référence dans le quartier de la gare Saint-Charles, le Sleep In, qui disposait de 15 places d'hébergement d'urgence, en plus de consultations médicales, a fermé pour travaux fin mai, et ne devrait pas rouvrir avant plusieurs mois.
"Démunis et à bout", des collectifs de riverains ont une nouvelle fois interpellé début juillet les pouvoirs publics sur "la nécessité urgente de relancer le projet" de HSA à Marseille, comme il en existe depuis 2016 à Paris et Strasbourg, et ailleurs en Europe depuis 40 ans.
Le projet marseillais, prévu en 2024, avait finalement été abandonné face à la fronde d'opposants, vent debout contre cette "salle de shoot" alliant consommation à moindre risque et accompagnement médico-social, en dépit d'évaluations validant les bénéfices de ces dispositifs en termes de santé et tranquillité publiques.
"Ça urge !"
Dans sa réponse aux collectifs, que l'AFP s'est procurée, le maire DVG Benoît Payan dit partager leur constat, tout en estimant que les HSA, "outil indispensable et reconnu de santé public", ne sauraient répondre "à elles seules à une situation aussi complexe".
Il ajoute avoir "récemment saisi le Premier ministre pour solliciter un engagement renforcé de l'Etat à travers la mise en place d'un plan interministériel dédié à la prise en charge des scènes de consommation et de la grande exclusion à Marseille".
En déplacement en avril dans les Bouches-du-Rhône, la ministre de la Santé Stéphanie Rist s'était déclarée "favorable" à l'expérimentation d'une HSA à Marseille à condition que "tous les élus locaux soient d'accord sur un endroit", opinion partagée - si elle fait "consensus" - par le préfet Jacques Witlowski.
"Je pense qu'il y a une vraie prise de conscience, il y a une volonté des différentes institutions d'avancer, estime Marianne Poisson. Maintenant, on attend de voir comment et quand. Et vraiment, là, ça urge !"
"Tout le monde est très inquiet, sur l'été, sur les semaines à venir. Avec la chaleur, on risque des déshydratations, des problèmes somatiques accrus. La chaleur exarcerbe les tensions, entre les personnes ou avec l'environnement. On a écho de scènes de violences très fortes, de bagarres...", témoigne la coordinatrice de Tempo.
De plus, "les gens se cachent de la police, vont dans des interstices urbains de plus en plus dangereux et moins accessibles aux équipes", souligne-t-elle. Résultat: "ils ramassent des seringues sur le trottoir et vont les réutiliser. Et dans quelques semaines, on va voir arriver les infections", redoute-t-elle, évoquant déjà des suspicions de tuberculose.
© Agence France-Presse
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