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Manifestation à Martigues : à 6 mois des élections, pourquoi continuer à descendre dans la rue ?

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Par Norhène Ouerfelli05/11/2026 à 15:06

Ce jeudi matin, un peu plus de 200 personnes se sont rassemblées place Jean Jaurès à Martigues avant de défiler pacifiquement vers le centre-ville de Jonquières. Alors qu'une grande manifestation se tenait simultanément à Marseille, où s'est rendu le maire Gaby Charroux, le cortège martégal a fait entendre sa voix. Une question était sur toutes les lèvres : à six mois d'une échéance électorale et d'un changement de gouvernement annoncé, la mobilisation a-t-elle encore du sens ? Pour les syndicats comme pour les citoyens, la réponse est un oui catégorique.

Dans les allées du cortège martégal qui s'élançait de la place Jean Jaurès ce jeudi matin, l'ambiance était résolument calme et pacifique. Malgré la tenue d'un rassemblement d'envergure à Marseille auquel participait notamment le maire de Martigues Gaby Charroux, les militants et habitants locaux ont tenu à marquer leur présence sur leur propre territoire.

Pour Daniel Bretones, secrétaire général de l'UL CGT Martigues, ce choix de la proximité était primordial : « C'est important qu'on soit de partout en fait. On sait aussi que si on va à Marseille, on fera un bus avec 50 personnes maximum et on aura du mal à en faire plus, parce que les gens ont aussi des contraintes familiales avec les grèves de cantines... Donc en faisant sur Martigues, on arrive quand même à mobiliser 200 personnes. Pour un jour comme ça, c'est beau et on est contents du résultat. »

Faire entendre la voix du peuple avant l'échéance des 6 mois

Alors que l'horizon politique s'apprête à changer dans six mois avec l'élection présidentielle, la tentation pourrait être de résigner ou d'attendre passivement. Une option balayée par le secrétaire général de l'UL CGT Martigues, pour qui le timing est au contraire stratégique : « C'est d'autant plus important de marquer aujourd'hui  nos revendications, marquer ce que le peuple veut, pour qu'ils élisent les bonnes personnes dans six mois. Parce que si, après la peste on a le choléra, ça va pas changer les choses, ça va être encore pire. Nous, ce qu'on veut, c'est un changement radical, un changement de société, un changement de politique, et on veut enfin qu'on écoute le peuple et que le gouvernement travaille pour le peuple. »

Interrogé sur la capacité du pouvoir actuel à entendre ces demandes dans sa dernière droite ligne, Daniel Bretones ne se fait guère d'illusions, mais se projette déjà sur l'après :  « Le gouvernement actuel?  Pas du tout, il ne nous écoutera pas. Mais il faut le faire pour justement marquer le coup, et il faudra même continuer après les élections, peu importe le résultat. Il faudra continuer à se mobiliser et à dire ce qu'on veut. »

 

Jeunesse et intergénérationnel : l'étincelle qui relance l'espoir

La dynamique actuelle puise également sa force dans la remobilisation de la jeunesse et des lycéens, un élan salué tant par les syndicats que par l'ensemble des manifestants.  « Ça a vraiment relancé un espoir dans les luttes, un espoir dans l'avenir. Même si eux ils en ont peu, nous quand on les voit par contre, on a beaucoup d'espoir dans l'avenir », confie Daniel Bretones, appelant à soutenir les rassemblements de la jeunesse. « C'est la représentation de la nouvelle génération. Il faut qu'on soit à leurs côtés. [...] Il n'y a pas d'autre solution. »

Du côté des jeunes mobilisés, le constat sur le terrain reste mitigé quant aux réponses apportées jusqu'ici par les institutions. Calliopée, lycéenne croisée dans la manifestation, exprime ses doutes face aux annonces d'avancées :  « Ce n'est pas suffisant. On nous a donné des profs, mais il n'y a pas d'argent pour les former. Les 28 élèves en classe de seconde, ça ne changera rien. Parcoursup en 2028, on ne sait pas jusqu'où ça peut mener, c'est loin encore. »

Face à la perspective des présidentielles dans six mois, la lycéenne explique pourquoi la mobilisation se poursuit :  « Il n'y a rien qui nous garantit qu'ils suivront la même route. Et notre combat n'est pas unique : on se bat aussi pour la cause des travailleurs, des institutions, parce que c'est lié. C'est un manque de financement et de considération pour les personnes qui font fonctionner l'État. »

 

« On ne lâchera pas !» 

Dans le cortège, la diversité des profils témoigne d'un mécontentement global qui dépasse les seuls statuts professionnels.

Pour Romain, manifester à six mois du scrutin est primordial pour imposer le débat public :  « Plus que jamais ! C'est maintenant qu'on établit un rapport de force, c'est maintenant qu'on met en avant des revendications qui doivent être imposées dans le débat public. Et puis c'est aussi là qu'on voit qu'on est nombreux à ne pas être d'accord et, la plupart du temps, sur des idéaux communs. »

Même détermination chez Génie, auto-entrepreneuse travaillant pour la justice :  « Il faut justement se montrer, profiter de ces lycéens, des étudiants qui ont montré qu'ils n'étaient pas contents, et poursuivre ce mouvement en montrant que les salariés... c'est ce qu'attendent aussi les lycéens après. [...] Il faut montrer qu'il y a des personnes en France qui ne veulent pas continuer cette politique de profiter des personnes, de faire main basse sur les salaires. Pour les prochains candidats, il faut qu'ils tiennent compte de nous. »

Génie insiste particulièrement sur le sort des plus jeunes : « Est-ce qu'on peut continuer à avoir une jeunesse désespérée dans ce pays et dans le monde ? C'est de leur avenir qu'il s'agit. »

Quant aux appels plus radicaux à la démission immédiate du pouvoir exécutif, un autre manifestant résume le sentiment d'urgence qui anime une partie du cortège :  « Pendant six mois, il va se passer des choses... Demander sa démission me paraît important. Le reste, lui demander des choses, pour moi ça n'a aucune importance parce que quelles que soient les promesses qu'il fera, on sait très bien qu'il ne les tiendra pas. Il n'a pas le budget, pas le temps, et pas la confiance des gens. »

Alors que la journée s'est achevée dans le calme à Martigues, les participants ont prévenu : le dialogue social et la pression populaire ne s'arrêteront pas aux portes des échéances électorales.

 

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