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Martigues : 1 500 élèves pour 9 surveillants, l’impossible équation du portable interdit au lycée Langevin3min
Par Manuel Danloy01/09/2026 à 06:22
Ce mardi 1er septembre, des millions d'élèves retrouvent les bancs de l’école. Mais derrière l'effervescence de la rentrée, le malaise grandit chez les enseignants. Invitée au micro de Maritima Radio, Manon Ombre, professeure de français au lycée Paul Langevin et représentante de la CGT Éduc'action, dénonce un décalage flagrant entre les annonces ministérielles et la réalité d'un établissement de 1 500 élèves.
L’interdiction du téléphone portable, le nouveau questionnaire sur les violences sexuelles, la baisse des heures d’enseignement… Pour Manon Ombre, cette rentrée 2026 ressemble à une « opération écran de fumée ». Si les intentions affichées par le ministère peuvent paraître louables, leur mise en œuvre sur le terrain à Martigues soulève des questions de fond.
Téléphones interdits : qui va gérer les 1 500 portables ?
C'est la mesure qui fait couler le plus d'encre : la pause numérique totale. Si Manon Ombre reconnaît que l'impact des écrans est réel (certains élèves passant plus de 10 heures par jour sur leur smartphone), elle pointe l'impréparation logistique. « C’est une décision qui peut paraître bonne, mais on ne voit pas comment elle peut être mise en place. On nous pond cette chose et après on nous dit : "Débrouillez-vous". Au lycée Langevin, nous avons 1 500 élèves pour seulement 9 surveillants. Est-ce que ce sont eux qui vont récupérer et gérer les téléphones ? Est-ce que je vais prendre le risque, avec mon salaire, de conserver le téléphone d’un élève et d'en être responsable s'il y a un problème ? »
« On perd 4 heures par élève » : le coût caché des réformes
Au-delà du smartphone, la représentante syndicale s'inquiète de la dégradation constante des conditions d'apprentissage. Selon les graphiques présentés en studio, la courbe des heures d'enseignement est en chute libre depuis la réforme Blanquer. « Nous sommes passés de 32 heures par élève à 28 heures. On perd en moyenne 4 heures. On perd les heures d'accompagnement individualisé qui sont pourtant primordiales pour la réussite des élèves, tout comme l'accompagnement pour les élèves en situation de handicap. »
AESH : un système à bout de souffle
Le sort des AESH (Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap) est un autre point noir de cette rentrée. Manon Ombre cite l'exemple d'une collègue exemplaire, pilier de l'établissement, qui ne perçoit que 1 000 euros par mois. « Elle est présente au quotidien pour aider nos enfants et elle gagne une misère. C'est très difficile pour eux », s'indigne-t-elle.
Violences sexistes et sexuelles : un questionnaire suffisant ?
Sur l'instauration d'un questionnaire annuel destiné à détecter les violences sexistes et sexuelles (VSS), la professeure de français reste dubitative. « Est-ce réellement avec un questionnaire anonyme que l’on va résoudre le problème ? On a besoin de moyens humains, de cellules d’écoute par académie, de psychologues de l’Éducation nationale présents en permanence. Aujourd'hui, on gère avec notre personnalité et notre empathie face à des élèves en réelle souffrance, mais on fait ce qu'on peut. »
Malgré ce constat sombre, Manon Ombre a tenu à rassurer les parents et les élèves : « Tous les personnels se mobilisent et continuent de se battre au quotidien pour leur donner les meilleures conditions d'apprentissage possibles. » Une rentrée sous le signe de l'engagement, mais aussi de la vigilance.
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