Des travaux attendus comme première étape
L’annonce de travaux de modernisation du centre hospitalier, à hauteur d’environ 60 millions d’euros, a été largement évoquée au cours de la table ronde. Une première étape jugée nécessaire, mais insuffisante par plusieurs intervenants. « C’est un acquis important, même si cette première étape va durer quatre à cinq ans, souligne Gaby Charroux, maire de Martigues. Mais il doit y avoir une perspective de prolongement, car la situation reste compliquée ». Le maire a d'ailleurs insisté sur la nécessité d’améliorer l’attractivité de l’hôpital pour recruter médecins, chirurgiens et soignants. Un constat partagé par Mathieu Raissiguier, élu à la santé de Martigues : « L’hôpital ne va pas bien, c’est une réalité nationale. Le centre hospitalier de Martigues a 50 ans, il n'est plus aux normes et il faut le réajuster. Mais les 60 millions d'euros me paraissent très limité en termes de budget. L'avenir nous le dira. En tout cas, on se battra pour que l'hôpital vive, mais il faudra aussi penser au personnel et au matériel. »
Les soignants en souffrance
La situation des soignants était également au coeur des échanges. Aujourd'hui infirmier en disponibilité, Mathieu Raissiguier n’a pas caché son inquiétude. « On entasse des patients dans des couloirs pendant des heures. Être soignant, ce n’est pas seulement faire des actes médicaux, c’est aussi rassurer, accompagner », témoignait l'élu à la santé lors de la table ronde. Ancienne infirmière aux urgences de Martigues, Sandrine a dressé le même constat alarmant. « On fonctionne en permanence en moyens dépassés. C’est une situation de catastrophe continue. Le personnel est compétent, les médecins sont reconnus, mais on ne leur donne pas les moyens de travailler », poursuit la soignante. Elle alerte également sur une population de plus en plus éloignée des soins, faute d’accès et de prévention suffisants.
Présents à la table ronde, les représentants de la CGT du SDIS 13 ont également tiré la sonnette d’alarme. Les sapeurs-pompiers dénoncent des délais de prise en charge de plus en plus longs, des ambulances immobilisées plusieurs heures devant les hôpitaux et des réorientations multiples des victimes. « Nos ambulances sont normalement dédiées à des opérations de secours d’urgence. Chaque fois qu’elles sont immobilisées, c’est potentiellement un patient qui en est privé. C’est une perte générale de chance pour l’ensemble de la population. On se rapproche de situations critiques à Martigues, c’est maintenant qu’il faut agir », ont-ils averti, rappelant le décès récent dans la file d'attente des urgences du centre hospitalier d'Aix-en-Provence.
« Le problème n’est pas un manque d’engagement, mais des sous-effectifs chroniques. Les agents sont pressurisés, épuisés, avec des semaines pouvant aller jusqu’à 60 heures », alarmait Laure Privat, représentante CGT du centre hospitalier. Elle décrit un quotidien fait de matériel vieillissant, de rappels sur les jours de repos et de plannings modifiés à la dernière minute. « Des conditions de travail dégradées entraînent nécessairement des conditions de soins dégradées », poursuit la représentante. C'est pourquoi la CGT revendique notamment la création de 90 postes statutaires, des emplois pérennes et des moyens humains à la hauteur des besoins de la population.
Un engagement citoyen puissant
Les habitants étaient venus nombreux pour assister à cette table ronde. Une mobilisation qui témoigne de leur attachement à l'hôpital public. Gaby Charroux, maire de Martigues, a d'ailleurs salué la qualité des échanges et l’engagement des participants. « On a besoin de cette mobilisation et de cette parole qui explique et qui dit pourquoi. Il est évident que l’on a besoin d’un hôpital public de qualité ici, à l’ouest du département », a-t-il rappelé, évoquant également les futurs projets industriels et les enjeux de décarbonation du territoire.
Au terme de cette table ronde, syndicats, élus, soignants et habitants appellent désormais à maintenir la pression pour obtenir des engagements durables en faveur d’un hôpital public accessible, attractif et à la hauteur des enjeux sanitaires, industriels et démographiques du territoire.

