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INFO MARITIMA. Martigues : une élève du lycée Langevin gravement blessée, l’IGPN saisie et une information judiciaire ouverte2min
Par Joey Temple22/10/2026 à 18:00
Une lycéenne de 16 ans a été grièvement blessée au visage lors d’une manifestation aux abords du lycée Langevin de Martigues, le jeudi 1er octobre. Après une enquête préliminaire de l’IGPN, le parquet d’Aix-en-Provence a ouvert une information judiciaire pour violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente. En exclusivité pour Maritima, Sofia et son père témoignent sur ce qu’ils ont vécu.
Deux fractures faciales, une quinzaine de points de suture et une vision très dégradée de l’œil gauche. Sofia, élève de terminale âgée de 16 ans, a eu le visage meurtri lors de la mobilisation lycéenne du jeudi 1er octobre aux abords du lycée Paul Langevin de Martigues.
Avec sa famille, Sofia a déposé plainte directement auprès de l’IGPN. Après une enquête préliminaire de la police des polices, le parquet d’Aix-en-Provence a ouvert une information judiciaire “du chef de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, faits commis lors du déroulement de manifestations sur la voie publique.”
“Ce n’est pas quand j’avais la tête vers les manifestants”
Les faits se déroulent le jeudi 1er octobre pendant une journée de mobilisation des lycéens alors que des affrontements opposent des manifestants aux forces de l’ordre et que des projectiles sont lancés en direction des policiers, Sofia se trouve à proximité de la foule.
La jeune fille téléphone à sa mère lorsqu’elle se retourne vers les policiers pour observer la scène. C’est à ce moment qu’elle explique avoir reçu un projectile au visage. “D’un coup, je sens un projectile qui me touche le visage. Mais je ne vois pas ce que c’est. Le choc est tellement violent que je tombe”, raconte-t-elle.
En se relevant, Sofia découvre que son visage saigne abondamment. Elle ne parvient pas à identifier ce qui l’a frappée. “Ce n’est pas quand j’avais la tête vers les manifestants, c’était de l’autre côté”, précise Sofia en affirmant qu’au moment de l’impact, elle regardait du côté des policiers.
Deux fractures faciales et une vision très dégradée de l’œil gauche
Les examens médicaux réalisés après les faits révèlent la gravité des blessures de la lycéenne. Sofia présente plusieurs lésions, dont une profonde, et deux fractures faciales. Une quinzaine de points de suture ont été réalisés.
Mais c’est surtout l'atteinte à sa vision qui bouleverse son quotidien. La jeune fille explique avoir d’abord craint de devenir aveugle. “Au début, je pensais que j’étais devenue aveugle, parce que je ne pouvais plus l’ouvrir, c’était impossible”, témoigne-t-elle. Aujourd’hui encore, sa vision de l’œil gauche reste très fortement diminuée.
Sofia mesure chaque jour les conséquences de sa blessure : ”Moi, j’aime beaucoup lire. D’un œil, je ne peux plus lire. J’ai l’impression d’avoir constamment un pansement au niveau de l’œil.” Malgré différents avis médicaux, la jeune fille ne sait pas encore si elle retrouvera un jour une vision correcte de son oeil gauche.
L’IGPN directement saisie
Face à la gravité des blessures de sa fille, Karim Hoggas décide de déposer plainte sur le site de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée d’enquêter sur les circonstances de l’incident.
Le père de famille exprime également sa colère envers le lycée Langevin. Selon lui, l’établissement, dont l’ouverture lui avait été confirmée, devait garantir la sécurité des élèves. “Le lycée m’a confirmé qu’il était ouvert. Donc on confie nos enfants à cette institution qui s’appelle l’Éducation nationale et ils ne sont pas capables de protéger nos enfants”, déplore-t-il.
Si Sofia et son père décrivent les deux premiers rendez-vous avec les enquêteurs plutôt bienveillants, leur perception du troisième et dernier entretien avec l’IGPN est tout autre.
J’ai l’impression qu’il voulait lui faire dire de force : “C’est une pierre”
Lors de cette dernière rencontre, l’enquêteur souhaite entendre Sofia seule. Karim Hoggas s’y oppose, estimant que sa fille est trop fatiguée après son passage à l’hôpital plus tôt dans la journée. “Je vais l’auditionner toute seule et c’est pour le bien de l’enquête, a-t-il dit”, rapporte Karim qui explique avoir monté le ton avant de finalement laisser sa fille entrer seule dans le bureau pour ne pas envenimer les choses.
Au cours de l’audition, Sofia explique que celui-ci lui présente une vidéo des événements, transmise par la famille. Elle y reconnaît sa silhouette, vêtue d’un pull bordeaux, au moment de sa chute. Selon son témoignage, l’enquêteur lui montre plusieurs fois la séquence et attire son attention sur un caillou visible au sol, en lui demandant également d’écouter attentivement la vidéo.
“Au début, moi, j’étais sûre à 100 % que ce n’était pas un caillou. Il me dit : “Tu es sûre ?” De là, je commence à avoir des doutes. Je doute de ce que j’ai dit, je doute même de ce que j’ai vécu”, raconte la lycéenne. Elle finit par répondre qu’il pourrait s’agir d’un caillou, tout en précisant qu’elle n’en est pas certaine.
À la sortie de l’audition, son père découvre le procès-verbal. Il conteste la formulation des déclarations attribuées à sa fille et estime que l’enquêteur a insisté pour lui faire reconnaître l’hypothèse d'une pierre. “Ma fille a 16 ans. Je lui ai expliqué qu’elle était fatiguée. J’ai l’impression qu’il voulait lui faire dire de force : ‘C’est une pierre’”, affirme-t-il.
Le père de Sofia indique avoir refusé de signer le procès-verbal. Ces déclarations relèvent du témoignage de la famille. Contactée par Maritima, l’IGPN n’a pas donné suite aux demandes de la rédaction.
Une information judiciaire ouverte par le parquet d’Aix-en-Provence
Après l’enquête préliminaire confiée à l’IGPN, le parquet d’Aix-en-Provence a ouvert, le lundi 19 octobre, une information judiciaire pour “violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente”.
Le procureur précise que les premières investigations n’ont pas permis d’identifier avec certitude la nature du projectile à l’origine des blessures de Sofia. Néanmoins l’enquête a permis d’exclure l’emploi d’un lanceur de balles de défense (LBD).
À ce stade, l’origine exacte du projectile n’est pas connue. L’information judiciaire doit désormais permettre de déterminer précisément les circonstances des faits, la nature du projectile qui a blessé la lycéenne et d’en identifier l’auteur.
Malgré ses critiques sur le déroulement de l’enquête, Karim reste déterminé à obtenir des réponses. “Justice sera faite de toute façon. Avec ou sans la police, justice sera faite, parce que les examens médicaux parlent pour ma fille”, conclut-il. De son côté, Sofia dit n’en vouloir à personne et insiste simplement : “si je n’étais pas allée en cours ce jour là…”
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