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Aix-en-Provence : dans les entrailles du barrage de Bimont, ce géant de béton aux 400 marches3min
Par Maritima 21/05/2026 à 17:00
À l’occasion de la 11e édition des "Indus'3 Days", le barrage de Bimont a ouvert ses portes à quelques privilégiés. Entre anecdotes historiques sur la famille Zola, prouesses techniques et scénarios de sécurité impressionnants, notre reporter Norhène Ouerfelli a descendu les 400 marches menant au pied de cet ouvrage colossal. Reportage au cœur d'un site qui alimente toute une région.
Dominant la vallée de l'Infernet au pied de la Sainte-Victoire, le barrage de Bimont ne se contente pas d'offrir un panorama de carte postale. C'est un maillon vital de l'approvisionnement en eau, de Marseille jusqu'à l'Étang de Berre. Ce matin, sous la conduite de l'Office de Tourisme de Gardanne, un groupe de visiteurs a pu pénétrer là où le public n'a normalement pas accès.
"Un site qui fait la richesse de notre région"
Pour encadrer cette visite, Pierrick, bénévole pour Indus'3 Days, souligne l'intérêt de la démarche : « Être bénévole pour l’Office de tourisme de Gardanne, c’est intéressant, ça nous permet de faire la connaissance des nombreux sites industriels qui font la richesse de notre région. » Et le barrage de Bimont est un morceau de choix : mis en service en 1952, il possède un socle en béton de 17 mètres d’épaisseur.
L'engouement est tel que les places s'arrachent. Fabienne, ancienne employée de la Société des Eaux de Marseille (SEM), pistait cette visite depuis longtemps : « Ça fait deux ans que je le piste. Chaque fois, je suis à l'arrache pour les inscriptions qui se font en une demi-heure ! J'ai privilégié Bimont parce que l'eau, c'est mon domaine. Sans eau, je pense qu’on serait tous sous terre. » Elle rappelle les chiffres pharaoniques de l'ouvrage : « Il y a environ 27 millions de mètres cubes d’eau stockés, ce qui représente à peu près 21 000 piscines olympiques de 50 mètres. C’est énorme ! »
Une guerre ancestrale entre Aix et Marseille
Le barrage de Bimont, c'est aussi une histoire de rivalité. L’historien Bernard Sabatier a raconté au micro de Maritima les racines du projet, nées d'un conflit entre Aix et Marseille lors des épidémies de choléra de 1832-1834. « Marseille décide la construction d’un canal commun avec la ville d’Aix. Malheureusement, pour des raisons politiques et économiques, le projet ne se fera pas. Marseille décidera de construire son propre canal au détriment de la ville d’Aix. »
C’est alors qu’entre en scène un nom célèbre : François Zola, le père d’Émile. Ingénieur civil, il imagine la construction de deux grands barrages. Si celui qui porte son nom fut achevé rapidement, le barrage de Bimont ne verra le jour que 100 ans après l'idée initiale. Une curiosité a marqué les esprits lors des grands travaux récents : « Quand le barrage a été vidé, on a retrouvé des arbres fossilisés au fond, c'était assez exceptionnel », confie l’historien.
Le Gardien du temple et le scénario du pire
À l'intérieur de l'ouvrage, le temps semble suspendu, mais la surveillance est constante. Christophe, le "gardien" du barrage, veille sur la santé de la voûte : « Mon rôle est de veiller au bon fonctionnement hydraulique de l’ouvrage et à toute l'auscultation : les télé-pendules, les piézomètres... On fait des relevés trois fois par semaine. »
Avec ses 87,50 mètres de haut et ses 180 mètres de long, l'ouvrage fait l'objet d'un Plan Particulier d'Intervention (PPI) extrêmement strict. Christophe détaille, sans alarmisme mais avec précision, le scénario d'une éventuelle rupture : « L’eau irait jusqu’à l’Étang de Berre. Il faudrait 2h30 à 3h pour qu'elle l'atteigne. En revanche, dans la zone dite "du quart d'heure", l'eau serait déjà sur l’autoroute A8 avec une hauteur de 15 mètres. C’est très dur, et ça arriverait en 15 minutes. » Heureusement, grâce à la surveillance constante, le risque est aujourd'hui maîtrisé.
Un effort physique récompensé
La visite se mérite. Pour découvrir les "entrailles" du géant, il faut descendre — et surtout remonter — 400 marches de béton. « Un régal, je me suis régalée ! » s'exclame une visiteuse à bout de souffle mais ravie. « C’est vraiment impressionnant, on ne sait pas ce qu'il se passe dedans, c'est une chance d'avoir pu visiter ça. »
Pour ceux qui souhaitent découvrir d'autres coulisses industrielles d'habitude fermées au public, les Indus'3 Days se poursuivent jusqu'au 7 juin. Toutes les informations et les prochains rendez-vous sont à retrouver sur le site de l'événement.
Infos Pratiques
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Événement : Indus'3 Days (jusqu'au 7 juin).
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Organisateur : Office de Tourisme de Gardanne et Société du Canal de Provence.
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Le chiffre clé : 17 mètres d'épaisseur de béton armé à la base du barrage.
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