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La justice a reconnu le travail de nuit comme cause de son cancer du sein : la victoire de Sylvie Pioli, infirmière à l’hôpital de Martigues

3min

Par Maritima 05/03/2026 à 16:00

Après dix ans de combat acharné, Sylvie Pioli, ancienne infirmière de nuit à l’hôpital de Martigues, vient d'obtenir une décision de justice inédite. Le tribunal administratif de Marseille a reconnu officiellement le lien direct entre son cancer du sein et ses 25 années de service nocturne. Un espoir immense pour des milliers de travailleuses de l'ombre.

Pour Sylvie Pioli, 68 ans, c’est la fin d’un marathon administratif et judiciaire qui aura duré une décennie. « C'est fou ce qui m’arrive, confie-t-elle, ça a été terrible de consulter tous ces gens qui nous jugent sans rien savoir, en nous faisant beaucoup de peine alors qu’on est malade ».

Tout commence en 2014, lorsque le diagnostic tombe. Sylvie travaille alors de nuit depuis de nombreuses années à l’hôpital de Martigues. C'est un médecin de l’hôpital qui lui ouvre les yeux : « Ne cherche pas, le cancer du sein et le travail de nuit, ça va ensemble ». Après avoir fait des recherches, Sylvie découvre la réalité scientifique : le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) classe le travail de nuit comme « probablement cancérogène ». En cause, la perturbation du cycle circadien et de la mélatonine. « Il y a plus de 25 études sur le sujet, dont l'étude française CECILE, qui toutes prouvent un risque accru de 30 % pour celles qui travaillent la nuit », explique-t-elle.

 

Un combat pour la reconnaissance

Refusant l'invisibilité, Sylvie transforme son vélo en outil de sensibilisation, elle crée l’association Cyclosein. Elle parcourt des milliers de kilomètres pour alerter les institutions. Elle est reçue au ministère de la Santé, au Parlement européen à Strasbourg, et même à l’Organisation Internationale du Travail (OIT) à Genève. Partout, elle porte le même message : le travail de nuit est un facteur de risque méconnu des pouvoirs publics et des travailleuses elles-mêmes (infirmières, hôtesses de l'air, ouvrières).

 

 

La principale difficulté du combat résidait dans le fait que le cancer du sein ne figure pas dans le tableau des maladies professionnelles. Sylvie a dû mener une procédure « hors tableau », une voie complexe, longue et très lourde jusqu’au verdict rendu cette semaine par le tribunal administratif de Marseille. En conséquence, le tribunal a annulé la décision du directeur du centre hospitalier de Martigues qui avait rejeté en 2021 la demande de "reconnaissance d'imputabilité" formulée par l'infirmière, qui s'était également vu refuser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle en 2019.

Les juges ont donc reconnu que l'exposition prolongée au travail de nuit de Sylvie Pioli était la cause déterminante de sa pathologie. Cette décision est une première en France pour une infirmière hospitalière, elle ouvre droit à une indemnisation.

 

L'objectif : la reconnaissance automatique

Forte de cette victoire, Sylvie ne s'arrête pas là et veut éviter que d'autres femmes subissent son parcours difficile. Elle milite désormais pour que le cancer du sein soit inscrit au tableau des maladies professionnelles. « À partir du moment où ce sera dans le tableau, les femmes n'auront plus besoin de passer par le tribunal », souligne-t-elle.

En attendant cette avancée législative, la saint-mitréenne reprend la route. Fin septembre, elle s'élancera pour un nouveau périple de 720 kilomètres à vélo entre Schengen et Lyon. Son but reste inchangé : sensibiliser au gré des rencontres.

 

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