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« Tout le monde est en colère » : à Marseille, le rideau tombe sur le Marché du Soleil et plonge le quartier dans l’incertitude3min
Par Maritima 05/02/2026 à 11:20
Fermé pour six mois suite à une vaste opération anti-contrefaçon, ce bastion du commerce populaire laisse derrière lui 160 vendeurs sans étals et leur clientèle.
Le bouillonnant Marché du Soleil, institution marseillaise née dans les années 80 au sein d’une ancienne halle aux grains, a cessé son activité. Sur décision préfectorale, les portes de ce labyrinthe de box et d’étals resteront closes pour au moins six mois. Depuis lundi, un ballet de camions évacue les stocks des 160 vendeurs qui occupaient les lieux, sous l’œil des autorités qui dénoncent une dérive « exponentielle » vers le commerce de marchandises contrefaites et des soupçons de blanchiment d’argent. Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, martèle qu'il faut « instaurer un nouveau rapport à la loi ». En parallèle l'impact humain et économique sur le quartier s'annonce néfaste.
« Le chiffre descend » : la fermeture impacte l’économie du quartier
Pour les commerces adjacents, la fermeture n’est pas qu’une affaire de douane ; c’est une perte vitale de flux. Une commerçante installée à proximité témoigne de la brutalité du choc : « Bien sûr, le chiffre a descendu. Il n’y a plus de clients. Les salariés ont diminué. ». Pour elle, le marché était le moteur qui drainait les visiteurs de l'extérieur vers toutes les boutiques alentour.
L’inquiétude gagne les esprits, car au-delà des chiffres, c’est la survie des familles qui est en jeu. « Ça fait de la peine pour les gens aussi qui travaillent à l'intérieur. Il y en a pour qui c'était leur pain, c'est des mères de famille… ». Cette situation sociale précaire nourrit un sentiment d'injustice chez ceux qui estiment que la lutte contre l'illégalité ne devrait pas « pénaliser tout le monde », rappelant qu'une partie des commerçants travaillaient « dans la régularité ».
La disparition d’un recours contre la vie chère
Pour les habitués, le Marché du Soleil représentait bien plus qu’un simple lieu de commerce : c’était un rempart indispensable contre la précarité. Fatima, 50 ans, qui fréquente les allées du marché depuis l'enfance, confie son émotion face aux grilles closes : « Ça me désole. Ça me désole parce que […] j'ai des enfants, donc je leur achetais les baskets, les chaussures ». Pour cette cliente fidèle depuis presque 30 ans, le marché était une solution concrète pour l’équipement de la famille, mais aussi pour son activité professionnelle de vente de gâteaux.
La fermeture est perçue comme un coup de massue pour le pouvoir d’achat des Marseillais, mais aussi pour des familles venant de bien plus loin. « Il y avait des gens, des cars qui venaient de Lyon, de très loin pour venir habiller les enfants pour la rentrée scolaire parce que voilà, c'est la galère pour tout le monde », rappelle Fatima. Si les autorités ciblent la contrefaçon, la cliente souligne la dimension humaine et conviviale du lieu : « C'était un endroit convivial, c'était des jeunes qui étaient agréables, il n'y avait pas que des voleurs, faut arrêter ». Aujourd'hui, l'alternative des grandes enseignes ne semble pas être une option viable : « Les baskets, ben qu'est-ce que vous voulez, on ira à Décathlon ou pas... on achètera... c'est pas les mêmes prix ».
Le spectre d'un Ramadan sans revenus
La fermeture intervient à un moment critique : l'approche du Ramadan et de l'Aïd, périodes de pic d'activité cruciales. « Le Ramadan c'est notre chiffre d'affaires, il y a énormément de monde », souligne une commerçante.. « On vient acheter de la vaisselle, on vient acheter des vêtements pour l'Aïd. Parce que forcément il y en a qui n'ont pas les moyens d'aller s'acheter une paire de TN à 300 à 200 euros ».
Certains craignent même que cette précarité soudaine n'alimente la délinquance. La commerçante lance une mise en garde amère : « Prenez un adolescent qui constate que le marché est fermé, il veut une paire de baskets à 200 euros qu’il ne peut plus s'acheter au marché à 30 euros, il va les voler ».
Face au vide laissé par la halle physique, les vendeurs s’organisent sur le web. Sur les réseaux sociaux, des vidéos générées par IA font leur apparition pour rediriger les clients vers des commandes en ligne, signe que l'écosystème du « Soleil » tente de survivre. La possibilité de se mobiliser dans les rues est évoquer à mi-voix dans les commerces.
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