LogoMaritima
LogoMaritima

Marseille

-

Éducation,

L'invité(e) de la rédaction

Crise lycéenne et étudiante : Éric Berton président d’Aix Marseille Université réclame des moyens pour le public

3min

image

Par Didier Gesualdi28/10/2026 à 18:25

Après les annonces de l'exécutif pour tenter d'éteindre la fronde lycéenne et étudiante, le président d'Aix-Marseille Université (AMU), Éric Berton, était notre invité ce matin sur Maritima Radio. S’il salue « une première avancée » sur le bâti, les bourses et les places en IUT/BTS, le patron de la plus grande université francophone réclame des postes d'enseignants, dénonce l'essor du « privé lucratif » et appelle à l'apaisement face à l'angoisse grandissante des étudiants.

Après un mois de blocus, de manifestations et de tensions dans les établissements scolaires et universitaires, le gouvernement a abattu ses cartes : refonte puis fin programmée de Parcoursup, indexation des bourses sur l'inflation, rénovation du bâti et création de 15 000 places dans l'enseignement supérieur. Des gestes attendus mais jugés encore insuffisants par plusieurs organisations syndicales.

Quelle est la lecture du président d'Aix-Marseille Université (environ 80 000 étudiants) ? Pour Éric Berton, ces mesures constituent indéniablement un signal positif, mais elles ne résoudront rien sans une réelle ambition budgétaire et humaine pour l'université publique.

 

« Des annonces importantes », mais un simple premier pas

Interrogé d'emblée sur l'ampleur de la réponse gouvernementale, le président d'AMU refuse de bouder les avancées obtenues : « D'abord, ce sont des annonces importantes avec des vraies avancées, notamment sur le bâti, sur l'indexation des bourses sur l'inflation, il y a aussi les 15 000 places supplémentaires. C'est une première avancée, moi je salue ces mesures, elles vont dans le bon sens. Elles doivent permettre de continuer le dialogue pour encore améliorer les choses, mais dans une ambiance peut-être plus apaisée. »

Pour autant, le compte n'y est pas encore totalement selon lui : « C’est un premier pas qui va dans le bon sens, mais il faut à mon avis aller beaucoup plus loin et c’est tout un modèle de société. Est-ce qu’on veut des universités publiques pour former notre jeunesse ? Parce que moi, je crois que l’université doit accueillir toute la jeunesse. »

 

Parcoursup et le fléau des « écoles parasites » du privé lucratif

Sur la suppression annoncée de Parcoursup, souvent décrié comme une « machine à trier », Éric Berton rappelle d'abord la réalité vécue par les familles : « Parcoursup n'est qu'un outil. C'était aussi un vecteur d'angoisse pour les parents, on y est tous passés avec nos enfants et c'est quand même un vrai moment délicat. C'est surtout pour ça qu'il a fallu l'enlever. Mais l'orientation doit se faire bien en amont du lycée, dès le collège, pour commencer vraiment à faire connaître les métiers et les formations. »

Mais le président d'AMU pointe surtout l'effet pervers majeur généré par le système ces dernières années : la prolifération d'organismes privés opportunistes profitant du désarroi des recalés. « Une conséquence de Parcoursup a favorisé l'émergence du privé lucratif qui n'est pas souvent sérieux. Alors, il y a des écoles privées qu'on connaît qui sont sérieuses, mais il y a tout aussi des écoles parasites, on va dire, qui sont juste là pour donner à des étudiants une formation qui n'amènera pas grand-chose. Et les parents parfois s'endettent, des étudiants s'endettent pour aller dans ces formations-là. Je pense qu'il vaut mieux mettre de l'argent et développer l'enseignement supérieur public. On est évalué, on s'appuie sur la recherche et ça, c'est aussi important. »

 

15 000 places supplémentaires : « Il faut des professeurs devant les étudiants »

Parmi les arbitrages gouvernementaux figure la création de 15 000 places ciblées, notamment en IUT et en BTS, censées désengorger les premiers cycles. Une mesure saluée par Éric Berton, sous réserve que l'État finance les postes indispensables pour encadrer ces nouveaux arrivants : « Le fait de mettre des places en IUT et dans les BTS, c'est une bonne chose. Mais il faut choisir le modèle de l'université publique pour former la jeunesse qui est notre futur. Donc oui, il faut des postes en plus, bien évidemment ! Puisque si on doit accueillir des étudiants, il faut aussi mettre devant les étudiants des professeurs, et ça c'est aussi important. »

 

« Jeunesse 2027 », blocages et alerte sur la santé mentale

Au-delà de la crise immédiate, le président d'Aix-Marseille Université s'implique dans le débat public national. À travers l'initiative Jeunesse 2027, lancée sur le territoire provençal, l'université a mobilisé des centaines d'étudiants accompagnés d'enseignants-chercheurs : « Nous, on se bat à notre échelle. On a créé le mouvement Jeunesse 2027 : 200 jeunes ont fait des propositions en profitant des experts d'Aix-Marseille Université pour pouvoir interpeller les différents candidats à l'élection présidentielle. C'est passé par un sondage auprès de 3 000 jeunes Français, soutenu par HugoDécrypte et Ipsos. C'est le moment de faire entendre cette jeunesse avec des propositions concrètes et originales pour améliorer leur quotidien. »

Alors que les mobilisations se poursuivent dans plusieurs établissements de la région, Éric Berton lance enfin un appel à la reprise d'un dialogue serein, pointant l'usure psychologique des jeunes : « On a de plus en plus d'étudiants inquiets des blocages et on a de plus en plus d'étudiants qui nous alertent sur leur santé mentale. Il faut maintenant continuer le dialogue de manière très franche, très claire, mais dans un climat apaisé. »

 

Les 4 points clés de l'interview d'Éric Berton sur Maritima

  1. Un premier pas gouvernemental : AMU salue l'effort sur les bourses indexées sur l'inflation, les 15 000 places et le bâti universitaire.

  2. Priorité absolue au service public : financement d'urgence de l'université publique face à la multiplication des « écoles parasites » du privé marchand.

  3. Moyens humains : créer des places en IUT et BTS impose impérativement le recrutement de nouveaux professeurs.

  4. Urgence psychologique : appel à renouer un dialogue franc et apaisé pour préserver la santé mentale et le parcours académique des étudiants.

A lire aussi


Parcoursup remplacé : le vrai du faux avec Marie Illario de L'Étudiant sur Maritima

France

-

Éducation

Parcoursup remplacé : le vrai du faux avec Marie Illario de L'Étudiant sur Maritima

 Crise dans l'éducation : les annonces du gouvernement, « ce sont des miettes » pour un lycéen marseillais

Marseille

-

Éducation

Crise dans l'éducation : les annonces du gouvernement, « ce sont des miettes » pour un lycéen marseillais

Crise dans l'éducation : "Le travail doit reprendre lundi", enjoint le ministre de l'Enseignement supérieur

France

-

Éducation

Crise dans l'éducation : "Le travail doit reprendre lundi", enjoint le ministre de l'Enseignement supérieur

Parcoursup : "évolution forte" pour 2027 "avant un remplacement en 2028"

France

-

Éducation

Parcoursup : "évolution forte" pour 2027 "avant un remplacement en 2028"

93.6 & 87.9 FM

Abonnez-vous à la newsletter
pour suivre notre activité et obtenir des offres