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VTC à Marseille : « 12 000 fausses cartes par an », Sabrina Sabena alerte sur un système « catastrophique »

3min

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Par Sandrine Calvayrac12/08/2026 à 18:10

Fraudes aux cartes professionnelles, examen jugé trop facile, concurrence massive et chauffeurs qui s’endettent : le secteur des VTC est-il en train de craquer ? Invitée de Maritima ce midi, Sabrina Sabena, présidente de l’Union VTC, dresse un constat particulièrement sévère. Selon elle, la suppression de l’accès au métier par équivalence ne suffira pas à assainir la profession.

Le gouvernement vient de fermer une porte largement critiquée par les professionnels : l’accès à la profession de chauffeur VTC par « équivalence ». Désormais, l’examen devient la voie d’accès à la carte professionnelle.

Une mesure destinée notamment à lutter contre la fraude. Mais pour Sabrina Sabena, présidente de l’Union VTC, présente dans les Alpes-Maritimes, le Var et depuis un an dans les Bouches-du-Rhône, le problème est beaucoup plus profond.

Invitée ce midi sur Maritima, elle juge la réforme « totalement insuffisante au vu de ce qu’il se passe aujourd’hui ».

 

VTC : jusqu’à « 12 000 cartes par an » obtenues avec de faux documents ?

C’est le chiffre choc avancé par Sabrina Sabena : entre 10 000 et 12 000 cartes professionnelles VTC seraient obtenues chaque année grâce à de faux documents.

La présidente de l’Union VTC décrit un véritable marché parallèle qui aurait prospéré notamment sur les réseaux sociaux.

« Sur Facebook, Instagram ou Snapchat, on vous proposait, moyennant 3 000 ou 4 000 euros, des fausses fiches de paie et des faux certificats de travail pour déposer des dossiers en préfecture. On parle de 10 000 à 12 000 cartes professionnelles obtenues chaque année par de faux documents », affirme-t-elle au micro de Sandrine Calvayrac.

Face au nombre de dossiers, les services préfectoraux n’auraient, selon elle, pas toujours les moyens de procéder à des vérifications suffisamment poussées. Résultat : des personnes auraient ainsi pu intégrer la profession alors qu’elles « n’auraient jamais dû obtenir leur carte ».



« Un niveau catastrophique » : l’examen VTC dans le viseur

La fin des équivalences ne règle toutefois pas tout. Car Sabrina Sabena s’attaque désormais à l’examen VTC lui-même, dont elle juge le niveau beaucoup trop faible.

« L’examen est à un niveau juste catastrophique. Pour certaines matières, la note éliminatoire est à 4, voire 6 sur 10. C’est inacceptable. »

Autre problème soulevé par l’Union VTC : aucune formation préalable obligatoire n'est imposée pour se présenter à l’examen.

« Aujourd’hui, on peut devenir VTC en candidat libre, sans aucune formation obligatoire. Beaucoup pensent qu’avoir un permis B suffit pour emmener des gens d’un point A à un point B. C’est le phénomène de l’ubérisation », déplore Sabrina Sabena.

L’organisation réclame donc le retour d’une véritable formation obligatoire, sur le modèle de ce qui existait auparavant auprès des Chambres de Métiers.

Marseille : trop de chauffeurs VTC pendant l’été ?

À Marseille et plus largement dans le sud de la France, une autre problématique inquiète les chauffeurs locaux : l’afflux de VTC pendant la saison estivale.

Sabrina Sabena évoque un « phénomène migratoire » de chauffeurs venant d’autres régions, notamment du nord de la France, pour travailler quelques semaines ou quelques mois à Marseille et sur la Côte d’Azur lorsque la demande touristique explose.

Une concurrence difficile à supporter pour les professionnels locaux, qui doivent assumer leurs assurances, véhicules et différentes charges tout au long de l’année.

À Marseille, l’obligation du macaron, renforcée dans le contexte des contrôles de l’Urssaf, aurait néanmoins permis de limiter une partie du phénomène.

 

Uber et plateformes : « Vous ne gagnez pas votre vie, vous vous endettez »

Mais le constat le plus inquiétant concerne peut-être les revenus.

Pour Sabrina Sabena, vivre uniquement des plateformes VTC est devenu extrêmement difficile en 2026.

« Quand vous êtes un travailleur de plateforme, vous ne gagnez pas votre vie. C’est une source d’endettement. »

En cause notamment : les charges, les commissions des plateformes et surtout le coût des véhicules. De nombreux chauffeurs se seraient engagés dans des contrats de leasing qu’ils doivent continuer à rembourser, même lorsque leur activité ne leur permet plus de dégager suffisamment de revenus.

« Beaucoup s’accrochent car ils ont pris des leasings sur leurs véhicules. Il leur reste un an ou un an et demi de contrat, ils ne peuvent pas rendre la voiture après un tel investissement. Mais être VTC en règle sur une plateforme aujourd’hui, ce n’est plus rentable », assure la présidente de l’Union VTC.



Pour les VTC, la clientèle privée devient indispensable

Dans ce contexte, les chauffeurs qui parviennent encore à tirer leur épingle du jeu sont, selon Sabrina Sabena, ceux qui ont réussi à s’affranchir au moins partiellement des grandes plateformes.

Site internet, clientèle personnelle, partenariats avec des hôtels, entreprises ou organisateurs d’événements : développer son propre réseau serait désormais devenu indispensable pour préserver ses marges.

La suppression de l’accès à la profession par équivalence marque donc une première étape. Mais pour l’Union VTC, sans réforme de l’examen, retour d’une formation obligatoire et lutte renforcée contre la fraude, la crise du secteur est loin d’être terminée.

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