Marseille
-
Éducation
Classes à 36 élèves, manque de postes : à Marseille, la CGT Éducation appelle à une grève massive le 5 novembre3min
Par Sandrine Calvayrac30/10/2026 à 16:01
À quelques jours de la reprise des cours, Marthe Bonifay, enseignante au lycée Denis-Diderot à Marseille et militante CGT Éducation, alerte sur les conditions d’enseignement. Invitée du journal de la mi-journée, le Tout-Info sur Maritima, elle réclame des moyens humains immédiats et appelle les personnels, les jeunes et les parents à se mobiliser le 5 novembre.
L’envie de retrouver les élèves est intacte, mais la colère reste vive. Au lycée Denis-Diderot, dans le 13ᵉ arrondissement de Marseille, Marthe Bonifay aborde la rentrée avec l’amertume laissée par les précédentes mobilisations contre les suppressions de postes.
« L’an dernier, on a fait quand même une grève d’un mois et demi à Marseille contre les suppressions de postes. Dans mon lycée, on a perdu l’équivalent de cinq postes. La seule réponse qu’on a eue, c’est uniquement du mépris et de la répression », dénonce-t-elle.
« Une classe de 36 élèves » : le quotidien sous tension
Pour l’enseignante, les effectifs trop élevés compliquent l’apprentissage et réduisent le temps consacré à chaque lycéen.
« Quand vous devez le vendredi après-midi — je prends le pire des cas — accueillir une classe de 36 élèves pour faire un cours de maths ou de français, tout le monde sait que, dans ces cas-là, personne n’apprend bien. On sait très bien que c’est dans les petits groupes que les élèves travaillent le mieux et que nous pouvons faire le mieux possible notre travail. »
À ces classes chargées s’ajoute, selon elle, un manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Elle cite le cas d’un de ses élèves pour illustrer les difficultés rencontrées.
« J’ai un élève qui n’a que trois heures par semaine d'accompagnement ! Ce qu’il nous faut, ce sont des moyens humains pour qu’on puisse tous et toutes travailler dans de meilleures conditions. »
Marthe Bonifay dénonce également des pratiques hiérarchiques qu’elle qualifie de « management toxique ». Elle affirme que quatre collègues d’écoles primaires d’Aubagne font l’objet de mesures de mise à pied après avoir réclamé un accompagnement des élèves en situation de handicap pendant la pause méridienne et signalé un dysfonctionnement de l’alarme incendie.
Postes, orientation, bâtiments : des annonces jugées insuffisantes
Interrogée sur les réponses du rectorat et du ministère de l’Éducation nationale, la militante syndicale estime que les annonces restent loin des besoins.
Elle oppose ainsi les 500 créations de postes annoncées aux 4 000 suppressions qu’elle dénonce pour l’année précédente. « 500 postes, c’est l’équivalent de cinq profs en plus en moyenne par département. Qui peut croire que ça va répondre au problème des effectifs ? »
L’orientation constitue un autre point de crispation. Marthe Bonifay met en regard les 10 000 places promises en BTS et les 100 000 jeunes qu’elle dit sans affectation. « La jeunesse demande l’abrogation de Parcoursup, que le bac redonne un accès garanti à l’université. Aujourd’hui, un jeune sur trois n’obtient aucun de ses vœux », affirme-t-elle.
La question des bâtiments scolaires et de leur adaptation aux fortes chaleurs revient également dans ses revendications. Selon l’enseignante, 40 millions d’euros manqueraient à une enveloppe de 60 millions initialement promise pour la rénovation thermique des établissements. « L’été dernier, les jeunes ont passé le bac sous près de 40 degrés. On nous avait promis 60 millions pour la rénovation thermique des établissements, ce qui est déjà dérisoire, et on apprend à la rentrée que, sur ces 60 millions, il y en a 40 qu’on n’aura pas ! »
« Des moyens tout de suite »
Pour Marthe Bonifay, les difficultés de l’école relèvent avant tout de choix budgétaires. Elle oppose les moyens consacrés à l’éducation à d’autres dépenses publiques et aux aides aux entreprises. « De l’argent, il y en a dans cette société. Emmanuel Macron a décidé de faire un nouveau porte-avions qui coûte entre 10 et 12 milliards d’euros, on a donné 211 milliards aux grandes entreprises, et aujourd’hui il faut se battre pour avoir 300 euros pour monter un projet pédagogique avec nos élèves ! »
L’enseignante alerte aussi sur les démissions et la perte d’attractivité du métier, qu’elle relie aux salaires et aux conditions de travail. Un épuisement qu’elle rapproche de celui des soignants à l’hôpital. « Ce qu’on veut, ce ne sont pas des miettes ou des promesses à l’horizon 2030, mais des moyens tout de suite : création massive de postes d’enseignants, recrutement massif d’AESH, de psychologues, d’infirmières scolaires. »
Le 5 novembre, un appel à se retrouver dans la rue
La militante CGT Éducation appelle à une mobilisation massive le 5 novembre, au-delà des seuls personnels de l’éducation. « Le 5, il y a une grève générale qui est appelée. Nous invitons tous les parents d’élèves, les lycéens et les travailleurs à être nombreux ensemble dans la rue pour réclamer des budgets pour les services publics et des augmentations de salaire. »
Les chiffres avancés par Marthe Bonifay sur Maritima
-
L’équivalent de cinq postes supprimés l’an dernier au lycée Denis-Diderot, selon l’enseignante.
-
36 élèves par classe dans les situations qu’elle décrit.
-
Trois heures d’accompagnement par semaine pour l’un de ses élèves en situation de handicap.
-
500 créations de postes annoncées, qu’elle oppose à 4 000 suppressions l’année précédente.
-
10 000 places promises en BTS, face aux 100 000 jeunes sans affectation qu’elle évoque.
-
40 millions d’euros manquants, selon elle, sur les 60 millions promis pour la rénovation thermique des établissements.
A lire aussi
Bouches-du-Rhône
-
Éducation
Après les inondations, les écoles des Bouches-du-Rhône rouvrent pour la rentrée
Marseille
-
Éducation
Crise lycéenne et étudiante : Éric Berton président d’Aix Marseille Université réclame des moyens pour le public
France
-
Éducation
Parcoursup remplacé : le vrai du faux avec Marie Illario de L'Étudiant sur Maritima
Marseille
-
Éducation
Crise dans l'éducation : les annonces du gouvernement, « ce sont des miettes » pour un lycéen marseillais

