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Marseille : "Un mur qui se monte, un mur qui s’effondre", le récit poignant de ce qu'il reste après la colère

3min

Par Maritima 19/03/2026 à 18:18

Près de huit ans après le drame de la rue d’Aubagne et les luttes de la Plaine, la journaliste Chrystèle Bazin et la photographe Agnès Mellon publient "Marseille, ce qu’il reste de la colère". Un ouvrage nécessaire qui documente la transformation brutale du centre-ville et l’urgence du mal-logement. Dans le cadre du "Fil rouge" du jour sur Maritima radio, notre reporter Michel Montagne a rencontré les autrices sur les lieux mêmes de cette histoire brûlante. Reportage.

L’ambiance est à l'émotion ce matin au cœur du quartier de Noailles. Devant la "dent creuse" de la rue d’Aubagne, là où le vide a remplacé la vie le 5 novembre 2018, c'est là que Michel Montagne a terminé son rendez-vous Fil Rouge en compagnie de ses deux invvitées du jour Agnès Mellon et Chrystèle Bazin.

Vingt ans après avoir été monitrice de voile à Martigues, Agnès Mellon, aujourd'hui photographe et plasticienne, s'est associée à la journaliste et artiste sonore Chrystèle Bazin pour livrer un ouvrage bilan sur une période charnière de l'histoire marseillaise.

 

 

Le paradoxe des deux murs

Le livre retrace une chronologie frappante, de la rénovation contestée car très coûteuse de la place Jean-Jaurès (La Plaine) en 2018 jusqu'au récent procès de la rue d'Aubagne. Chrystèle Bazin souligne un parallèle qui résume à lui seul la politique de la ville de l'époque : "D’un côté, on construisait un mur [celui de la Plaine, qui a coûté 450 000 euros pour protéger le chantier des nombreux contestataires NDLR] pour une montée en gamme du quartier au profit de futurs habitants. Et une semaine plus tard, à 400 mètres d’écart, un mur s’effondre à Noailles et tue huit personnes. Ce parallèle représentait toute la politique urbanistique de la ville."

 

 

7 000 à 10 000 délogés : le chiffre noir du mal-logement

Au-delà du drame humain, l'ouvrage pointe une crise structurelle. Selon les recherches des autrices, entre 7 000 et 10 000 personnes ont été délogées à Marseille entre 2018 et 2024. Une situation qui alimente une colère sourde face à une "gentrification" qui ne dit pas son nom.

"Le logement social est aujourd’hui majoritairement construit pour des classes moyennes. Les personnes aux revenus très faibles n'y ont pas accès", un paradoxe que déplore Chrystèle Bazin. Agathe Mattei, chargée de mission à la Maison de l'architecture et de la ville, confirme cette prise de conscience : "Cela a contribué à diffuser un sentiment militant parmi les habitants. Il y a un vrai travail à faire sur la réhabilitation du bâti ancien pour que tout le monde puisse être relogé, notamment les plus vulnérables."

 

"Ce qu'il reste" : entre émotion et reconstruction

Sur le site de la rue d'Aubagne, le projet de "couture urbaine" de l'agence Baito est en cours pour reconstituer une façade au 63, 65 et 67. Mais pour Agnès Mellon, le traumatisme reste vif : "C’est toujours une grande étrangeté et beaucoup d’émotion. Je suis face à ces appartements encore vides, insalubres... C'est d'une tristesse. J'ai l'impression de ne pas avoir quitté 2018."

Agnès, habituée à photographier les corps dans la danse contemporaine, a porté le même regard sur les manifestations marseillaises : "Je photographie les corps vivants, les corps déchirés. Ce récit est venu à nous de façon viscérale."

Le livre se veut un outil de mémoire collective. Pour que, derrière les briques neuves de la rénovation, on n'oublie jamais les visages de ceux qui ont payé le prix fort.

 

 

"Marseille, ce qu'il reste de la colère", Chrystèle Bazin et Agnès Mellon, Éditions de l'Atelier. Disponible dans toutes les librairies de la cité phocéenne ou sur équivoque.art le site des autrices 

 

(la sortie du livre était accompagnée d'une triple exposition de photos - librairie Maupetit, Maison de l'Architecture et de la ville et à Rafale, leur atelier rue Pastoret - extraites de l'exposition "La dent creuse, cartographie de la colère" qui avait eu lieu aux Rotatives de la Marseillaise en 2019)

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