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« On se trouve face à des murs » : trois ans après le drame de la rue Tivoli, la colère sourde des sinistrés

3min

Par Maritima 10/04/2026 à 09:07

Ce 9 avril 2026 a marqué un triste anniversaire à Marseille. Trois ans jour pour jour après l’explosion au gaz qui a coûté la vie à huit personnes rue Tivoli, l'émotion reste intacte. Mais au-delà du recueillement, c’est un sentiment d’abandon et de découragement qui domine chez les rescapés et les voisins. Entre lenteurs judiciaires et impasses avec les assurances, le quotidien des victimes ressemble à une « double peine ». Maritima était sur place.

L'air était lourd, ce jeudi soir, rue de Tivoli. Sur les lieux du drame, là où la poussière et le chaos régnaient il y a trois ans, les visages étaient marqués. Si le quartier a retrouvé un semblant de calme, les cicatrices, elles, sont loin d'être refermées. Pour les membres du collectif « Tivoli 9 avril », cet hommage annuel était nécessaire, mais il était aussi le rappel cruel d'une attente qui n'en finit plus.

 

« L'impression d'avoir été un peu abandonnés »

Pour Jalila Simaan, membre active du collectif, la tristesse se double d'une amertume grandissante. « D’abord aujourd’hui, c’est beaucoup de tristesse parce qu’on se rappelle ces terribles moments, et on pense aux victimes et à leurs proches », confie-t-elle au micro de Didier Gesualdi.

Mais très vite, les mots laissent place au constat d'un combat administratif épuisant. « Je pense qu’il y a beaucoup de désabusement et de découragement. Le sentiment qui prédomine, c’est l’impression d’avoir été un peu abandonnés », lâche-t-elle. Elle pointe notamment du doigt la fin de certains dispositifs de soutien : « L’accord-cadre qui est définitivement enterré, le CLAVE (Comité Local d'Aide aux Victimes) qui est fini... C’est vrai qu’il y a beaucoup de découragement. »

 

Le mur des assurances et le silence des institutions

Si l'enquête a désormais confirmé que l'explosion s'est produite entre le rez-de-chaussée et le premier étage, les responsabilités pénales, elles, ne sont toujours pas établies. Cette incertitude juridique bloque de nombreux dossiers d'indemnisation.

« Dans ces moments d’accident collectif, quand il y a besoin d’avoir l’assurance derrière soi, c’est là qu’on se trouve face à des murs », déplore Jalila Simaan. « C’est assez décourageant, surtout que pour certaines des assurances mises en cause, ou qui ne réagissent pas, j'avais toujours trouvé qu'elles étaient à nos côtés. On est surpris par ce genre de choses. »

Emmanuelle Chapelin, également membre du collectif, confirme cette paralysie. Pour certains immeubles, comme le numéro 41, le temps semble s'être arrêté au matin du 9 avril 2023. « C’est une lenteur... au 41, je pense qu’ils ne s’en sortent pas. Les assurances ne font rien, on n’a pas vraiment de nouvelles, mais je sais qu’ils sont vraiment pas bien », explique-t-elle. « Tant que ça ne nous arrive pas, on ne sait pas, en fait, tout ce cheminement d’assurance, les papiers, les murs qu’on a en face. »

 

« C'est notre rôle » : une plaque pour ne jamais oublier

Faute d'une réponse institutionnelle à la hauteur de leurs attentes, les familles et les sinistrés ont décidé de prendre les devants. C’est le collectif lui-même qui a pris l'initiative d'installer une plaque commémorative sur les lieux.

Pour Emmanuelle, dont les souvenirs de la nuit du drame restent brûlants — « J’ai été réveillée dans la nuit par une voisine... je n'étais pas sur place mais je n'ai pas pu dormir de toute la nuit » — cet acte symbolique était indispensable. À la question de savoir s'il est normal que les familles s'en chargent elles-mêmes, sa réponse est limpide : « Oui, parce qu’on est quand même, on habite ici, on l’a vécu, ça nous a touchés... c’est notre rôle, je pense. »

Trois ans après, la rue Tivoli attend toujours que justice soit faite et que la reconstruction, tant matérielle que psychologique, puisse enfin commencer pour de bon.

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