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Restos du Cœur dans les Bouches-du-Rhône : « La pauvreté progresse », l'alerte du nouveau président Jacques Latil

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Par Didier Gesualdi24/10/2026 à 13:00

Alors que la nouvelle campagne des Restos du Cœur s'ouvre à la fin du mois de novembre, la précarité ne cesse de s'aggraver dans le département des Bouches-du-Rhône. Invité de notre émission « Rue de la République » sur Maritima et La Marseillaise, Jacques Latil, nouveau président départemental des Restos du Cœur 13 ayant succédé à Alain Evezard, dresse un état des lieux sans concession de la pauvreté locale. Entre hausse constante du nombre de bénéficiaires, précarité résidentielle et urgence d'un renouvellement des bénévoles, tour d'horizon des défis d'une association en première ligne.

 

3,9 millions de repas distribués : une précarité qui s'étend à de nouveaux publics

Dans les Bouches-du-Rhône, les chiffres de la précarité restent particulièrement préoccupants. Lors de la dernière campagne, les bénévoles de l'association ont distribué 3,9 millions de repas et secouru 51 000 personnes à travers les 42 centres du département.

Jacques Latil observe une évolution marquante des publics accueillis depuis la crise sanitaire :  « Je suis aux Restos du Cœur depuis 2018 et on a subi la crise Covid où on a vu arriver de nouvelles populations. On a surtout beaucoup plus de jeunes qu'avant, des étudiants qui viennent nous voir, et puis un nombre de familles monoparentales qui n'arrête pas de grandir. »

Le président de l'antenne départementale prend l'exemple très concret du centre Paradou pour illustrer cette poussée : « En 2021, on servait 189 familles. En 2025, on sert 479 familles. »

Face à ces besoins croissants, les Restos du Cœur font face à la crise du logement, qui aggrave directement la situation des plus fragiles. Une récente étude menée auprès de plus de 5 millions de personnes accueillies à l'échelle nationale révèle une augmentation de plus de 60 % du sans-abrisme et de la précarité résidentielle ces dernières années.

 

Urgence logistique à Marseille : un centre majeur sinistré à la Belle de Mai

Outre l'accroissement des besoins, l'association doit surmonter des difficultés logistiques locales imprévues. L'un des plus importants centres de distribution de Marseille, situé dans le quartier de Barbini (la Belle de Mai), a été lourdement endommagé par de récentes intempéries. « On a un centre qui a subi les intempéries et donc on a été obligé de fermer parce qu'il y avait un risque d'inondation, d'électrocution. Ça touche quand même plus de 400 familles, ça fait 2 000 ou 2 500 personnes qu'on ne sert plus aujourd'hui. »

Une rencontre a été organisée avec la mairie de secteur et les services de la solidarité pour trouver d'urgence un nouveau local ou une solution temporaire afin de reprendre les distributions au plus vite auprès des familles du quartier.

 

Financements, dons et appels à la responsabilité publique

Face à la hausse des coûts et des besoins, l'approvisionnement des stocks constitue un combat quotidien. Si l'aide européenne est pour l'instant maintenue, l'association doit trouver des alternatives pour compléter ses approvisionnements.

Jacques Latil explique la stratégie mise en place au niveau départemental :  « On insiste notamment en interne sur ce qu'on appelle les "clés de substitution", c'est-à-dire essayer au niveau départemental de récupérer un peu plus de marchandises que ce qu'on le fait aujourd'hui, de manière à pouvoir remplacer ce qu'on n'a pas par ce qu'on arrive à récupérer dans des magasins. »

Si la générosité des citoyens lors des collectes de terrain reste exemplaire, l'association s'appuie également sur des partenariats privés, comme l'entrepôt mis à disposition par la CMA CGM pour organiser les livraisons vers les 42 centres des Bouches-du-Rhône.

 

Bénévolat : un appel pressant aux compétences et aux prises de responsabilité

Pour faire tourner cette organisation colossale tout au long de l'année - la distinction entre campagne d'été et campagne d'hiver étant désormais abolie —, les Restos du Cœur ont un besoin vital de nouveaux bras.  « La difficulté qu'on a dans le bénévolat, c'est de trouver des gens qui veulent prendre des responsabilités. Les bénévoles qui arrivent ont un parcours professionnel, donc on profite de leur expérience pour les mettre sur les approvisionnements, la logistique, le juridique, le soutien scolaire... »

Au-delà de la distribution alimentaire, l'action des Restos repose sur ce que Jacques Latil nomme « l'aide à la personne » : un accompagnement social global (aide juridique, démarches administratives, accès aux droits) réalisé en accueil accompagné par les bénévoles.

 

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