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Santé

A Martigues : sortir les aidants de l'invisibilité

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Par Michel Montagne14/10/2026 à 19:05

À l’occasion de la semaine nationale des aidants, le parc des sports Julien Olive de Martigues a accueilli ce mercredi un village éphémère d’information et une marche solidaire. Entre prise de conscience du statut, épuisement et manque de dispositifs, parole a été donnée à ceux qui accompagnent au quotidien leurs proches vulnérables.

« Une grande partie des aidants ne se reconnaissent pas encore en tant que tels »



Pour Ivanna Robert, responsable de coordination du Pôle Info Seniors du CCAS du Pays de Martigues, l’un des plus grands défis réside dans la reconnaissance de cette réalité :
 « La problématique des aidants, c’est que ça peut toucher toute personne. On n'est pas que aidant de son parent âgé ou de son conjoint. On peut aussi être aidant d’un frère, d’une sœur, de ses enfants... Il y a aussi des enfants jeunes, adolescents, qui sont aidants de leurs parents malades. »

L'objectif de cette journée est avant tout d'aider ces personnes à poser des mots sur leur situation et à accepter ce statut pour pouvoir enfin solliciter de l'aide :  « Une grande partie des aidants ne se reconnaissent pas encore en tant qu’aidant, puisqu’on trouve déjà que c’est normal d’aider son conjoint quand il perd un peu d’autonomie, d’aider son enfant qui a un handicap... Mais il faut réussir à déceler à quel moment le "c’est normal" devient un vrai statut d’aidant.»


 

Un manque de
dispositifs face à un enjeu national

Alors que la France compte près de 11 millions d’aidants, les structures et les aides restent encore insuffisantes face à l'ampleur des besoins :  « C’est des aidants souvent invisibles, il y a peu de dispositifs. On a 11 millions d’aidants en France, ce qui est énorme par rapport à la population... Quand on est aidant 24h/24, avec un séjour de répit de trois semaines, on va souffler trois semaines, mais il reste encore 11 mois et une semaine à tenir derrière. »


 

Ivanna Robert souligne l'urgence de faire évoluer les politiques publiques, tout en rappelant que des structures locales existent pour accompagner les familles :  « Pour un aidant qui est perdu, il y a des structures comme nous, le pôle infos séniors, le pôle santé handicap à l'Espace Autonomie ici à Martigues, où on va vous renseigner... Il faut prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres. »


 

Témoignage : « Prendre soin de soi pour ne pas couler »

Joël Pinot est l'un de ces 11 millions d'aidants.
Père de Fabien, 52 ans — ancien danseur professionnel victime d’un grave infarctus en 2019 qui l'a laissé lourdement handicapé—, Joël est membre de l'association AFTC 13 (Association des Familles de Traumatisés Crâniens des Bouches-du-Rhône). Il témoigne du quotidien lourd et sans répit de ceux qui épaulent un proche :
 « Le quotidien, c’est qu’on s’occupe continuellement de l’aidé. Au début, oui, on est vraiment perdus, et moi j’ai vite compris qu’il fallait que je fasse attention à moi. »


 

Passé proche du burn-out et ayant perdu plusieurs kilos au début de son accompagnement, Joël a dû apprendre à lâcher prise sans culpabiliser : « Les deux premières années, j’ai perdu 6 kilos, j’étais à la limite de la dépression... Sur le conseil des aides que j’avais, on me disait : "Joël, allez-y, on s’occupe de Fabien, allez faire votre tour de vélo". Mais c’est vrai que même sur le vélo, je pensais à lui pour rentrer à l’heure! »

L'angoisse du « jour d'après »

En rappelant que « contrairement au travail, il n'y a pas d'horaires pour être aidant », Joël Pinot pointe du doigt l'une des plus grandes inquiétudes partagées par les familles : la pérennité de la prise en charge lorsque l'aidant viendra à disparaître :  «  Une maman de mes connaissances qui est devenue l'auxiliaire de sa fille malade a peur pour "après elle" car on s’aperçoit qu’un aidant, il n’est pas éternel. »


 

À Martigues comme partout en France, le message porté lors de cette journée est clair : reconnaître les aidants, c'est avant tout leur redonner une place et un soutien indispensables pour leur éviter de s'épuiser dans l'ombre. 




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