Martigues
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Société
"Il me réconforte" : quand ChatGPT remplace le meilleur ami ou le psy pour les ados. Enquête à Martigues3min
Par Maritima 19/01/2026 à 06:30
C’est une relation d’un nouveau genre qui s’installe dans la poche de nos ados. Initialement conçu pour rédiger des textes ou résoudre des équations, ChatGPT est devenu pour certains bien plus qu'un assistant scolaire : un confident. Devant le lycée Langevin à Martigues, les langues se délient sur cet usage inattendu de l'intelligence artificielle. Phénomène de mode ou symptôme d'une solitude ? Maritima a mené l'enquête.
"Une de mes amies raconte toute sa vie à ChatGPT, du personnel ou autre...". Manon, lycéenne martégale, ne semble pas choquée outre mesure. Pour sa génération, converser avec une machine est devenu naturel. Si elle l'utilise surtout pour ses cours, elle observe autour d'elle une dérive vers l'intime.
"C'est un peu malsain parce qu'elle a l'avis d'un objet, pas de quelqu'un de réel", juge-t-elle, conseillant plutôt à son amie "d'aller voir un psy ou quelqu'un fait exprès pour ça".
"Il me réconforte, il m'aide à réfléchir"
Pourtant, pour Imane, une autre lycéenne rencontrée à la sortie des cours, l'IA joue un rôle de béquille émotionnelle assumé.
"Des fois il me réconforte, des fois il m'aide à réfléchir, à me poser des questions", avoue-t-elle sans détour.
En cas de stress ou d'angoisse, l'intelligence artificielle devient une oreille attentive, disponible 24h/24, sans jugement. "La plupart que je connais, ils se confient toujours à ChatGPT, c'est toujours le premier truc", confirme-t-elle.
Cette disponibilité immédiate est la clé du succès. Pas de rendez-vous à prendre, pas de regard à affronter. Benjamin, lui, reste pragmatique : "Je lui demande des trucs un peu nuls, des textes pour mon diplôme", mais il comprend que l'on puisse basculer. "C'est un peu triste de se confier à un robot quand même, non ?", s'interroge-t-il, soulignant le manque d'interaction humaine réelle.
L'analyse de la psy : "Une réponse 'yaourt' qui ne gratte pas"
Dorothée Bruni, psychologue et psychothérapeute à Martigues, reçoit régulièrement des adolescents. Si aucun ne lui a encore avoué "tromper" sa thérapie avec ChatGPT, elle n'est pas surprise par le phénomène.
"L'ado qui va se confier à ChatGPT, il va le faire sur un mouvement d'urgence, souvent la nuit, quand il est seul face à soi", analyse-t-elle.
Pour la professionnelle, l'IA agit comme un pansement, une "réponse yaourt" : "C'est un peu plaqué. 'Je comprends, tu as raison'... Ça maintient l'adolescent dans un entre-soi où ça ne vient pas trop gratter, creuser".
Contrairement à un ami ou un thérapeute qui peut confronter, questionner ou déranger pour faire avancer, l'IA risque d'enfermer le jeune dans ses certitudes ou ses angoisses.
Un danger ou une première étape ?
Faut-il s'inquiéter ? Pas forcément, nuance Dorothée Bruni. "Ça peut être perçu comme une première étape". Oser formuler ses problèmes par écrit à une machine peut être le prélude à une vraie demande d'aide.
"Quand je suis un peu plus assuré, je vais aller poser cette réflexion à un autre : un pote, un adulte, un psy", explique-t-elle.
Le risque principal réside dans l'enfermement. Si ChatGPT remplace toute interaction humaine, c'est un signal d'alerte. Mais utilisé comme un journal intime 2.0, il témoigne surtout d'un besoin immense d'écoute chez les jeunes. "Ce qui paraît très idéal, il faut souvent s'en méfier", conclut la psychologue, rappelant que rien ne remplace la complexité et la chaleur d'une relation humaine, même imparfaite.
Nous avons d'ailleurs demandé à ChatGPT ce qu'il pense des gens qui se confient à lui, il nous a répondu : "Je pense que c'est une bonne chose, à condition de ne pas oublier que je ne remplace ni un proche, ni un professionnel".
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