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« À 62 ans, on ne peut pas courir après des bandits » : à Marseille, les policiers du syndicat Unité se mobilisent devant l'hôtel de police

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Par Sarah LeGuen15/09/2026 à 17:05

Réunis ce mardi midi devant l’hôtel de police de Marseille, plusieurs centaines de policiers du syndicat Unité ont dénoncé la dégradation de leurs conditions de travail, le manque d’effectifs face à l’ampleur des missions et des inégalités salariales qu’ils jugent de plus en plus difficiles à accepter.

À Marseille, le constat du syndicat Unité est sans appel : les effectifs actuels ne permettent plus de faire face à la réalité du terrain. Alors que la cité phocéenne reste le point chaud de la lutte contre le crime organisé, les policiers dénoncent un décalage criant entre la charge de travail et leurs moyens. « Il manque au moins 500 fonctionnaires aujourd'hui à Marseille », alerte Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité. « Les missions se multiplient : lutte contre le narcotrafic, délinquance de voie publique, violences faites aux femmes et aux enfants.... Mais nous travaillons toujours à effectifs et budget constants. Ce n'est plus possible. »

 

Une « crise des vocations » dans la police

Pour Eddy Sid, cette situation est notamment liée à une désaffection croissante pour la profession. « On a une vraie crise des vocations dans le corps des gardiens de la paix. Il y a deux ans, on voulait recruter 3 000 fonctionnaires, on n'en a trouvé que 2 000. Le métier ne paie plus et nous n'avons jamais eu aussi peu d'effectifs qu'il y a 20 ans, alors que toutes les problématiques sécuritaires ont explosé. »

Parmi les manifestants, un fonctionnaire de police qui cumule plus de deux décennies de service sur la voie publique décrit, lui aussi, une évolution préoccupante de la délinquance à Marseille. « La violence est de plus en plus jeune, les armes sortent plus facilement, pour un rien », confie ce policier chevronné. « La peur du gendarme a quasiment disparu dans les quartiers. Et la peur de la justice a disparu aussi. »

Malgré la détérioration des conditions de travail, il rappelle ce qui le pousse, lui et ses collègues, à enfiler l'uniforme chaque matin : « On est toujours sur le terrain pour aider les victimes, parce que c'est notre devoir et notre leitmotiv. On est là pour les citoyens. »

 

Le sentiment d'un « mépris de classe »

Au cœur des revendications figure la revalorisation financière et la reconnaissance de la pénibilité. Le syndicat pointe également du doigt l'augmentation des arrêts maladie, des démissions et des suicides au sein des forces de l'ordre. Mais surtout, Unité réclame notamment le passage de la prime de risque de 28,5 % à 35 %, une promesse formulée avant la démission du précédent gouvernement mais bloquée selon eux par l'exécutif. Mais aussi, des aménagements pour les fins de carrière. « On demande le déblocage des bonifications pour pouvoir partir un an plus tôt », insiste Eddy Sid. « C'est factuel : à 62 ans, on ne peut plus courir après des bandits. »

C'est également l'écart de traitement entre la base et la hiérarchie qui passe mal. L'attribution d'augmentations salariales conséquentes aux hauts fonctionnaires suscite une profonde amertume dans les rangs. « On nous parle d'austérité permanente à Matignon et à Bercy quand il s'agit de la base », s'insurge le porte parole. « Mais dans le même temps, on valide des augmentations stratosphériques de 1 300 € par mois pour le corps des commissaires et des cadres. Unité est le seul syndicat à avoir voté contre. Pour nos collègues sur le terrain, c'est vécu comme un véritable mépris de classe. »

Le policier de terrain abonde dans son sens : « Si on augmente les chefs, il faut que la base soit reconnue financièrement. On est sur le même bateau : nous on rame parce que c'est notre travail, eux sont là pour diriger. Mais il faut que ça ruisselle, on ne prendra pas que des miettes. »

 

 « Deux tiers des Français aiment leur police »

Face aux critiques récurrentes sur l'image des forces de l'ordre, Eddy Sid tient enfin à rappeler l'attachement des citoyens envers leurs policiers, citant les retours du quotidien et les récentes enquêtes d'opinion. « Deux tiers des Français aiment leur police. Il y a une ultra-minorité très forte en communication qui nous attaque, mais moi je préfère écouter la majorité silencieuse qui nous apporte son soutien spontané dans la rue chaque jour. »

Alors que des rassemblements similaires se sont tenus dans d'autres villes comme Paris, Nice, Toulon ou Le Havre, le syndicat Unité prévient : sans réponse claire et rapide de leur ministère de tutelle et de Matignon, la mobilisation pourrait se durcir dans les prochaines semaines.

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