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Crise de la pêche : « Le carburant est le nerf de la guerre », Ange Natoli (Port-de-Bouc)3min
Par Manuel Danloy18/09/2026 à 17:02
Après le blocage symbolique du dépôt pétrolier de Fos mardi dernier, et des blocages à Nice ou encore Frontignan cette semaine également, la tension retombe d'un cran en Méditerranée, mais la vigilance reste totale. Après six heures de négociations intenses à Paris avec la ministre déléguée à la Mer, Catherine Chabaud, les pêcheurs ont accepté hier de lever les barrages. Ange Natoli, patron-pêcheur à Port-de-Bouc et l'un des représentants de la délégation, s'est confié au micro de Maritima sur les avancées obtenues et l'avenir incertain d'une profession en survie.
Le dialogue est renoué, mais le compte n'y est pas encore tout à fait. Invitée de la rédaction de Maritima ce midi, Ange Natoli est revenu sur le marathon diplomatique vécu à Paris. Si les pêcheurs de Méditerranée ont accepté de suspendre leurs actions, c’est avant tout pour laisser une chance à la concertation de terrain : la ministre se rendra en effet à Sète ce lundi pour poursuivre les échanges.
« Nos trésoreries ont fondu complètement »
Au cœur de la colère : le prix du gazole, qui étrangle les entreprises de pêche depuis plusieurs mois. « Le carburant, c’est le nerf de la guerre pour les chalutiers », martèle Ange Natoli. « C’est ce qui nous permet de travailler et de vivre. Il y a cinq mois de cela, le poste carburant représentait 30 % du chiffre d’affaires. Il est passé dans un premier temps à 50 %, puis à 70 %. »
Cette explosion des coûts a provoqué un effet domino dévastateur : « Les trésoreries ont fondu complètement et c’est devenu rapidement impossible de dégager un salaire décent pour nos marins. »
Une aide au carburant portée à 35 centimes
La réunion parisienne a permis de clarifier les dispositifs d'urgence. Le mécanisme de compensation, validé par l'Europe, prévoit de prendre en charge 70 % du "delta" entre le seuil de rentabilité d'un bateau (fixé à 58 centimes le litre) et le prix moyen constaté dans les ports.
« Mécaniquement, par l’augmentation du prix du gasoil, l’aide a augmenté. Elle est passée de 25 à 35 centimes par litre », explique le représentant port-de-boucain. Si cette annonce apporte un souffle d'oxygène, Ange Natoli reste prudent : « On a pu bénéficier d’une oreille très attentive de la part de Madame la ministre, qui nous a fait des promesses. Certes, cela ne résout pas tous les problèmes de la pêche, mais cela va nous permettre de reprendre la mer dans les plus brefs délais. »
De 180 à 40 chalutiers : une profession qui s'effrite
L'interview a également été l'occasion de rappeler la fragilité structurelle de la filière en Méditerranée. Les chiffres cités par Ange Natoli sont alarmants : « Quand j’ai commencé en 2001, nous étions environ 180 chalutiers. Aujourd’hui, de la frontière italienne à la frontière espagnole, nous ne sommes plus que 40. »
Face à ce déclin, les pêcheurs attendent désormais que les promesses se traduisent par des actes concrets et rapides. « Le terrain actuellement en France est tellement fertile qu’il suffit de semer la moindre graine de folie pour récolter les champs de la révolte. À nous de rester vigilants », conclut-il avec fermeté.
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