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"On ne veut pas d'un mercenaire" : Kem One à Fos et Lavéra face au spectre d'une vente financière3min
Par Maritima 31/03/2026 à 16:10
Le torchon brûle entre les salariés de Kem One et l'actionnaire américain Apollo. Ce mardi, un mouvement de grève de 24 heures a touché les sites de Fos-sur-Mer et de Lavéra à Martigues. En cause : l'annonce de la mise en vente de l'entreprise et une dette colossale de 700 millions d'euros qui fait peser une menace directe sur l'outil industriel et la sécurité des installations. Maritima est allé à la rencontre de salariés qui craignent pour leur avenir.
L’ambiance était grave ce matin devant les grilles des géants de la chimie suite au mouvement de grève pour une durée de 24 heures. Si le calme règne dans les usines, la colère, elle, gronde sur les piquets de grève. Depuis l’annonce de la mise en vente par le fonds de pension américain Apollo, les 1 300 salariés du groupe (répartis sur cinq sites en France) retiennent leur souffle.
Un gouffre financier : de 10 à 700 millions d'euros de dette
Le principal sujet d'inquiétude réside dans le montage financier imposé par l'actuel actionnaire. Yann Beaune, secrétaire du syndicat CGT à Kem One Fos, n'a pas caché son amertume ce midi dans le "Tout Info" sur Maritima radio : « En 2021, on a été racheté par le groupe Apollo. On était endetté à hauteur de 10 millions d'euros environ. On se retrouve aujourd'hui, cinq ans après, avec une dette astronomique de 700 millions d'euros. »
Cette dette, fruit d'un système de rachat par endettement, étrangle aujourd'hui l'entreprise. « Ce montage nous dessert. C'est très risqué et selon la croissance ou la concurrence, cela peut être très défavorable », souligne-t-il, rappelant que cette situation bloque tout investissement et toute évolution.
Le traumatisme de l'ère Klesch en toile de fond
Pour les anciens, le scénario actuel a un goût de déjà-vu. Olivier Nicolas, élu au CSE et formateur sur le site de Lavéra, redoute le retour de profils de repreneurs purement financiers. « On essaie de sensibiliser aux risques. On a déjà connu ça dans le passé avec Monsieur Klesch, qui nous avait mis dans une difficulté énorme en partant avec une grande partie de la trésorerie. »
Pour lui, l'enjeu est de sortir d'une logique de rentabilité immédiate pour revenir à un projet industriel solide : « Un repreneur, oui, pas de souci si on peut sortir d'un fonctionnement avec un fonds de pension. Mais il faut un modèle économique qui tienne la route et qui pérennise l'industrie plutôt que de récupérer juste la trésorerie. »
Sécurité et santé : « On est sur un site Seveso seuil haut »
Au-delà des chiffres, c'est la sécurité des travailleurs et des riverains qui est en jeu. Geoffrey Del Baldo, délégué syndical CGT à Lavéra, pointe du doigt la baisse des budgets de maintenance. « On est sur des usines qui datent des années 60-70. Il y a forcément toujours besoin d'argent pour les faire tenir. Aujourd'hui, ces budgets diminuent. »
Le risque est d'autant plus grand que Kem One manipule des produits dangereux. « On est sur un site Seveso seuil haut avec des produits CMR (Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxiques) en grande quantité. Ça engendre des problèmes de sécurité, d'environnement et de santé pour les salariés », alerte-t-il.
Vers un « PSE déguisé » ?
Socialement, le climat est tout aussi lourd. La CGT dénonce un « PSE déguisé » qui ne dit pas son nom. Selon Geoffrey Del Baldo, près d'une centaine d'emplois auraient disparu en moins de deux ans : « Ce sont des gens partis à la retraite ou qui ont démissionné et qui ne sont pas remplacés. C'est une réelle volonté de réduire les frais fixes sur le personnel uniquement. »
Face à ce qu’ils qualifient de « massacre social » en puissance, les syndicats interpellent désormais la direction générale, l’actionnaire Apollo, mais aussi les pouvoirs publics. « L'État doit jouer son rôle. C'est une entreprise qui a bénéficié de beaucoup de financements publics depuis 2012 », rappelle Yann Beaune.
Si le travail doit reprendre demain matin, le mouvement pourrait se répéter. Les salariés de Kem One préviennent : ils n'accepteront pas de voir leur usine sacrifiée sur l'autel de la finance.
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