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Bouches-du-Rhône

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Société

Pouvoir d'achat, jeunesse, industrie : Marc Pietrosino (CGT 13) alerte sur « un bouillonnement de colère »

3min

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Par Didier Gesualdi10/10/2026 à 13:00

Dans l'émission « Rue de la République », présentée par Didier Gesualdi et Léo Purguette (La Marseillaise), le secrétaire général de l'Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône, Marc Pietrosino, dresse un diagnostic sans concession de la situation sociale du département. Entre hausse du coût de la vie, mobilisation de la jeunesse lycéenne, dossiers industriels critiques et menaces de l'extrême droite, le dirigeant syndical livre une analyse de terrain.

 

Une rentrée sous tension : « Un bouillonnement de colère »

Alors que la contestation sociale s'est manifestée dès la rentrée avec la mobilisation lycéenne et l'action intersyndicale, Marc Pietrosino décrit un climat particulièrement délicate. « Nous sommes dans une situation qui est très inflammable, puisqu'il y a un bouillonnement de colère qu'on sent arriver. »

Au cœur du mécontentement figure la perte de pouvoir d'achat provoquée par l'inflation globale, qui frappe de plein fouet les ménages sur les postes essentiels comme les carburants, l'alimentation et les loyers. Face à ces hausses, la stagnation des revenus alimente la crispation dans le secteur privé comme dans la fonction publique.

  • Secteur privé : les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) restent jugées largement insuffisantes. « Dans toutes les entreprises, à quelques exceptions près, c'est catastrophique, c'est des augmentations de 8, 9, 10 € bruts. Donc c'est nettement insuffisant », martèle le secrétaire général.

  • Fonction publique : le gel prolongé du point d'indice pèse lourdement. Marc Pietrosino rappelle la perte subie par les agents : « Pour les catégories C, s'il y avait eu les augmentations "normales" qu'il y avait avant ce gel, un fonctionnaire de catégorie C toucherait 700 € en plus sur sa feuille de paye. »

 

Mobilisation des lycéens : la CGT aux côtés de la jeunesse

Inquiets pour leurs conditions d'études et de vie, les lycéens manifestent contre la dégradation des bâtiments (passoires thermiques, présence d'amiante) et les failles du système de sélection Parcoursup. Marc Pietrosino salue cet engagement :  « Voir des jeunes qui s'investissent, qui ont un discours très proche du nôtre, qui veulent changer la société, c'est rassurant. C'est une démonstration qu'ils ont toujours des cerveaux qu'ils savent s'en servir. »

Interrogé sur le risque d'instrumentalisation de ce mouvement par les syndicats, le responsable de la CGT 13 précise l'attitude observée sur le terrain : « La CGT, on fait très bien attention à descendre pour les protéger. On est à leurs côtés, on n'a pas de banderole, on n'a pas de slogan. Notre seul slogan, on est là pour les protéger, pour faire en sorte que ça se passe bien et pour faire tampon entre les forces de l'ordre et eux, et éventuellement dégager les intrusions abusives. »

Face à l'argument budgétaire opposé par les autorités sur l'endettement de la France, le dirigeant syndical dénonce un choix politique néolibéral : « On a pris un tournant libéral depuis les années 80 dans la plupart des pays européens qui a fait des ravages [...]. Quand on détruit le service public pour tenir les budgets, on fait monter la misère. »

 

Industrie et aménagement territorial : les urgences des Bouches-du-Rhône

La seconde partie de l'entretien s'est concentrée sur les grands dossiers industriels et économiques des Bouches-du-Rhône.

Fibre Excellence : la recherche d'un repreneur papetier

Concernant l'avenir de Fibre Excellence à Tarascon, Marc Pietrosino indique que les démarches se poursuivent activement : « Ce n'est pas fini parce qu'il y a des projets. On a eu une réunion avec la Région avec les salariés et quelques potentiels repreneurs [...]. Fibre Excellence, c'est 260 à 270 emplois directs et 5 000 emplois induits. Ce qui nous manque, c'est la reprise par un papetier, et c'est ce qu'on est en train de chercher. » 

Avenir industriel et transition énergétique

Marc Pietrosino pointe un manque critique de vision à long terme de la part de l'État dans la gestion des infrastructures stratégiques :  « À long terme, la France n'a plus de vision industrielle et c'est ça le plus inquiétant. Ça nous met en position de dépendance envers d'autres pays et c'est assez dangereux au niveau de l'emploi et de notre souveraineté. »

Sur la question de la ligne Très Haute Tension (THT) destinée à décarboner la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer, la CGT 13 réaffirme son soutien à la réalisation du projet : « Si on veut décarboner l'industrialisation, on est obligé d'avoir la THT. Une industrie plus noble, plus vertueuse sur le plan écologique protégera la santé des salariés. Pour nous, il faut qu'une industrie coche les trois cases : emploi, santé des salariés et écologie. »

 

Prix de l'énergie et mouvements citoyens

Face à la flambée du prix des carburants et aux appels à la résurgence d'actions citoyennes, Marc Pietrosino plaide pour des mesures d'urgence :

  • Rattrapage salarial : « Le premier axe, c'est de rattraper sur les salaires, que les salaires soient vraiment indexés sur l'inflation. »

  • Souveraineté énergétique : un blocage des prix et une réflexion approfondie sur la dépendance aux énergies fossiles et la nationalisation des acteurs stratégiques.

À propos des convergences possibles avec les mouvements d'ex-Gilets jaunes ou de citoyens mobilisés contre la vie chère, le secrétaire départemental indique que la porte de la CGT reste ouverte : « À partir du moment où on est sur les mêmes revendications, au plus on sera nombreux, au mieux ça sera. »

 

Face au Rassemblement National : la clarté des combats

En conclusion de l'interview, Marc Pietrosino aborde la situation politique et les tentatives d'implantation du Rassemblement National dans le monde du travail. « On est dans une période idéologique très troublée [...]. Il y a une ligne pseudo-sociale qui a été faite par Marine Le Pen qui peut faire dire à certains que le Rassemblement National a changé [...]. On sait, de par l'histoire, de par nos pratiques, que ce parti n'a pas changé et qu'il sera toujours l'ennemi des employés, des salariés, des syndiqués. »

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