Aix-en-Provence
-
Éducation
« Pour ne pas être jetée dans l’océan » : à Aix, la Résidence de la Réussite lutte contre l'isolement étudiant2min
Par Norhène Ouerfelli03/09/2026 à 06:23
À la résidence universitaire de l’Arc de Meyran, un étage entier est désormais dédié à la « Résidence de la Réussite ». Entre tutorat par les pairs et lutte contre l'isolement, ce dispositif porté par le CNOUS et le CROUS Aix-Marseille vise à sécuriser le parcours des étudiants de première année, souvent bousculés par l'entrée à l'université.
La transition entre le lycée et l'enseignement supérieur est une zone de turbulence. Entre la gestion d'un budget serré, l'éloignement familial et les nouvelles exigences académiques, de nombreux étudiants décrochent dès le premier semestre. Pour contrer ce phénomène, les « Résidences de la Réussite » (RR) se multiplient. Cette année, 12 nouvelles structures ouvrent leurs portes, portant le total à 17 sur l'ensemble du territoire national.
Le logement : « plus de la moitié du budget mensuel »
Pour Bénédicte Durand, présidente du CNOUS, l'enjeu est avant tout social. « Notre métier, c’est d’accueillir les étudiants, de les loger. On sait que le logement, c’est plus de la moitié du budget mensuel », explique-t-elle. En ciblant prioritairement les étudiants boursiers en situation de fragilité, le CNOUS veut transformer le dortoir en un véritable lieu de vie et d'apprentissage.
L’objectif est clair : d’ici 2028, chaque académie devra disposer d’au moins une Résidence de la Réussite. « Il s'agit d'une démocratisation réelle de l'enseignement supérieur », souligne Bénédicte Durand.
« Ne pas être jetée dans l'océan » : le témoignage des premières années
Pour les nouveaux arrivants, ce dispositif est une bouée de sauvetage. Inès-Lou, étudiante en double licence droit-lettres venue de Valence, voit dans cette résidence un véritable « privilège ». Pour elle, quitter le cocon familial est un choc : « C’est la première fois que je quitte mes parents, ma maison, mes petites habitudes. Être entourée par des adultes et des tuteurs qui ont à peu près mon âge, ça permet de ne pas être trop jetée dans l'océan et d'avoir des repères. »
Même constat pour Manoé, arrivé de Guadeloupe pour sa licence 1. « Souvent, quand on arrive en L1, on n’est pas assez accompagné. Avoir cette relation avec un tuteur qui a de l’expérience à l’université, c’était vraiment intéressant pour moi », confie-t-il.
Le tutorat : 4 heures par semaine pour transmettre les clés du succès
Le cœur du réacteur des Résidences de la Réussite repose sur l'engagement d'étudiants plus expérimentés, les tuteurs. À Aix-en-Provence, le modèle du binôme ou du trinôme est privilégié pour éviter un face-à-face trop pesant.
Nathan, tuteur en L3 Économie-Gestion, explique sa motivation : « C’est surtout pour aider les L1 à s’intégrer, à trouver des amis avec qui ils correspondent. Quand on vient de loin, on est un peu tout seul, on est perdu. Parfois, on a envie d’arrêter ses études. Notre rôle est de les aider à surmonter cette étape. » Alexandre, tuteur en 4ème année, se souvient de ses propres débuts difficiles : « Quand je suis arrivé en L1, j'ai eu la chance de rencontrer des étudiants en Master qui m'ont aidé et m'ont donné des méthodes. Je voulais retransmettre ce qu'on m'avait donné. » Avec un engagement de 4 heures par semaine, les tuteurs ne se contentent pas d'aider pour les devoirs : ils partagent leur méthodologie, leurs bons plans et luttent activement contre la solitude de leurs cadets.
Une ambition nationale contre le décrochage
Les chiffres de la recherche sont formels : l'isolement est l'un des facteurs majeurs du « sur-échec » en première année, particulièrement chez les boursiers.
« Les conditions de l’accueil sont tout aussi déterminantes que les cours pour lutter contre ce décrochage », affirme Bénédicte Durand. Pour preuve de cette volonté d'innover, une résidence thématique « Filles et Sciences » ouvrira prochainement à Paris, pour encourager les jeunes femmes boursières à s'engager dans des parcours scientifiques longs et souvent masculinisés.
En transformant le CROUS en un acteur de l'accompagnement pédagogique, les Résidences de la Réussite prouvent que bien dormir est une chose, mais bien vivre sa vie d'étudiant en est une autre, indispensable à l'obtention du diplôme.
A lire aussi
France
-
Éducation
Le coût de la rentrée étudiante en hausse de 25 % en six ans, alerte la Fage
Istres
-
Éducation
"Chocolat Littéraire" une autre façon d'apprendre au collège !
Marseille
-
Éducation
"Mon futur métier ? Piloter de gros bateaux" : rentrée passionnée à l’ENSM Marseille
Marseille
-
Éducation
Marseille : le kit gratuit de fournitures scolaires passe de 85 à 110 euros cette rentrée

