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Marseille : autiste et atteint de TDAH, il entame une grève de la faim pour dénoncer des retards sur ses allocations3min
Par Océane Portelli18/06/2026 à 16:28
Sans revenus depuis plus de deux mois, Ayoub Obad a entamé une grève de la faim depuis le 8 juin. Cet habitant de Marseille dénonce les conséquences des retards de traitement de son dossier de renouvellement d'Allocation aux adultes handicapés (AAH). Soutenu par le collectif Résistance Handi-Droits, son but est d'alerter sur une situation qui toucherait de nombreuses personnes en situation de handicap.
Depuis dix jours, Ayoub Obad ne s'alimente plus. Autiste et atteint de TDAH, le Marseillais a décidé d'entamer une grève de la faim pour dénoncer ce qu'il qualifie de « violence bureaucratique ».
Ses droits à l'AAH, (Allocation adultes handicapés) ont pris fin le 31 mars 2026. Depuis le dernier versement reçu début avril, il explique n'avoir plus aucune ressource. « Depuis deux mois, je n'ai aucun revenu. Depuis deux mois, je n'ai pas pu payer mon loyer », explique-t-il. Aujourd'hui, il explique vivre avec les 304 euros d'APL qu'il perçoit chaque mois. Une fois ses prélèvements effectués, il lui resterait un peu plus de 70 euros pour se nourrir.
Un dossier pourtant classé urgent
Selon Ayoub Obad, son dossier de renouvellement a été classé en urgence le 23 avril après plusieurs semaines de relances. Mais même malgré ça, aucune date de passage en commission ne lui a été communiquée.
Le 20 mai, il apprend que son dossier est suspendu dans l'attente d'un document provenant d'un établissement où il avait effectué un stage entre 2024 et 2025. Un bilan qui aurait dû être transmis plusieurs mois auparavant.
Pendant plusieurs semaines, il multiplie les démarches. Il sollicite des associations, les services sociaux, le Défenseur des droits, l'Agence régionale de santé et tente de joindre à plusieurs reprises la MDPH : « Toutes les démarches possibles ont été faites. Mais la situation restait toujours au point mort », raconte-t-il.
Ayoub Obad raconte que ce blocage administratif a de vraies conséquences directes sur sa situation. « Derrière le combiné, ce n'est pas un numéro de dossier. C'est un être humain, avec sa dignité, privé de son unique ressource vitale », déclare-t-il.
« Cette démarche n'est pas seulement pour moi»
Au troisième jour de sa grève de la faim, le Marseillais reçoit finalement une notification de la MDPH l'informant que sa demande d'AAH est acceptée pour une durée de deux ans. Pour autant, il décide de continuer sa grève avec comme raison les délais nécessaires au versement effectif de l'allocation par la CAF.
« La situation sera réellement réglée lorsque je pourrai concrètement subvenir à mes besoins », explique-t-il. Au-delà de son cas personnel, Ayoub Obad affirme vouloir attirer l'attention sur les difficultés rencontrées par d'autres personnes en situation de handicap : « Cette démarche n'est pas seulement pour moi. Elle est là pour visibiliser les dysfonctionnements systémiques que subissent d'innombrables autres personnes en situation de handicap», assure-t-il.
« Ayoub n'est pas un cas isolé »
Présent à ses côtés, le collectif Résistance Handi-Droits explique que le cas d'Ayoub Obad est un cas insolite mais qui est loin d'être exceptionnel.
Si l'action d'une grève de la faim est rare chez les personnes en situation de handicap, ces retards et leurs conséquences sur la vie des bénéficiaires le sont beaucoup moins. Certains seraient contraints de s'appuyer sur leur famille ou leur conjoint pour faire face aux dépenses du quotidien, tandis que d'autres risqueraient de perdre leur logement ou de voir leur état de santé se dégrader.
Des critiques sur l'attribution de l'AAH
Résistance Handi-Droits dénonce aussi certaines décisions liées à l'évaluation du taux d'incapacité, qui conditionne l'accès à l'AAH.
« Si on est à 79 %, on peut se retrouver sans AAH à 1 % près. À quoi ça sert d'être mis à 79 % ? », interroge Salim Benhaddi. Pour lui, ces situations participent à la précarisation de certaines personnes en situation de handicap. « Ça met des personnes en situation de précarité. Elles ont des enfants, elles ne peuvent pas travailler et elles vont se retrouver avec un RSA pour les élever », estime-t-il.
De manière plus générale, le collectif dénonce surtout un manque de considération envers les personnes en situation de handicap. « On nous respecte pas. Quand il s'agit de récupérer de l'argent, les lois sont appliquées. Mais quand il s'agit de solidarité ou de handicap, il n'y a plus personne pour les faire respecter, et c'est dommage je trouve. », explique Salim Benhaddi.
L'action continue pour Ayoub Obad qui doit prendre la parole ce 19 juin lors de l'assemblée de circonscription du député Manuel Bompard à Marseille afin de poursuivre sa mobilisation et de faire entendre ses revendications.
(NDLR : nous avons également sollicité la MDPH sur ce dossier mais n'avons pas encore eu de réponse de la direction)
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